Jacques Sapir : «Construisons l’Europe de la libre coopération des nations souveraines» (2/2)

Par Alexis Feertchak Mis à jour le 05/12/2016 à 11:04

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/02/31002-20161202ARTFIG00261-jacques-sapir-construisons-l-europe-de-la-libre-cooperation-des-nations-souveraines-22.php

L'économiste Jacques Sapir.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Nous republions cette interview en deux parties de Jacques Sapir réalisée quelques heures avant le référendum italien. L’économiste détaille les conséquences pratiques d’une sortie de l’euro qui pourrait être engendrée par la crise italienne.


Économiste, directeur d’études à l’EHESS, récemment élu membre de l’Académie des Sciences de Russie, Jacques Sapir dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI) et coorganise avec l’Institut de prévision de l’économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope. Il a dernièrement publié Souveraineté, démocratie, laïcité (éd. Michalon, 2016) ; L’Euro est-il mort? (éd. du Rocher, 2016) et L’Euro contre la France, l’Euro contre l’Europe (éd. du Cerf, 2016).


Lire la première partie du Grand entretien: «Le référendum en Italie peut provoquer l’implosion de l’Euro».


FIGAROVOX. – Vous prophétisez depuis longtemps la fin de l’euro et expliquez que la monnaie unique empêche le retour de la croissance en Europe. Comment en arrivez-vous à cette conclusion?

Jacques SAPIR. – Cette conclusion est celle de nombreux économistes. Je m’inscris dans un courant où l’on retrouve l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre mais aussi Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, et de nombreux économistes que ce soit en France , aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en Pologne ou en Allemagne.

L’euro joue un rôle très néfaste sur la croissance des pays de la zone euro pour deux raisons. D’une part, il bloque le taux de change à un niveau artificiel qui ne profite qu’à l’Allemagne. Dès que cette dernière a mis de l’ordre dans ses affaires, c’est devenu absolument évident. Ensuite, il impose aux autres pays des politiques dépressives, ce que l’on appelle les politiques d’austérité. C’est le sens profond du projet économique défendu par François Fillon (et bien plus hypocritement par ses adversaires comme Emmanuel Macron et le candidat potentiel du parti socialiste).

Il faut constater que l’euro a été vendu aux populations européennes sur la base de contre-vérités et de mensonges, certes empaquetés dans une apparence de raisonnement scientifique, mais dont il était facile de montrer les erreurs et les préjugés idéologiques .

Comment illustrez-vous cette crise de l’euro?

Nous sommes aujourd’hui dans une situation où l’écart des taux de change virtuels entre les pays a atteint un niveau insupportable. C’est pourquoi la crise de l’Euro, qui était latente au début des années 2000, et qui est devenue visible à partir de l’hiver 2009-2010, a migré des pays de la périphérie, comme le Portugal, la Grèce ou l’Espagne, aux pays du centre historique de la zone, soit l’Italie et la France. Un document du Fond Monétaire International datant de cet été le montre bien . En fait, l’euro aboutit à recréer la même situation que l’on avait en 1930-1932 en Europe avec le «Bloc-Or», une situation dont les effets désastreux dans le contexte de la crise induite par le krach de 1929 sont bien connus. Les différents pays européens ont dû abandonner, les uns après les autres, le «Bloc-Or», et ceux qui l’ont fait les premiers sont ceux qui s’en sont le mieux portés. Il en sera de même avec l’euro. Ceux qui quitteront le navire les premiers en tireront le plus de bénéfices.

En quoi l’euro est-il politiquement un frein démocratique?

L’euro fait partie d’un projet, celui d’instaurer une Europe supranationale, une Europe fédérale, mais sans consulter les populations. D’ailleurs, Jean-Claude Juncker l’a dit. Surtout pas de référendum, surtout pas de débat politique . Cette déclaration, assez ahurissante, fait pendant à celle qu’il avait faite en janvier 2015, à la suite des élections législatives en Grèce, et où il disait qu’il ne pouvait y avoir de choix démocratique contre les traités européens .

