Fawzia Zouari : « Kamel Daoud dérange le confortable angélisme sur l’islam »

Jeudi 25 Février 2016 à 13:03

Fawzia Zouari, journaliste et écrivaine tunisienne, a rejoint mercredi les défenseurs de Kamel Daoud dans une tribune publiée sur le site Jeune Afrique. « N’en déplaise à nos avocats autoproclamés, écrit-elle, de plus en plus d’intellectuels arabes refusent la vision d’un Orient lisse et innocent aussi erronée que celle d’un Orient obscurantiste et haineux. »
L’écrivaine Fawzia Zouari défend Kamel Daoud – SIPA / Montage Marianne

http://www.marianne.net/fawzia-zouari-kamel-daoud-derange-confortable-angelisme-islam-100240551.html

Une nouvelle voix s’élève pour soutenir Kamel Daoud. Cette voix, c’est celle de Fawzia Zouari, journaliste et écrivaine tunisienne. Dans une tribune publiée sur , elle apporte son soutien à l’écrivain algérien « désormais cloué au pilori« . « Pourquoi ? », demande t-elle en préambule de son argumentation : simplement « parce qu’il a osé affirmer que les viols perpétrés à Cologne par des immigrés issus du monde arabo-musulman sont la conséquence logique d’une tradition portée sur la répression sexuelle et génératrice de frustration chez les jeunes« .

Comme lui, « de plus en plus d’intellectuels arabes refusent la vision d’un Orient lisse et innocent aussi erronée que celle d’un Orient obscurantiste et haineux. Ils ne veulent plus jouer les admirateurs béats de leurs propres traditions et réligions. Ni devenir les otages d’un monde occidental traumatisé par l’accusation d’islamophobie et plombé par les scrupules d’une gauche qui va jusqu’à leur dénier le droit d’aimer dans l’Occident l’espace de liberté et d’émancipation auquel ils aspirent« . Des propos qui rappellent ceux tenus il y a quelques mois par : « Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobie« . Dans le fond, Fawzia Zouari veut montrer que« Kamel Daoud dérange le confortable angélisme sur l’islam et les musulmans« . Elle va jusqu’à qualifier l’auteur « d’essentiel pour nos sociétés prises au piège du conservatisme et de la bigoterie« .

Alors, oui, comme le soutient Kamel Daoud, il existe « une psychologie de la foule arabe« , écrit Fawzia Zouari :

« Oui, nous trimbalons une mentalité millénaire qui définit la femme comme un appât et une honte ; oui, il y a chez nous un rapport pathologique à la sexualité ; oui, il y a un racisme qui insinue qu’on peut violer une non-musulmane sans conséquences ; oui, certains nouveaux arrivants en Europe doivent se faire à l’égalité des sexes et à la laïcité ! »

L’écrivaine tunisienne compare les conclusions de ses contradicteurs à une « fatwa de plus contre l’Algérien« , lui qui ne fait que « dénoncer un puritanisme réel et [a] le courage de souligner les travers des siens« . Elle oppose à l’analyse de « balcon » des « intellectuels de Paris » celle d’un Kamel Daoud qui « vit sur le terrain« .

Fin janvier, l’écrivain algérien avait écrit que  pouvait expliquer la série d’agressions à caractère sexuel lors du Nouvel an à Cologne. En réaction, un collectif d’intellectuels avait publié le 11 février dernier une tribune dans , dans laquelle ils l’accusaient de « recycler les clichés orientalistes les plus éculés« , et de tenir des propos qui « ne font qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen« . En réaction, Kamel Daoud avait annoncé son .

