Entretien avec Emmanuel Legeard (2003)

https://amisdelegeard.wordpress.com/2015/03/12/entretien-avec-emmanuel-legeard-novembre-2003/

© E. Legeard, © J. Peeters

J. Peeters: Plusieurs des articles de vous que j’ai lus, sous des noms de plume variés, donnent l’impression que vous êtes assez sensible à la philosophie anarchiste, surtout à Bakounine?

E. Legeard: Je ne sais pas. Qu’est-ce que c’est, la philosophie anarchiste? Je ne peux pas répondre à ça. Ce qui m’intéresse, chez Bakounine, c’est la critique de l’économie centralisée. Je suis également d’accord avec l’idée que l’aliénation d’une société au marché conduit à la dictature et que le marché n’est pas une abstraction anonyme, mais le produit concret d’une certaine caste transnationale d’individus qui ont leurs croyances, leurs projets, et qui ont pour objectif la destruction des sociétés afin d’asservir l’humanité à leurs intérêts. Ils ont déjà gagné aux trois quarts puisque c’est à peu près la proportion de l’humanité qui a abdiqué ses qualités pour se convertir au régime de la quantité. Aujourd’hui, les différences pour l’essentiel sont remplacées par une différence invariablement ramenée à la valeur marchande de quelqu’un. L’autre jour, dans un journal soi-disant littéraire, je lisais qu’un auteur « valait tant », qu’un écrivain « pesait ceci », etc. On ne fait même plus semblant.

J. Peeters: Vous êtes contre le libéralisme économique?

E. Legeard: Une fois de plus, il faudrait définir ce que vous entendez par là. Je constate qu’ici et maintenant, la loi de l’offre et de la demande n’existe pas, l’économie de marché est un leurre. On sait très bien que ce sont les multinationales qui imposent leurs produits aux consommateurs. La consommation est subordonnée à la production. Autrement dit, c’est l’offre qui impose la demande; Galbraith l’a compris et expliqué dès l’essor de la société de consommation sous l’impulsion américaine, après la deuxième guerre mondiale. Par exemple, je me souviens des discours des mitterrandiens pour racoler les gamins en 1981, quand ils disaient: « nous voulons libérer les ondes hertziennes, c’est comme l’air qu’on respire, il appartient à tout le monde – ce n’est pas un monopole! » On voit bien aujourd’hui l’ampleur prodigieuse de cette escroquerie. Vous avez cent radios soi-disant « libres » qui toutes sont appuyées par le gros capital et toutes diffusent le même mensonge exactement, martèlent le même rythme d’abrutis… Comme seule alternative, une ou deux stations qui parlent de spectres et de soucoupes volantes, du retour de la Planète X dans le système solaire et de la conspiration des hommes-lézards. C’est du dressage économique à la consommation forcée. Et l’objectif de ce dressage, c’est la destruction. Si ce n’était pas le cas, étant donné que les gens finissent invariablement par s’adapter à ce qu’on leur impose, pourquoi imposer le pire, le plus dégradant moralement, le plus débilitant mentalement?

J. Peeters: Vous ne croyez pas que les gens finiront par se révolter un jour?

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Une nuit entière prisonnier du politiquement correct

J’ai fait un (mauvais) rêve

Franck Crudo

Franck Crudo Publié le 20 avril 2016

http://www.causeur.fr/bien-pensance-politiquement-correct-37835.html

La nuit dernière, j’ai fait un rêve bizarre. Le genre de rêve qui fout vraiment les jetons. J’étais prisonnier d’un monde total(itair)ement politiquement correct. Une sorte de dystopie orwellienne, en pire. Massacre à la tronçonneuse ou Vendredi 13 à côté, c’est presque un conte pour enfants… Je vous raconte.

C’est le jour de Noël. J’allume la radio et me rends compte que seul France Inter émet, au moment même où Patrick Cohen passe la main à Nicolas Demorand. Bizarre. Du coup je mets en marche ma télé. Toutes les chaînes sont payantes et cryptées, hormis celles du service public, iTélé et Arte. Le journal de 13 h de France 2 est présenté par Noël Mamère, lequel a arrêté la politique après ses 0,3 % à la dernière présidentielle pour se consacrer de nouveau au journalisme.

J’apprends ainsi que le pays est gouverné par un Comité de bien-pensance publique dirigé par Edwy Plenel et composé de six hommes et six femmes, mixité oblige. Parmi ses membres figurent Clémentine AutainJean-Louis BiancoAymeric CaronCaroline de HaasEva Joly, Gérard Filoche, Gérard Miller ou encore Alain Juppé. Une goutte de sueur perle sur mon front. J’apprends également que Michel Houellebecq vient d’être retrouvé mort à son domicile. De source officielle, il se serait suicidé d’un coup de poignard dans le dos.

Mamère lance ensuite un reportage sur la prison du Temple, apparemment restaurée, où sont enfermés Eric ZemmourElisabeth BadinterAlain Finkielkraut et Malek Boutih, tous inculpés pour « islamophobie ». Michel Onfray a, lui, été condamné par contumace car il s’est réfugié à Cuba. Par curiosité, je zappe sur iTélé et tombe sur Claude Askolovitch qui regarde dans les yeux la caméra en disant « Pas de stigmatisation, pas d’amalgame ». Un quatrième attentat a eu lieu cette semaine en Belgique. Déprimant.

