Pourquoi la France attire encore les investisseurs étrangers ?

Par Fabien Piliu  |  30/11/2015
L'américain Cisco a annoncé en octobre le doublement de son investisement dans les start up françaises pourle porter à 200 millions de dollars
L’américain Cisco a annoncé en octobre le doublement de son investisement dans les start up françaises pourle porter à 200 millions de dollars (Crédits : © Robert Galbraith / Reuters)
http://www.latribune.fr/economie/france/pourquoi-la-france-attire-encore-les-investisseurs-etrangers-531558.html
La France reste la première destination des investissements industriels étrangers en Europe. Quel sont ses atouts ?

La période actuelle est délicate. Après les terribles attentats de Paris et de Saint Denis, la menace de fin du monde que nous promettent les commentateurs de la COP 21 plombent une ambiance déjà lourde. A côté de ces drames, réels et potentiels, le fort rebond du nombre de demandeurs d’emplois en décembre est presque un non-événement, en dépit du fait que le chômage est une tragédie que vivent au quotidien plus de 6 millions de personnes en France.

Dans ce contexte, le tableau de bord de l’attractivité présenté la semaine dernière par Business France, l’agence chargée de soutenir l’export et de faire la promotion du site France est une bouffée d’air frais bienvenue, même si, bien évidemment, le bilan n’est pas parfait. En effet, Business France insiste une nouvelle fois sur le niveau élevé de la pression fiscale en France et sur la tendance à la baisse de la dépense intérieure en recherche et développement (DIRDE).

La France, première destination européenne pour les investissements industriels

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Italie : le « Jobs Act » est-il une recette miracle ?

Par Romaric Godin  |  09/03/2016
Matteo Renzi se veut l'auteur d'un "miracle" sur l'emploi. Une prétention justifiée ?
Matteo Renzi se veut l’auteur d’un « miracle » sur l’emploi. Une prétention justifiée ? (Crédits : Reuters)
http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/italie-le-jobs-act-est-elle-une-recette-miracle-555942.html
La « réforme » du marché du travail de Matteo Renzi apparaît comme un modèle pour la France, régulièrement cité en exemple. Mais est-ce pertinent ?

Dans le débat actuel sur le projet de loi Travail du gouvernement qui agite la France, l’Italie et l’Espagne ont, pour beaucoup, valeur d’exemple. Le schéma de la démonstration est connu : ces pays ont fait les « réformes nécessaires », ils ont connu une vague de créations d’emplois. Le cas espagnol, étudié en détail ici, ne semble pas réellement pertinent. Le chômage espagnol demeure le deuxième plus élevé d’Europe avec un taux d’inactivité très élevé et les créations d’emplois se sont effectuées, grâce à la croissance, à un rythme cohérent avec les destructions passées. Nul miracle donc.

Qu’est-ce que le Jobs Act ?

Qu’en est-il de l’Italie ? Le « Jobs Act » de Matteo Renzi entré en vigueur voici un an, au début de mars 2015, est une réforme assez originale : elle créé un CDI nouveau à « protection croissante » avec une période d’essai de trois ans. Pour rompre ce CDI, l’employeur italien n’a pas réellement besoin d’une justification. La réforme a supprimé la possibilité de réintégration des salariés licenciés abusivement, sauf dans le cas de discrimination. Mais c’est à la personne licenciée d’apporter la « preuve matérielle » de cette discrimination. Sinon, il a droit à une indemnité de licenciement fixée selon son ancienneté qui va de 4 à 24 mois de salaire. Parallèlement, les décrets du ministre du travail Giuliano Poletti, signés en 2014, ont facilité l’usage des CDD qui peuvent être enchainés jusqu’à 5 fois de suite pendant 36 mois, désormais.

Un succès ?

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Espagne : les dessous du « miracle » de l’emploi

Par Romaric Godin  |  01/02/2016, 16:55
525.100 emplois ont été créés en Espagne en 2015. Un succès ?
525.100 emplois ont été créés en Espagne en 2015. Un succès ? (Crédits : © Andrea Comas / Reuters)
Les créations d’emplois en Espagne impressionnent et alimentent le discours du « succès des réformes ». Mais qu’en est-il en réalité ?

Le modèle espagnol est dorénavant le modèle à la mode. La baisse du chômage au-delà des Pyrénées devient désormais un exemple de la capacité des « réformes structurelles » à porter leurs fruits et, partant, une « honte » de plus pour la France qui, faute de ces réformes, serait condamnée à faire face à un chômage de masse en constante hausse. Il est vrai que les chiffres peuvent impressionner : en 2015, l’économie espagnole a vu le nombre de chômeur reculer de 678.200 et a créé 525.100 emplois. Mais ce modèle en est-il vraiment un ? Quelles mécaniques sont à l’origine de ce « modèle espagnol de l’emploi » ?