En fait, l’euro n’est pas simplement une institution économique ; c’est aussi – et peut-être surtout – un mode de gouvernance. Si l’on reprend sa déclaration de janvier 2015 on doit y voir l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique . La seule légitimité dont Jean-Claude Juncker puisse se prévaloir n’est que la légalité d’un traité. Nous avons alors un exemple immédiat et direct de la circularité du raisonnement tenu dans les instances européennes. Il faut de la légitimité pour contester un droit légal dans un autre pays. Mais, cette légitimité ne provient elle-même que de la légalité d’un traité fondateur. En quoi cette légalité est-elle supérieure à la légalité du scrutin en Grèce, ou le cas échéant en Italie ou en France? Il n’y a nulle base pour l’établir, car il faudrait alors se référer à un principe de Souveraineté, ce dont les institutions européennes ne veulent sous aucun prétexte.

M. Juncker trahit le fait qu’il considère que la Commission européenne est bien une instance supérieure aux gouvernements des pays membres, une instance dont la légitimité lui permet à lui, petit politicien faisandé d’un pays dont les pratiques fiscales constituent un scandale permanent, de dicter ses conditions.

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Sortir de l’Euro

L’éventuelle sortie de l’Euro polarise aujourd’hui une partie du débat politique. Avec la sortie de la traduction en français du livre de Joseph Stiglitz[1], et de quelques autres, cette question a désormais acquis sa légitimité. On sait, et je l’ai d’ailleurs écrit, que l’Euro était un problème non seulement économique mais aussi politique, qu’il concernait non seulement la France mais aussi l’Union européenne[2].

euro-cerf

Mais, ce débat est caractérisé par des déclarations à l’emporte-pièce, et pour tout dire peu sérieuses. Les implications d’une sortie de l’Euro ne sont pas perçues. Or, elles s’imposeront avec une logique impérieuse compte tenu du poids des marchés financiers. Ces implications doivent être discutées dès aujourd’hui. La sortie de l’Euro entraînera une reconfiguration importante du système financier français, et le débat sur ce point est capital. Les trois candidats potentiels à l’élection présidentielle d’avril 2017 qui incluent la sortie de l’Euro dans leur programme, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Marine le Pen feraient bien de mettre leurs équipes au travail sur cette reconfiguration à venir s’ils ne veulent être dépassés par les événements.

 

Les délires de Laurent Wauquiez (et de quelques autres)

Le débat sur la sortie de l’Euro s’accompagne donc de déclarations irresponsables, comme celle de Laurent Wauquiez affirmant que l’épargne des français serait amputée de 30% par une telle sortie[3]. En fait, l’épargne en Euro serait reconduite en (nouveaux) Francs. Et, si Monsieur Wauquiez croit que la totalité de notre consommation est importée, il se trompe, et il aurait pu vérifier ses sources facilement auprès des publications de l’INSEE. Mais, Monsieur Wauquiez préfère chercher à effrayer le chaland plutôt que de se comporter en politicien honnête et responsable. En réalité, si l’on admet une dépréciation de 30% par rapport à l’Allemagne, seuls les dépenses réalisées en produits allemands subiraient le poids de cette dépréciation. Celles réalisées en produits italiens ou espagnols se verraient avantagées car, une sortie de la France de l’Euro aurait pour conséquence l’éclatement de la zone Euro, et une dépréciation des monnaies italienne et espagnole par rapport au Franc…