ONPC : Jean-Luc Mélenchon félicite Poutine, qui va « éliminer Daech »

Une leçon de géopolitique sur France 2 par Jean-Luc Mélenchon

Dimanche 21 Février 2016

Invité de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché » (ONPC) sur France 2 samedi soir, Jean-Luc Mélenchon a distribué des bons points à la Russie pour son rôle en Syrie.
« Les rebelles civilisés sont une ultra-minorité » en Syrie, estime Jean-Luc Mélenchon. – Capture d’écran ONPC

« Poutine, est-ce que vous êtes pour ce qu’il est en train de faire en ce moment en Syrie ?
Oui, je pense qu’il va régler le problème. »

La réponse de Jean-Luc Mélenchon à la question de Léa Salamé sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché » (ONPC), ce samedi 20 février, a le mérite d’être claire. Pour celui qui vient de , et qui souhaite que « Daech soit vaincu, écrabouillé, et que les Kurdes gagnent », il ne fait aucun doute que c’est Vladimir Poutine qui parviendra à « éliminer Daech ». Et quand Yann Moix lui fait remarquer que pour l’heure, le président de la Russie semble cibler en priorité les rebelles hostiles à Bachar el-Assad plutôt que , Jean-Luc Mélenchon balaye d’un revers de main : « Ce n’est pas vrai ».

Rappelant que « la première victime d’une guerre, c’est la vérité », le leader du parti de gauche souligne :« Ce sont les Russes qui ont coupé les communications qui sortaient le pétrole de Daech pour faire de la contrebande par la Turquie. (…) C’est ça qui a été bombardé, donc je félicite les Russes d’être parvenus à couper cette liaison. » Quant aux accusations de frappes russe contre des rebelles anti-Assad, il estime : « Les rebelles civilisés sont une ultra-minorité » en Syrie.

Cliquer pour visionner la vidéo:

C’est le moment choisi par Yann Moix pour tenter une éclaircissement géopolitique de la complexe crise syrienne et du . Le polémiste explique comment la Russie, alliée de l’Iran – et soutien historique de Bachar el-Assad -, tente d’imposer un jeu à deux en Syrie, Assad contre Daech, en éliminant la rébellion locale. « Vous êtes d’accord avec ça ? », interroge le chroniqueur de Laurent Ruquier.« Non », répond fermement Jean-Luc Mélenchon, accusant « la propagande » de désinformer l’opinion publique, dans une guerre qui est aussi celle de l’information, .

« Tout est de la propagande, tous les bombardements massacrent tout le monde. Je ne suis pas pour les bombardements. Cette pauvre population est prise dans une guerre qui ne la concerne même pas, qui est une guerre d’oléoducs et de gazoducs », conclut l’invité politique de Laurent Ruquier. Remonté, Jean-Luc Mélenchon s’insurge encore de voir Al-Qaïda, « notre ennemi en Afghanistan », devenir« notre allié en Syrie. Tout ça est absurde, il faut rétablir l’ordre, et l’ordre passe par le fait que l’on élimine Daech de là ». Et ce, donc, grâce à Vladimir Poutine.

 

Emmanuel Maurel : « Face à la Chine, l’Europe ne doit pas être l’idiot du village planétaire »

La Chine, membre depuis 2001 de l’OMC, pourrait accéder d’ici fin 2016 au statut d’économie de marché. Un sceau qui empêcherait à tout pays membre de l’OMC de lui opposer des mesures anti-dumping. La commission européenne ouvre cet épineux dossier ce mercredi. L’eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel, qui s’inquiète des possibles retombées sur l’industrie et l’emploi européen, regrette que l’Europe se comporte en « idiot du village planétaire ». Et regarde de l’autre côté de l’Atlantique, les Américains ayant déjà fait savoir le refus.
IBO/SIPA

 

http://www.marianne.net/emmanuel-maurel-face-chine-europe-ne-doit-pas-etre-idiot-du-village-planetaire-100239381.html

Marianne : La Commission européenne et les Etats-Unis se penchent à partir d’aujourd’hui sur la possibilité d’attribuer dans le cadre de l’OMC le statut d’économie de marché à la Chine. Qu’elles seraient les conséquences de cette décision pour l’économie européenne ?