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Taxis-VTC : l’ (ub) ère du bullshit

Par Jean-Charles Simon, Facta  |  16/02/2016
(Crédits : © Sergio Perez / Reuters)
http://www.latribune.fr/opinions/blogs/le-blog-du-contrarian/taxis-vtc-l-ub-ere-du-bullshit-550709.html
Le conflit entre taxis et VTC a défrayé la chronique en ce début d’année à Paris. Même les chauffeurs Uber se sont mis en « grève », paradoxe ultime d’une situation de blocage abracadabrantesque où l’illusion technologique nous fait prendre des vessies pour des lanternes, estime l’économiste Jean-Charles Simon qui souligne les dangers d’une soumission à la logique de « plateformisation » improprement nommée économie du « partage ».

Le conflit entre taxis et VTC a atteint un stade hallucinatoire. Ces derniers jours, des chauffeurs, leurs sociétés d’exploitation et des plateformes comme Uber ont lancé un mouvement de protestation… contre l’application d’une loi ! C’est en effet le rappel au respect de celle-ci sur le transport collectif qui a mis le feu aux poudres, conduisant l’écosystème du VTC à reconnaître qu’il enfreignait la loi en utilisant des « capacitaires Loti » sur ses plateformes. Or ces derniers, issus d’un vieux dispositif (la loi « Loti » de 1982) n’ont pas l’agrément de VTC et doivent transporter au moins deux personnes… car ils relèvent justement du « transport collectif ».

Cet épisode abracadabrantesque est symptomatique de la période que nous vivons. Au nom de « l’innovation numérique », de la « tech » portée en étendard à tout bout de champ, il faudrait accepter de prendre toutes les vessies pour des lanternes. Et tolérer tout et n’importe quoi du moment que ça viendrait du camp des innovants et des modernes – autoproclamés, cela va de soi.

Premier bobard : l’innovation technologique serait au cœur de la révolution que nous vivons.

Dans les faits, l’innovation technologique dont il est question est bien secondaire. Le plus souvent, il ne s’agit que d’une couche applicative pour smartphones recourant à des technologies qui existent depuis bien longtemps. Uber n’a inventé ni le GPS, ni les algorithmes d’appariement ou de tarification. Tout ça préexistait largement. D’ailleurs, même des applications de taxis sur smartphone existaient avant Uber.

La vérité est beaucoup plus crue : ce qu’ont « inventé » ces plateformes, c’est tout simplement une manière habile et efficace de s’affranchir le plus possible de toute régulation en n’ayant le minimum de responsabilités. Là où existaient depuis bien longtemps des pratiques assez similaires (les faux taxis, les sous-locations sauvages d’appartement…), l’appli smartphone permet de jouer un rôle d’entremetteur Ponce-Pilate entre l’offre et la demande. Au lieu d’avoir une kyrielle de salariés, de voitures ou d’appartements, avec tous les coûts et les contraintes que cela suppose, on n’a plus que de gentils « partenaires », dont, bien sûr, on jure croire qu’ils respectent la loi. Mais à eux de se coltiner les formalités relatives à leur emploi le cas échéant, la protection sociale afférente, les déclarations fiscales, l’achat et l’entretien de ce qu’il faut bien appeler leur outil de travail, etc.

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Conflit ouvert entre l’Italie et Bruxelles

L’attaque contre Angela Merkel de Matteo Renzi

«L’Europe doit être utile à ses 28 pays, pas à un seul »


 

Par Romaric Godin  |  06/01/2016, 17:02  |  1389  mots

Le président du conseil italien a des rapports tendus avec Bruxelles.
Le président du conseil italien a des rapports tendus avec Bruxelles. (Crédits : Reuters)
http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/conflit-ouvert-entre-l-italie-et-bruxelles-540724.html
 
Le gouvernement de Matteo Renzi s’est indigné que le seul Italien du cabinet de Jean-Claude Juncker ait été contraint à la démission et remplacé par un Britannique. Un épisode qui illustre les mauvaises relations actuelles entre Rome et la Commission.

En ce début d’année 2016, les relations entre l’Italie et l’Union européenne sont plus que jamais tendu. C’est un remaniement au sein du cabinet du président de la Commission, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui a encore une fois mis le feu aux poudres. Le seul Italien de ce cabinet, l’expert juridique Carlo Zadra, a en effet démissionné de son poste en raison, semble-t-il, de désaccords fréquents avec le chef de cabinet du président, Martin Selmayr, un Allemand réputé très conservateur. L’ennui, c’est que Carlo Zadra a été remplacé par un Britannique, Michael Shotter. Et que, partant, il n’y a plus d’Italien autour de l’ancien premier ministre grand-ducal.

« Inacceptable »

Une décision qui a été très mal perçue à Rome où, fait notable, le sous-secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Sandro Gozi, s’est exprimé sur ces faits, jugeant l’absence d’un Italien au cabinet de Jean-Claude Juncker « inacceptable. » « Commencer l’année 2016 sans un Italien ne devrait certainement pas faciliter les rapports avec l’Italie », a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « pour nous, il est essentiel qu’il y ait un membre italien dans le cabinet Juncker. » Sandro Gozi en aurait fait officiellement la demande à Martin Selmayr, mais rien n’oblige Jean-Claude Juncker à avoir un collaborateur du quatrième pays le plus peuplé de l’UE.

