Joseph Stiglitz propose de mettre fin “en douceur” à l’Euro

Joseph Stiglitz propose de mettre fin “en douceur” à l'Euro
Joseph Stiglitz en 2012. (©Baltel/Sipa)

Selon le Nobel d’Economie, l’Euro est un échec qui condamne l’Europe à la stagnation. Et il ne peut être réformé car l’Allemagne ne le voudra jamais.

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160817.OBS6444/joseph-stiglitz-propose-de-mettre-fin-en-douceur-a-l-euro.html

 
Avec la baisse des taux d’intérêt et l’apaisement apparent de la spéculation sur les dettes souveraines des pays européens, on pouvait croire le débat sur la monnaie unique refermé pour un moment. Erreur ! Une nouvelle charge contre l’euro est lancée, et son instigateur n’est pas n’importe qui: c’est le Nobel (1) Joseph Stiglitz, ex-économiste en chef de la Banque mondiale et penseur adulé par la gauche.

Stiglitz vient de publier un livre «The Euro: How a Common Currency Threatens the Future of Europe» («l’Euro: comment une monnaie commune menace l’avenir de l’Europe») pour appeler à mettre fin «en douceur» à la monnaie unique, dont le fonctionnement est, selon lui, vicié à la base. Selon Joseph Stiglitz, l’euro n’a pas été pensé au tout début des années 1990, selon des règles économiques sérieuses: il résulte d’un acte de foi aveugle, lié aux circonstances de l’époque (la chute du mur, la globalisation…) et à l’offensive idéologique néolibérale. Il résume son diagnostic en deux phrases dans un article qu’il a publié mercredi dans le «Financial Times»:

Il était presque inévitable que la suppression de deux mécanismes-clefs, la fixation des taux d’intérêt et les taux de changes, sans les remplacer par quoi que ce soit, rendrait les ajustements macro-économiques difficiles. Ajoutez à cela le fait que la banque centrale ait eu pour mandat de se concentrer sur l’inflation et  le fait que les pays membres soient encore plus  contraints dans leur déficits budgétaires, le résultat a été un taux de chômage excessivement élevé et un PIB constamment en dessous de son potentiel»

L’approche allemande trop différente

Réformer l’euro passerait, explique Stiglitz, par quelques mesures assez simples, du moins sur le papier :

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Après les Gafa, les nouveaux maîtres du monde sont les Natu

Uber, qui pèse désormais 51 milliards de dollars, Tesla ou encore Airbnb, la nouvelle génération de start-up secoue tout le système avec son nouveau modèle.

Publié le 02/08/2015

Les Gafa, c’est tellement 2014… Voici venir l’ère des Natu. Natu, c’est l’acronyme de l’été 2015 ; celui qui réunit les quatre grande entreprises emblématiques de la « disruption » numérique : Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber.

Les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont toujours bel et bien là, affichant une santé économique insolente et une surface financière plus importante que bien des Etats ; néanmoins ces entreprises font déjà figure de « vieilles » (pensez, Mark Zuckerberg va être papa…) face à l’émergence de la nouvelle génération des géants américains, qui surfent sur de nouveaux modèles.

Cette mutation d’une vitesse spectaculaire du capitalisme à l’heure numérique affecte l’économie mondiale, la création et la destruction d’emplois à l’échelle planétaire, l’évolution de nos systèmes sociaux et du salariat ; ne pas chercher à comprendre le phénomène, qui n’a plus grand chose à voir avec la part d’idéalisme de l’économie du partage, condamnerait à le subir.

Les Echos le rappelaient récemment, le quatuor des Gafa « pèse » désormais plus lourd que l’ensemble des entreprises cotées au CAC 40 français !

« L’indice CAC 40 vaut 1 131 milliards de dollars, alors que les Gafa affichent 1 675 milliards de dollars sur la balance ! »

Le poids des Gafa devenu déterminant à Wall Street

Le poids des Gafa devenu déterminant à Wall Street – SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Uber vaut plus de 50 milliards de dollars

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Mario Draghi, rendez la planche à billet au peuple !

La BCE veut accroître son programme de « quantitative easing ». Mais cette monnaie créée est dirigée vers les banques, pas vers l’économie réelle. Il faut l’employer autrement.
Il est loin le temps où l’ex-patron de la banque centrale américaine Ben Bernanke pouvait suggérer que le meilleur moyen d’injecter de la monnaie dans l’économie serait de “lâcher des billets de banque par hélicoptère” Jaubert/Sipa

Il est loin le temps où l’ex-patron de la banque centrale américaine Ben Bernanke pouvait suggérer que le meilleur moyen d’injecter de la monnaie dans l’économie serait de “lâcher des billets de banque par hélicoptère” Jaubert/Sipa

Actuellement, la BCE injecte ainsi 60 milliards d’euros par mois dans l’économie de la zone euro. Mais sans réussir jusque-là à relancer l’activité. Les banques expliquent qu’elles n’ont pas suffisamment de demandes sérieuses de prêts. L’argent créé par la BCE n’est pas pour autant perdu pour tout le monde : les banques le placent. Les cours des bourses et d’autres actifs montent, au plus grand bonheur de leur détenteurs, qui ne sont pas les citoyens les plus pauvres.