Au-delà, on sait qu’une large partie de l’épargne des français est constituée de biens immobiliers, en en général du logement principal. En quoi le « service » rendu par la propriété d’un logement serait-il déprécié de 30% en cas de sortie de l’Euro ? Mystère ; Monsieur Wauquiez, et quelques autres, ont sans doute découvert des lois nouvelles de l’économie, mais ils ont alors omis d’en informer les économistes…Plus sérieusement, on voit que ces affirmations n’ont aucun sens. L’épargne vise à fournir un revenu régulier qui vient s’ajouter, ou remplacer, le revenu du travail. Ce revenu est dépensé, et pour plus de 50% il est dépensé en produits et services produits en France. La part de ce revenu qui est consacré à des produits, ou services, importés, ou composés de produits d’importations, provenant de pays dont les devises devraient s’apprécier dans le cas d’une sortie de l’Euro n’excède pas 20% de la consommation totale, cette part étant plus importante pour les hauts revenus et moins importantes pour les bas revenus. Dans le cas d’un dépréciation de -30% par rapport aux pays à monnaie dite « forte », la perte ne concernerait que le flux de revenu engendré par l’épargne, et se situerait, pour la première année, en moyenne à 6%, soit cinq fois moins que ce que prétend Monsieur Wauquiez. Mais, dès la deuxième année, la composition de la consommation se modifierait, directement au profit des produits et services issus des pays à monnaies « faibles », indirectement par la relocalisation de certaines des activités issues des pays à monnaies « fortes » vers les pays à monnaies « faibles ». Le surcoût diminuerait rapidement et deviendrait négligeable.

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Joseph Stiglitz propose de mettre fin “en douceur” à l’Euro

Joseph Stiglitz propose de mettre fin “en douceur” à l'Euro
Joseph Stiglitz en 2012. (©Baltel/Sipa)

Selon le Nobel d’Economie, l’Euro est un échec qui condamne l’Europe à la stagnation. Et il ne peut être réformé car l’Allemagne ne le voudra jamais.

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160817.OBS6444/joseph-stiglitz-propose-de-mettre-fin-en-douceur-a-l-euro.html

 
Avec la baisse des taux d’intérêt et l’apaisement apparent de la spéculation sur les dettes souveraines des pays européens, on pouvait croire le débat sur la monnaie unique refermé pour un moment. Erreur ! Une nouvelle charge contre l’euro est lancée, et son instigateur n’est pas n’importe qui: c’est le Nobel (1) Joseph Stiglitz, ex-économiste en chef de la Banque mondiale et penseur adulé par la gauche.

Stiglitz vient de publier un livre «The Euro: How a Common Currency Threatens the Future of Europe» («l’Euro: comment une monnaie commune menace l’avenir de l’Europe») pour appeler à mettre fin «en douceur» à la monnaie unique, dont le fonctionnement est, selon lui, vicié à la base. Selon Joseph Stiglitz, l’euro n’a pas été pensé au tout début des années 1990, selon des règles économiques sérieuses: il résulte d’un acte de foi aveugle, lié aux circonstances de l’époque (la chute du mur, la globalisation…) et à l’offensive idéologique néolibérale. Il résume son diagnostic en deux phrases dans un article qu’il a publié mercredi dans le «Financial Times»:

Il était presque inévitable que la suppression de deux mécanismes-clefs, la fixation des taux d’intérêt et les taux de changes, sans les remplacer par quoi que ce soit, rendrait les ajustements macro-économiques difficiles. Ajoutez à cela le fait que la banque centrale ait eu pour mandat de se concentrer sur l’inflation et  le fait que les pays membres soient encore plus  contraints dans leur déficits budgétaires, le résultat a été un taux de chômage excessivement élevé et un PIB constamment en dessous de son potentiel»

L’approche allemande trop différente

Réformer l’euro passerait, explique Stiglitz, par quelques mesures assez simples, du moins sur le papier :

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L’UE et l’euro – Charles Gave – BFM Business

Charles Gave

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http://institutdeslibertes.org

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “L’Etat est mort, vive l’état” aux Editions François Bourin 2009 prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal research (www.gavekal.com)  et Gavekal Securities et membre du conseil d’administration de SCOR.