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La Jordanie, assoiffée, tente de sauver la mer Morte

Par Tiphaine Honoré  |  05/01/2016, 7:02  |  805  mots

Le projet de canal reliant la mer Morte à la mer Rouge prévoit un conduit de 200 kilomètre de long, et une usine de dessalement.
Le projet de canal reliant la mer Morte à la mer Rouge prévoit un conduit de 200 kilomètre de long, et une usine de dessalement. (Crédits : Reuters)
http://www.latribune.fr/economie/international/la-jordanie-assoiffee-tente-de-sauver-la-mer-morte-539346.html
Devenu, selon les autorités locales, le deuxième pays du monde le plus pauvre en eau, la Jordanie se débat pour tenter de combattre ce fléau qui gangrène son économie toute entière. Dans ce contexte, l’idée, vieille de cinquante ans, de relier la mer Morte à sa voisine la Rouge pourrait bien passer de l’utopie à la réalité.

« Pharaonique », le terme employé par certains médias européens pour qualifier le futur canal est à la mesure de ses ambitions : sauver la mer Morte et alimenter suffisamment la Jordanie en eau potable. Ce projet alliant un conduit souterrain de 200 kilomètres de long et la construction d’une usine de dessalement devrait faire entrer ce pays dans la cour des grands états « désalinisateurs ».

Baptisé « Red Sea to Dead Sea Canal », ce programme, soutenu par la Banque Mondiale, doit permettre dans un premier temps de produire 85 millions de mètres cubes d’eau douce par an, d’ici à 2020. Puis la cadence passerait à 900 millions de m3 d’eau douce chaque année à partir de 2070, soit plus du double du rendement actuel en Israël, l’un des leaders mondial en la matière.
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Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire

 

Par Romaric Godin  |  30/12/2015, 9:11  |  2136  mots
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter.
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)
http://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-voteront-pour-oter-aux-banques-leur-pouvoir-de-creation-monetaire-539180.html
Une initiative populaire visant à donner à la banque centrale suisse le monopole de la création monétaire a obtenu assez de signatures pour organiser une votation. Son adoption serait une révolution dans la Confédération.

Avec la crise qui a débuté en 2007, l’idée d’ôter aux banques le pouvoir de créer de la monnaie commence à faire son chemin, progressivement, dans l’opinion. L’an passé, un rapport parlementaire islandais a clairement proposé d’en finir avec ce pouvoir. Mais – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – le débat pourrait s’accélérer à partir de la Suisse, pays connu pour son système bancaire démesuré.

Vers une votation

Jeudi 24 décembre, en effet, la chancellerie fédérale helvétique a enregistré officiellement l’initiative populaire « monnaie pleine » qui vise à donner à la Banque nationale suisse (BNS) le monopole absolu de la création monétaire. Cette initiative, lancée en juin 2014 par un groupe dirigé par un instituteur alémanique, Hansruedi Weber, a recueilli 111.824 signatures, soit davantage que les 100.000 nécessaires pour provoquer une votation, autrement dit un référendum.

C’est une étape importante pour cette initiative. Désormais, le conseil fédéral (gouvernement) et le parlement suisses vont devoir se prononcer sur le projet qui prévoit la modification de l’article 99 de la constitution helvétique. Puis, à une date qui reste à définir, le peuple suisse sera amené à se prononcer dans une votation. Pour être acceptée, cette initiative devra alors obtenir non seulement la majorité populaire au niveau fédéral, mais aussi dans au moins 12 des 23 cantons de la Confédération.

Les problèmes de la situation actuelle.

Le chemin est donc encore long. Mais une chose semble certaine : le débat aura bien lieu. Que propose concrètement cette initiative ? Pour ses promoteurs, la constitution helvétique est aujourd’hui inadaptée. Cette dernière reconnaîtdans son article 99-1 à la « Confédération » seule le droit de battre monnaie et donne dans son article 99-2 à la BNS reconnue « indépendante », le droit de mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays. » Rien de plus.

Concrètement, ceci donne de fait à la BNS le monopole de l’émission des pièces et billets, les seules formes monétaires qu’elle maîtrise. Mais elle ne maîtrise pas l’essentiel de la monnaie créée qui, en Suisse, comme ailleurs, est de la monnaie « scripturale », faisant l’objet d’un jeu d’écriture et non d’échanges physiques. Cette monnaie est, pour l’essentiel, créée par les banques lors de l’attribution de crédits à l’économie physique ou à d’autres banques.

Pour les auteurs de l’initiative, cette situation pose deux problèmes. D’abord, en « privatisant » via les banques la création monétaire, l’Etat perd là un revenu. Ensuite, contrairement à ce que prévoit la constitution, la BNS ne maîtrise que difficilement la création monétaire. Certes, la politique de taux joue en théorie sur le prix du crédit et donc sa distribution, mais cette transmission est imparfaite, on le constate encore en zone euro. La capacité de création monétaire donnée aux banques encourage la formation de bulles spéculatives ou, au contraire, freine la production de crédit lorsque celle-ci serait nécessaire. La financiarisation de l’économie a été le corollaire de ce pouvoir monétaire des banques.

Transmettre à la BNS le pouvoir de création monétaire

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