Mario Draghi compte faire passer la dose de QE, dès décembre, à plus de 75 milliards par mois. Mais il n’y a guère de raisons pour que les banques soient plus allantes qu’aujourd’hui et que cette monnaie sera dirigée vers l’investissement productif.

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Les vrais-faux témoins de Svetlana Alexievitch

La lauréate du Nobel 2015 revendique une écriture fondée sur des témoignages. Sa méthode pose pourtant quelques problèmes.

Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015. (©MAGNUS HALLGREN / DN / TT/SIPA)
Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015. (©MAGNUS HALLGREN / DN / TT/SIPA)

Dans un entretien donné en 2010 à la revue «XXI», Svetlana Alexievitch comparaît son travail à celui d’Anna Politkovskaia, journaliste russe assassinée quelques années plus tôt. (Les deux femmes étaient amies.) «Anna Politkovskaia faisait un travail extraordinaire, disait l’écrivain,mais c’était du journalisme, c’est tout à fait différent. Les questions métaphysiques ne l’intéressaient pas du tout. Je ne suis pas journaliste au sens strict. Je me sers du journalisme pour me procurer les matériaux, mais j’en fais de la littérature.»

C’est ainsi que le travail d’Alexievitch est souvent présenté: une pratique quasi-journalistique qui, par son ampleur et sa profondeur, devient autre chose, une sorte de littérature documentaire. Pour chacun de ses livres, l’écrivain biélorusse dit recueillir plusieurs centaines de témoignages, jusqu’à sept cents. Elle en sélectionne quelques dizaines, et elle les monte.

En lui donnant le prix Nobel, l’Académie suédoise a récompensé une œuvre étrange, assez radicale dans sa forme. Elle a entériné le basculement de la littérature contemporaine vers la non-fiction. Dans le temps, elle avait couronné Bergson, Russell ou Churchill. Mais, à l’exception de quelques poètes, elle semblait depuis longtemps n’avoir que des romanciers dans son champ de vision. Alexievitch est la première lauréate dont le travail touche d’aussi près, d’une façon aussi méthodique et revendiquée, au documentaire.

L’homme collectif

Svetlana Alexievitch est née en 1948. Elle a commencé à écrire des livres au début des années 1980, à un peu plus de 30 ans. A cette époque, elle est journaliste dans «un petit journal soviétique de province, en Biélorussie», comme elle le raconte à «XXI». «Ce qu’on me demande au journal n’a pas grand intérêt et je le fais sans me fouler», se souvient-elle.Sur les conseils d’un écrivain biélorusse, Ales Adamovitch, elle décide alors d’aller recueillir des témoignages de femmes ayant combattu dans l’armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pendant deux ans, le livre qu’elle en a tiré est bloqué par la censure, jusqu’à ce qu’il paraisse à  Moscou à la faveur de la Perestroïka naissante, en 1985, sous le titre «la Guerre n’a pas un visage de femme». L’ouvrage finit entre les mains de Mikhaïl Gorbatchev, qui en dit du bien dans un discours, à l’occasion du quarantième anniversaire de la capitulation allemande. Il se vend à deux millions d’exemplaires, porté par la bénédiction du Secrétaire général et le scandale public: la «vieille garde communiste» s’énerve dans la presse de ce livre «pacifiste» qui montre la guerre comme un tissu d’anecdotes monstrueuses, et non comme une épopée prolétarienne.

La manière d’Alexievitch est déjà là : «la Guerre» est principalement composé de témoignages, de monologues, de voix. Elle intervient de manière très ponctuelle en tant qu’auteur. Par la suite, elle s’effacera presque complètement. C’est le début d’un projet littéraire intitulé «les Voix de la grande utopie», qui consiste à faire parler les Soviets de ce siècle invraisemblable qu’on leur a infligé. Une polyphonie de la catastrophe permanente: la guerre, le stalinisme, la misère, l’idéal communiste, la répression soviétique, l’enfer afghan, le drame nucléaire, le passage brutal à l’ultra-libéralisme, la restauration poutiniste.