L’Euro, poison de l’Europe

L’Union européenne est en crise ; c’est aujourd’hui une évidence. Les accords de Schengen sont sur le point d’être révoqués, si ce n’est dans le droit du moins dans les faits. Le désastre crée par le « marché unique » non équilibré par des capacités d’action à la mesure de ce dit marché est aujourd’hui patent. Mais, plus que tout, l’origine de cette crise trouve sa source dans l’Euro. Il agit tel un acide qui corrode les fondations économiques et sociales des pays qui l’ont adopté. Il met à mal la démocratie et suscite, peu à peu, la montée de pouvoirs tyranniques. C’est en partie la thèse du livre écrit par Lord Mervyn King, l’ancien gouverneur de la Bank of England ou Banque Centrale du Royaume-Uni (de 2003 à 2013) [1]. Il faut ici souligner la portée de cet ouvrage. C’est la première fois qu’un ancien banquier central prend de manière si claire et si directe position contre l’Euro. Il n’est pas le seul. On annonce pour le 31 mai 2016 la sortie d’un nouvel ouvrage de Joseph Stiglitz, ancien prix Nobel d’économie, entièrement consacré au risque que l’Euro fait peser sur l’économie de l’Union européenne[2]. La sortie de ces deux ouvrages est très symptomatique. Les langues se délient, et la parole se libère.

L’Euro, cet acide puissant de l’idée européenne

L’Euro, on le sait, provoque des dysfonctionnements de plus en plus importants dans les économies des pays qui l’ont adopté, sauf peut-être l’Allemagne. La Zone Euro se heurte en fait à la nécessité de l’existence de taux d’inflation différents selon les pays, quand leur démographie et leur situation structurelle sont trop différentes. C’est d’ailleurs là l’un des arguments de King. J’avais développé ce même argument dans mon livre Faut-il sortir de l’Euro publié en 2012[3]. L’Union Monétaire implique que la même politique monétaire sera conduite sur l’ensemble des pays de la zone, ce qui implique qu’elle sera soit trop restrictive soit trop accommodante suivant les différents pays. Il ne faut donc pas s’étonner que la monnaie unique soit à l’origine de crises répétées.

Ces crises ont des conséquences sociales importantes, directes avec la montée du chômage et en particulier du chômage des jeunes dans les pays d’Europe du Sud ou indirectes avec les politiques budgétaires adoptées pour « sauver l’Euro ». Il provoque des crises à répétition entre les pays, les dresse les uns contre les autres, et menace la nécessaire coopération européenne. L’Euro constitue donc une menace pour directe pour l’état d’esprit européen, tel qu’il s’était développé depuis le traité franco-allemand de 1963 et jusqu’à la chute du mur de Berlin. Mais il y a plus. L’existence de l’Euro implique le sacrifice de la souveraineté, et ce sacrifice entraine la fin de la démocratie. Un des grand lecteurs de Jean Bodin, Pierre Mesnard, l’a écrit de manière très claire : « Posons la souveraineté, nous instaurons la République »[4]. Nous en avons la démonstration par l’absurde ; la suppression de la souveraineté entraîne la crise du projet républicain. Cela se traduit par la rébellion démocratique des peuples de l’Europe du Sud auxquels les institutions de l’Union Européenne et celles de la zone Euro cherchent sans cesse à arracher plus de richesse au profit de l’Allemagne et de ses satellites. Mervyn King prédit alors, une crise tant économique que politique si les pays membres de la zone Euro s’obstinent dans la voie folle et suicidaire de la monnaie unique, et on peut montrer que cet « oubli » du problème de la souveraineté est à la base de la crise politique qui monte[5].

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L’Euro et le grand mensonge

PAR · 24 FÉVRIER 2016

Pour pouvoir tirer le bilan de la monnaie unique il faut revenir sur ses origines. L’Euro nous fut présenté comme une terre de grandes promesses cette terre s’est transformée en celle du grand mensonge. Le discours en faveur de l’Euro a prétendu se fonder sur des bases scientifiques. Pourtant les véritables arguments scientifiques jouent contre lui. Il faut reconnaître ce fait et l’admettre si l’on veut pratiquer un bilan objectif. Mais, il faut aussi comprendre pourquoi le raisonnement scientifique ne fut jamais pris réellement au sérieux par les partisans de l’Euro et toujours utilisé comme une instrument de propagande et non d’explication.

