Les nouveaux curés

Hors de l’Eglise politiquement correcte, point de salut!

Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté
est sociologue, auteur du « Multiculturalisme comme religion politique » (Cerf Ed., 2016).

Publié le 19 août 2016

http://www.causeur.fr/bien-pensance-politiquement-correct-hygienisme-immigration-genre-39697.html

Officiellement, il y a à peu près 50 ans, la société québécoise s’est débarrassée de ses curés. On leur reprochait de chercher à contrôler notre vie. Ils nous culpabilisaient en nous accusant de commettre des péchés. Ils voulaient gouverner nos consciences. Les gens en avaient marre.

Autant la religion est respectable dans son propre domaine, autant elle peut être exaspérante lorsqu’elle domine nos vies. Dès lors, nous nous croyons libres. Chacun fait ce qu’il veut de sa vie. Mais en sommes-nous vraiment certains?

Se pourrait-il que de nouveaux curés aient pris la place des anciens ? On sent bien, aujourd’hui, peser sur nous une nouvelle morale qui ne dit pas son nom.

On reconnaît les nouveaux curés à leur manière de vouloir régenter chaque parcelle de notre existence, et de nous présenter comme des individus mauvais si nous résistons à leurs ordres.

Au nom de la santé, ils veulent aseptiser la vie. Ils l’abordent en sarrau, avec un masque hygiénique. Viandes, charcuteries, alcools, boissons sucrées, sexe, tabac, friandises : dans leur monde idéal, ils pourraient tout interdire. Les nouveaux curés ne comprennent pas que les excès participent aussi au bonheur de la vie.

Mais au-delà de la vie quotidienne, les nouveaux curés règnent aussi.

Vous trouvez que vous payez trop d’impôts et que les services publics sont souvent misérables ? On vous traitera d’égoïste.

On vous interdira aussi de penser librement. En la matière, il y a un nouveau catéchisme auquel il faut croire et dont il faut réciter les articles.

Le monde doit être sans frontières. Les peuples doivent se diluer au nom de l’ouverture. Il doit y avoir toujours plus d’immigration et c’est à la société d’accueil de s’adapter aux immigrés. D’ailleurs, si l’intégration fonctionne mal, c’est la faute de la société d’accueil.

Vous devez penser du bien de toutes les religions et ne jamais vous questionner sur l’une d’entre elles en particulier.

Ah oui, n’oubliez pas que les sexes n’existent pas. Hommes et femmes sont des constructions imaginaires qu’il faudra déconstruire.

Mais vous doutez de cela ? Et vous confessez vos doutes ? Vous commettez un péché idéologique. On vous fustigera, on vous excommuniera. Raciste ! Xénophobe ! Islamophobe ! Sexiste ! On vous collera ces étiquettes pour vous transformer en monstre.

Hors de l’Eglise politiquement correcte, point de salut ! Vous devez avoir honte de vous-mêmes. Normal, vous avez des pensées honteuses !

Ces nouveaux curés dominent les médias, les réseaux sociaux et l’éducation. Dans leurs rêves les plus fous, eux seuls décideraient qui aurait le droit de parler publiquement ou non.

Il y a bien des manières de lutter contre les nouveaux curés. La meilleure, c’est de se ficher de leurs commandements et de leur faire comprendre qu’on ne se soumettra plus à leurs interdits.

Quand le commun des mortels ne croit plus à une religion, ses grands prêtres misent sur la peur. Ils nous insultent ? On doit leur rire au visage pour reprendre notre liberté.

Cet article a été initialement publié dans Le Journal de Montréal.

MISÈRE DES MÉDIAS – QUAND JUPPÉ VISITE LA JUNGLE

Ce mercredi, Juppé était à Calais. Un déplacement de campagne comme il en existe des masses, ridicules et vains. Puisqu’on était dans le coin, on a suivi la petite troupe chargée de la mise en scène médiatique de cette visite.

« Quand je vois, par exemple, les reporters qui se précipitent et les forêts de micros qui se dressent pour recueillir religieusement la moindre parole de nos dirigeants politiques ou de n’importe quelle personnalité réputée importante, y compris sur des sujets sur lesquels ce qu’ils peuvent dire n’a absolument aucun intérêt, je dois avouer que j’ai du mal à m’empêcher de considérer que l’humanité est en train, si ce n’était pas déjà fait, de perdre à peu près tout sens du ridicule. » (Jacques Bouveresse, « Au commencement était la presse »1)

*

Ce mercredi après-midi, un petit groupe patiente devant le centre d’accueil Jules Ferry attenant à la « jungle » de Calais. Trépignant dans la boue et le crachin, une grosse vingtaine de journalistes. Ils n’ont pas été autorisés à passer les grilles du centre à la suite du héros du jour, si bien que l’ambiance est à la grogne. « La prochaine fois, qu’il ne compte pas sur moi pour venir le filmer », menace candidement un jeune homme porteur d’une grosse caméra. « Il abuse, merde, résume sa voisine, pourquoi son équipe nous prévient du déplacement si on ne peut pas le suivre ? On n’est pas ses larbins2 ».