Traductrice de plusieurs de ses livres, Galia Ackerman juge que «son œuvre touche à quelque chose de très sensible»:

Ses livres sont un seul texte dont le héros collectif est l’homme soviétique. Nous pensions que cette espèce, qui met les intérêts de son pays et l’orgueil national avant ses propres intérêts, allait disparaître. Or, 25 ans plus tard, nous constatons qu’il n’en est rien, qu’elle est même plus vivante que jamais. ‘‘La Fin de l’homme rouge’’ est un faux titre [le titre original peut être traduit par: ‘‘le Temps secondaire’’]. Le livre ne parle pas de la fin, mais de la mystérieuse persévérance de l’homme rouge. Nous avons aujourd’hui un Etat russe dirigé par un homo sovieticus très dangereux, soutenu massivement par sa population. C’est ce mystère, qui nous concerne tous, qu’elle essaye de percer.»

On l’a beaucoup comparée à Chalamov et Soljenitsyne, par réflexe de rassembler les écrivains de l’ex-bloc soviétique sous le label de la dissidence. Mais le lien le plus étroit qu’elle entretient avec eux, c’est sans doute cet usage intensif du témoignage collectif, si important dans «l’Archipel du Goulag» (composé à partir de 227 témoignages), et du fragment.

« Je n’écris pas  une histoire sèche (…), j’écris l’histoire des sentiments, écrit-t-elle.

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L’arnaque du prétendu « prix Nobel d’économie »

Antonin Benoit –  Doctorant en Histoire

Publié le 10/10/2015 à 12h16

A un moment de la semaine prochaine, un bruit devrait se répandre dans tous les médias, et on entendra parler un peu partout d’un nouveau (et dernier) prix Nobel : celui d’économie.

C’est toujours une bonne nouvelle parce qu’après les cinq autres qui rythment cette semaine, on finit souvent par être un peu en manque une fois le prix Nobel de la paix passé (vendredi), et on est donc très contents d’avoir un prix Nobel bonus.

C’est généralement l’un des plus médiatiques, et dans les cas extrêmes ça peut même pourrir l’actualité pendant toute une année, voire plus (notamment si c’est un Français – oui, je parle de Jean Tirole).

Or, ce qu’il y a avec le prix Nobel d’économie, c’est que ça n’est pas un prix Nobel.

Et pour cause : Alfred Nobel n’a jamais évoqué le moindre désir de créer d’autres prix que les cinq que l’on connaît (physique, chimie, médecine, littérature, paix) dans son testament (qui crée les prix), ni ailleurs.

Mais alors, c’est quoi ce truc ?

Si on veut absolument être précis, c’est un « prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » ou « Nobel Memorial Prize » en anglais (ce qui accentue encore la possibilité de confondre), créé en 1968.

Les Français Patrick Modiano (littérature) et Jean Tirole, pendant la cérémonie à Stockholm, le 10 décembre 2014

C’est une histoire très simple : un gouverneur de la banque centrale de Suède (Per Asbrink) qui voulait fêter dignement le tricentenaire de son institution en se créant un prix Nobel, et qui a donc entrepris une grande opération de lobbying en y associant des économistes prestigieux (dont Gunnar Myrdal, qui allait le recevoir en 1974 avant de vouloir l’abolir), qui a payé : après de grandes réticences, la Fondation Nobel et l’Académie royale des sciences de Suède (qui gèrent l’attribution des prix Nobel) ont fini par accepter d’organiser le vote et la cérémonie sur le même modèle que les autres (à condition toutefois que ce soit la banque centrale de Suède qui paie la récompense associée au prix).

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VIDEO. Oseriez-vous franchir ce pont de verre au-dessus du vide ?

Publié le 02-10-2015

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A 180 mètres de haut, les pieds dans le vide. Le plus long pont en verre du monde offre un panorama grandiose sur la province du Hunan en Chine.
Une touriste chinoise impressionnée par l'effet suscité par la structure (AP/Sipa)Une touriste chinoise impressionnée par l’effet suscité par la structure (AP/Sipa)

A quatre pattes, bien accroché à la rambarde ou soutenu par des amis… Chacun à sa méthode pour dépasser le vertige et franchir les 300m de ce pont en plaques de verre ultra-résistantes et pouvant supporter le poids de 800 personnes. La structure qui était auparavant en bois, rouverte pour l’occasion fin septembre, est désormais surnommée « le pont des héros ». Et c’est vrai qu’il faut du courage pour s’élancer avec l’illusion d’avoir les pieds dans le vide et le panorama s’ouvrant sous ses yeux. La vue sur le parc national Shiniuzhai dans le Hunan est inédite.

Regardez : 

Sur le web : Chine : un pont en verre à 180 mètres du sol