Je tente ma chance sur France 3 où une naine unijambiste et borgne présente la météo régionale. Vu sa coupe de cheveux et son accoutrement, je me demande si elle n’est pas lesbienne. Mais je n’en suis pas certain. Bon, j’enfile mon manteau et décide de faire un tour au jardin du Luxembourg. En sortant, je croise mon nouveau voisin pakistanais. Un homme charmant, même si l’on a du mal à se comprendre tous les deux.

A chacun son wagon camarade !

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Fin de partie en Ukraine : le maquillage coule

NOUVELLEAKS par Slobodan Despot

http://www.antipresse.net

Introduction

La diffusion par Canal Plus, le 2 février, du reportage de Paul Moreira sur la révolution ukrainienne a été un événement majeur — et extrêmement révélateur — dans le paysage audiovisuel français. Ukraine, les masques de la révolution a fait l’objet d’attaques préventives si virulentes que l’auteur s’est senti obligé de répondre à ses critiques avant même la diffusion. L’ambassade d’Ukraine, notamment, a exigé son retrait du programme et une véritable camarilla de journalistes s’est formée pour condamner a priori la partialité de sa démarche. Comme on pouvait s’y attendre, la Pravda atlantiste française, Le Monde, aura été le fer de lance de la censure.

Ces circonstances à elles seules invitaient à voir et étudier le travail d’un reporter et d’une production qui n’avaient jusqu’ici en rien dérogé au politiquement correct. Ce reportage lui-même, d’ailleurs, s’inscrit dans un genre très prisé des médias du mainstream : la traque aux néonazis. Son seul « péché » est de ne s’être pas arrêté aux nazillons plus ou moins folkloriques qu’on peut trouver en Europe de l’Ouest, où ils font plus de peur que de mal, mais d’être allé les étudier là où ils font plus de mal que de peur. Dans l’Ukraine issue du putsch de l’Euromaidan. Il lui est rapidement apparu qu’il mettait soudain les pieds dans une zone interdite.

Le reportage est apparu en plusieurs endroits sur les réseaux avant d’être effacé. Il est actuellement visible sur YouTube, ainsi que sur VK. J’invite les lecteurs d’Antipresse à regarder ce documentaire par moments hénaurme. Pour ceux qui n’auraient pas la possibilité ou le temps de voir le travail de Paul Moreira, j’en livre ci-dessous un bref résumé suivi de quelques commentaires.

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MISÈRE DES MÉDIAS – QUAND JUPPÉ VISITE LA JUNGLE

Ce mercredi, Juppé était à Calais. Un déplacement de campagne comme il en existe des masses, ridicules et vains. Puisqu’on était dans le coin, on a suivi la petite troupe chargée de la mise en scène médiatique de cette visite.

« Quand je vois, par exemple, les reporters qui se précipitent et les forêts de micros qui se dressent pour recueillir religieusement la moindre parole de nos dirigeants politiques ou de n’importe quelle personnalité réputée importante, y compris sur des sujets sur lesquels ce qu’ils peuvent dire n’a absolument aucun intérêt, je dois avouer que j’ai du mal à m’empêcher de considérer que l’humanité est en train, si ce n’était pas déjà fait, de perdre à peu près tout sens du ridicule. » (Jacques Bouveresse, « Au commencement était la presse »1)

*

Ce mercredi après-midi, un petit groupe patiente devant le centre d’accueil Jules Ferry attenant à la « jungle » de Calais. Trépignant dans la boue et le crachin, une grosse vingtaine de journalistes. Ils n’ont pas été autorisés à passer les grilles du centre à la suite du héros du jour, si bien que l’ambiance est à la grogne. « La prochaine fois, qu’il ne compte pas sur moi pour venir le filmer », menace candidement un jeune homme porteur d’une grosse caméra. « Il abuse, merde, résume sa voisine, pourquoi son équipe nous prévient du déplacement si on ne peut pas le suivre ? On n’est pas ses larbins2 ».

Derrière les grilles blanches, on aperçoit la petite troupe de campagne qui visite les lieux au pas de course. En plissant bien les yeux, miracle, on le voit en personne, avec ses bottes marron flambant neuves3, sa semi-calvitie grisonnante et son aura de Lexomil bipède : c’est bien l’ex-pestiféré du RPR venu montrer qu’il n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis migratoire. Yep, Alain Juppé est dans la place.

Hors de portée des objectifs, il discute avec quelques porteurs de gilets jaunes, des employés du centre. Glissées entre les barreaux, dérisoires, des caméras zooment, leurs propriétaires essayant de tirer une image exploitable de la lointaine scène. Mais non, il est trop loin. Le fourbe.

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Sur l’écran, un lointain Juppé / Photos Lémi

Les minutes passent et les journalistes s’emmerdent toujours puissamment. Alors ils ressassent – « Il croit vraiment qu’il peut nous traiter comme ça ? », relance l’un d’eux, allure de baroudeur fatigué. Son indignation fait tâche d’huile, et une nouvelle rasade de doléances molles secoue ses confrères. Merde alors, pour qui il se prend ?

 

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