Un bilan désastreux

L’Euro provoque des dysfonctionnements de plus en plus importants dans les économies des pays qui l’ont adopté, sauf peut-être l’Allemagne. Ces crises ont des conséquences sociales importantes, directes avec la montée du chômage et en particulier du chômage des jeunes dans les pays d’Europe du Sud ou indirectes avec les politiques budgétaires adoptées pour « sauver l’Euro ». Il provoque des crises à répétition entre les pays, les dresse les uns contre les autres, et menace la nécessaire coopération européenne[1]. L’Euro constitue une menace pour directe pour l’état d’esprit européen, tel qu’il s’était développé depuis le traité franco-allemand de 1963 et jusqu’à la chute du mur de Berlin.

Ce constat est partagé par de nombreux économistes, dont plusieurs prix Nobel[2], mais aussi par des hommes politiques de premier plan comme Oskar Lafontaine (ex dirigeant du SPD er fondateur du parti de la gauche radicale allemande Die Linke)[3], Stefano Fassina, ancien ministre du gouvernement de centre-gauche en Italie[4], ainsi que bien d’autres. Pourtant, il n’a pas conduit – du moins dans notre pays – à une remise en cause de l’Euro. Une remise en cause qui aujourd’hui s’impose pourtant. Et cela aboutit à poser la question : pourquoi donc l’Euro a-t-il été mis en place ?

Le projet est ancien. On peut dater le début d’une réflexion sur une monnaie unique européenne de la fin des années 1960, et en particulier du rapport Werner[5]. Mais, les obstacles étaient, eux aussi, bien connus. En 1977, le président de la Commission européenne, le Britannique Roy Jenkins, proposa la création d’une monnaie unique pour les pays qui composaient alors la Communauté économique européenne. Mais il liait sa proposition à un budget communautaire se montant à 10 % du produit intérieur brut (PIB) des pays membres. Cette idée était techniquement logique, mais fut politiquement rejetée par la totalité des pays concernés. Elle l’est toujours aujourd’hui où le budget de l’Union européenne ne dépasse pas les 1,25% du PIB. Or, sans budget fédéral, il était clair que l’Euro ne pourrait fonctionner. Pourtant, on a fait l’Euro et on l’a fait sans se donner les moyens de la faire fonctionner. Cela demande explication.

Depuis la fin des années 1980 s’est affirmé un projet politique : celui de mettre en place des institutions fédérales. Or, ces institutions avaient été, et sont toujours, refusées par les peuples européens chaque fois que l’on consent à leur demander leur avis. Il fallait donc ruser. Les dirigeants européens ont donc consciemment construits des institutions incomplètes, dont l’Euro est le meilleur exemple, en espérant que les crises naissant de cette incomplétude amèneraient les peuples à consentir dans l’urgence à ce à quoi ils s’étaient refusés de manière raisonnée. Mais, cette ruse a failli. Les crises se sont multipliées, les unes après les autres. Pourtant, aucune n’a engendrée ce dépassement fédéral que les pères de l’Euro appelaient de leurs vœux. Le gouvernement français est bien seul, aujourd’hui, à porter le projet fédéral. Même le gouvernement allemand, qui fut longtemps son meilleur allié, se détourne désormais d’une logique politique qui ferait peser sur les épaules de la seule Allemagne le fardeau de la mise en place de ce fédéralisme et se contente de défendre un statu quo qui l’avantage à l’évidence.

Regardons donc ce qu’il en est et quelle fut, à cet égard, la responsabilité des économistes qui se sont fait l’écho cette fausse « bonne nouvelle ».

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