Emmanuel Maurel : A partir du moment où la Chine acquiert ce statut, tous les Etats appartenant à l’OMC ne pourront plus utiliser un certain nombre d’outils de défense commerciale. Notamment des mesures anti-dumping, social et commercial. Depuis son entrée à l’OMC en 2001, la Chine était considérée comme une « économie non marchande », avec un délai de quinze ans qui lui était donné pour faire évoluer ses régles intérieures et obtenir ce nouveau statut.

Aujourd’hui, un certain nombre de fonctionnaires et d’idéologues de la Commission européenne considèrent que, de fait, il y a une automaticité de l’obtention de ce statut. Tout l’enjeu est justement de leur faire comprendre que cette automaticité n’existe pas sur le plan juridique. Pour une raison simple : pour être considérée comme une « économie de marché », il faudrait que la Chine remplisse les cinq critères qui la définissent. Objectivement, elle n’en remplit qu’un seul. Que ce soit à cause des subventions d’Etat aux entreprises chinoises, à l’absence de concurrence ou aux obligations des entreprises étrangères de s’associer avec des entreprises chinoises pour s’implanter en Chine. Donc, l’argument juridique ne tient absolument pas.

Cette question est d’abord une question politique. Est-ce que l’on veut que l’Europe soit l’idiot du village planétaire en étant la seule à respecter les règles ? Et puis quelle naïvité des tenants de ce changement de statut qui n’hésitent pas à dire que « ça encouragerait la Chine à se réformer ». Qui peut y croire ?

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Langues régionales : les enjeux masqués d’une révision constitutionnelle

Faut-il permettre la ratification complète de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ? Manuel Valls s’est offusqué de ce que le Sénat ait rejeté la semaine dernière le projet de réforme constitutionnelle. Mais de quoi s’agit-il réellement ?

Faut-il permettre la ratification complète de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ? Le premier Ministre s’est offusqué de ce que le Sénat ait rejeté la semaine dernière le projet de réforme constitutionnelle qui lui a été présenté après un tour de piste avorté l’an dernier.

La vivacité d’une indignation d’où la rhétorique n’est peut-être pas absente n’a d’égal que le côté ressassé d’une antienne, celle de la revendication régionaliste appuyée sur des mouvements qui n’ont jamais voulu désarmer. Depuis en effet qu’en 1999 la France a ratifié la Charte sous les seules réserves des stipulations qui entreraient en contradiction avec notre Constitution, les partisans d’un régionalisme maximaliste n’ont eu de cesse de remonter à l’assaut sur cette question.

Or de quoi s’agit-il réellement ? De priver les langues régionales d’un droit de cité ? Sûrement pas. Aujourd’hui la loi, dans notre pays, n’empêche ni l’enseignement ni l’utilisation des langues régionales. On peut aujourd’hui sur tout le territoire lire les panneaux de signalisation en deux langues, obtenir tout document administratif traduit en langue régionale, enfin et surtout scolariser ses enfants dans des établissements qui offrent soit un enseignement optionnel soit une immersion totale. Cet effort scolaire est financé par l’Etat pour près de 300 000 enfants dans 13 académies avec plus de 1100 enseignants dont 600 titulaires d’un Capes. Tout cela vient, rappelons-le, de ce que la France a ratifié de larges parties de la Charte. Rien n’empêche d’ailleurs que la mise en valeur de ce riche patrimoine, auquel nous sommes tous légitimement attachés, fasse l’objet d’une loi de programmation permettant sa préservation et son développement, objectif culturel parfaitement défendable. Rien de tout cela ne demande une réforme constitutionnelle, c’est seulement une question de choix législatifs et de moyens financiers.APPELLE-T-ON AUJOURD’HUI À UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA RÉPUBLIQUE ?

Mais alors que veut-on de plus ? Les gouvernements Juppé (1996) puis Jospin (1999) avaient en effet renoncé à une ratification totale qui se heurtait à des obstacles constitutionnels et non des moindres, en premier lieu l’unité du peuple français.