Derrière les grilles blanches, on aperçoit la petite troupe de campagne qui visite les lieux au pas de course. En plissant bien les yeux, miracle, on le voit en personne, avec ses bottes marron flambant neuves3, sa semi-calvitie grisonnante et son aura de Lexomil bipède : c’est bien l’ex-pestiféré du RPR venu montrer qu’il n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis migratoire. Yep, Alain Juppé est dans la place.

Hors de portée des objectifs, il discute avec quelques porteurs de gilets jaunes, des employés du centre. Glissées entre les barreaux, dérisoires, des caméras zooment, leurs propriétaires essayant de tirer une image exploitable de la lointaine scène. Mais non, il est trop loin. Le fourbe.

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Sur l’écran, un lointain Juppé / Photos Lémi

Les minutes passent et les journalistes s’emmerdent toujours puissamment. Alors ils ressassent – « Il croit vraiment qu’il peut nous traiter comme ça ? », relance l’un d’eux, allure de baroudeur fatigué. Son indignation fait tâche d’huile, et une nouvelle rasade de doléances molles secoue ses confrères. Merde alors, pour qui il se prend ?

 

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Litvinenko: La plus dingue des théories conspirationnistes

Le rapport du gouvernement britannique sur la mort d’Alexandre Litvinenko se lit comme un mauvais polar


http://lesakerfrancophone.fr/la-plus-dingue-des-theories-conspirationnistes

Par Justin Raimondo – Le 22 janvier 2016 – Source Antiwar.

Pour tous ceux ayant connu les années de Guerre froide, c’est un retour en arrière : on trouve apparemment des complots russes pour subvertir l’Occident et empoisonner nos précieux fluides corporels partout. En parlant d’empoisonnement : la dernière conspiration russkof, et de loin la plus délirante, a été cet empoisonnement présumé d’Alexandre Litvinenko, un ex agent des services de renseignements russes qui avait fui à l’Ouest pour y devenir un propagandiste anti-russe professionnel et un conspirationniste doué d’un grand talent pour l’improbable. De son extraordinaire point de vue, les nombreuses attaques terroristes qui ont été perpétrées en Russie ont toutes été commises par… Vladimir Poutine.

En plus de soutenir les terroristes tchétchènes qui ont réellement commis ces attentats, le fonds de commerce de Litvinenko était une théorie de la conspiration dans laquelle ilaccusait régulièrement Poutine de faire exploser des bâtiments russes, d’assassiner des écoliers et de détourner l’attention de ses infâmes complots en accusant ces adorablesTchétchènes. Pas vraiment crédible, à moins d’être prédisposé à tout croire à partir du moment où cela jette le doute sur ces satanés Russes.

La thèse conspirationniste promue par le gouvernement britannique, et maintenant officialisée dans ce rapport, surpasse tout ce que le défunt fantaisiste aurait pu inventer. Selon les Anglais, Litvinenko a été empoisonné sur le sol anglais en sirotant une tasse de thé contaminée par une dose massive de polonium 210. Étant donné que la Russie est une productrice majeure de cette substance rare, et puisque les Russes étaient supposés en avoir après Litvinenko, le FSB, successeur du KGB, est donc désigné comme le coupableprobable.

A la lecture du rapport, on remarque qu’ils ne font plus leur propagande comme avant. Les certitudes de, disons, un J.Edgar Hoover, ou d’un Robert Welch, ont fait place aux timides ambiguïtés de Lord Robert Owen, l’auteur du rapport, dont l’utilisation du motprobablement souligne la faiblesse de ce qu’il prétend être des preuves.

Pour commencer, si les Russes voulaient se débarrasser de Litvinenko, pourquoi l’aurait-ils empoisonné avec une substance laissant des traces radioactives traçables depuis l’Allemagne jusqu’à l’aéroport d’Heathrow et, du même coup, contaminant des dizaines de chambres d’hôtels, de bureaux, d’avions et de maisons? Pourquoi ne pas simplement lui tirer une balle dans le crâne ? Cela n’a aucun sens.

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Finkielkraut face à Cohn-Bendit: match nul?

Quand France 2 nous refait le coup de l’ORTF à l’envers

Publié le 22 janvier 2016

http://www.causeur.fr/finkielkraut-face-a-cohn-bendit-match-nul-36364.html

Alain Finkielkraut Daniel Cohn-Bendit DPDA Wia Berhouma

Jeudi 21 janvier. Il est 20h55 et je m’installe devant ma télé pour regarder « Des paroles et des actes ». Faut dire qu’un Finkielkraut-Cohn-Bendit, c’est un peu comme un PSG-OM ou un Nadal-Federer, ça ne se rate pas. Le débat est courtois, les deux hommes se connaissent depuis des lustres et chacun égrène ses arguments.

« Dany le rouge » frappe fort d’entrée de jeu, mais manque de créativité. Il récite avec verve le type d’argumentaire sophistique que j’avais épluché ici-même il y a deux mois. Un zeste de « pas d’amalgame », une cuillerée à soupe de « pas de stigmatisation », un doigt de victimisation et d’excuse sociale, le tout saupoudré d’une bonne dose de « pas de généralisation » et surtout de « les autres n’ont pas fait mieux ». Et le tour est joué.

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