Ces obstacles auraient-ils miraculeusement disparu ? Ou bien nous appelle-t-on aujourd’hui à une nouvelle conception de la République ? Telle est la question savamment obscurcie dans le débat grâce à un projet de révision constitutionnelle qui se prétend, chose inédite, conforme à la Constitution tout en inventant une lecture de la Charte qui est explicitement contraire à celle-ci. Autrement dit une révision qui n’en est pas une et une ratification avec des « réserves d’interprétation » qui sont exclues par la Charte elle-même.

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Alstom vendu aux Américains : retour sur les dessous d’un scandale

L’assemblée générale des actionnaires d’Alstom qui s’est réunit une nouvelle fois mardi a statué sur la rémunération annuelle de son PDG Patrick Kron, mais pas sur la prime de 4 millions d’euros (déjà accordée) que ce dernier entend bien percevoir au titre de ses loyaux services. En autres, la vente de la branche Energie d’Alstom au géant américain General Electric. Retour sur une transaction controversée aux allures de scandale d’Etat.

Patrick Kron, à Saint-Nazaire lors de l’inauguration de deux usines d’éoliennes – SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Patrick Kron donne de sa personne pour défendre un projet dont il est « fier » et qu’il juge formidable : la vente de la branche d’Energie d’Alstom au géant américain General Electrique (GE) pour 12 milliards d’euros, qui s’apparente pour l’intéressé à une perspective « d’avenir » mais qui s’avère être en fait,comme l’écrivait Marianne cet hiver, une très mauvaise opération. Longuement cuisiné, ce mardi 30 juin, dans une interview parue dans le Figaro, Patrick Kron reste ainsi, malgré les critiques, sur des positions qu’il a déjà eu l’occasion d’exposer, en avril dernier, devant la Commission des Affaires économiques, à l’Assemblée nationale. Des positions qui n’ont pas même réussi à convaincre le Figaro, intrigué par « les soupçons qui pèse encore » sur le PDG du groupe en poste depuis 2003… Passage en revue de l’interview et d’un coup de pocker qui conduit la France à perdre l’un de ses derniers fleurons.

Le Figaro : « Des soupçons pèsent encore, en lien avec l’enquête américaine pour des faits de corruption et qui s’est soldée fin 2014 par une amende de 720 millions d’euros. Le premier c’est que cette enquête vous aurait poussé à négocier avec GE parce que vous auriez craint qu’elle ne vous rattrape personnellement… »
Patrick Kron : « Je suis choqué par [les] insinuations infondées, par [les] sous-entendus grotesques. L’idée selon laquelle il y aurait un lien entre l’enquête du DoJ (le département de la Justice des Etats-Unis, ndlr) sur des faits anciens et l’opération industrielle élaborée avec GE est absurde. (…) J’ai pris une décision courageuse parce qu’Alstom, s’il restait seul, mettait à terme en danger ses salariés. Est-ce que j’en suis heureux ? Non… »

>>> Ce qu’en pense Marianne : Pourquoi le lien entre l’enquête du DoJ « sur des faits anciens et l’opération industrielle élaborée avec GE » n’est pas « absurde ». D’abord, parce que, sous couvert d’anonymat, « certains cadres » d’Alstom, notamment interrogés par France Inter, affirment l’inverse. « Au sein de l’état-major d’Alstom, je peux vous dire que tout le monde sait parfaitement que les poursuites américaines ont joué un rôle déterminant dans le choix de vendre la branche énergie »explique l’un d’eux, qui poursuit : « Lors des négociations secrètes [ayant conduit à la vente de la branche Energie d’Alstom à GE], curieusement, une personne a été associée tout de suite à la discussion. Il s’agit de Keith Carr, le directeur des affaires juridiques. C’est étrange car normalement sa principale mission c’est de traiter le règlement des affaires de corruption. »

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