Emmanuel Macron sur la route de la collaboration avec l’Allemagne

Macron en Allemagne. Même à froid, même avec le recul donné par deux jours de réflexion, le discours qu’il a prononcé à Berlin résonne encore dans nos esprits comme une faute politique qui a tout du franchissement spontané de la ligne rouge.

Les deux Europe que la France a face à elle

Il y a bien deux Europe face à nous.

L’une est celle dont nous rêvons, où la construction communautaire se confondrait avec l’esprit des peuples et la volonté des nations, où chaque Européen pèserait de son poids pour construire un continent harmonieux, un espace politique durable et démocratique. On oublie souvent le sens exact de ce mot. Dans la démocratie, le peuple décide, et le gouvernement se fait pour le peuple.

S’agissant de l’Europe, c’est une gageure, puisqu’il n’y a pas un peuple mais des peuples européens. Et le Brexit a montré comment certains d’entre eux pouvaient ne pas retrouver dans la construction communautaire l’esprit démocratique auquel ils aspirent.

L’autre Europe n’est pas celle de nos rêves, mais celle de la réalité. Elle est dominée par l’Allemagne qui n’hésite pas à y imposer des décisions unilatérales qui ne sont pas démocratiques et qui déstabilisent le fonctionnement de l’ensemble du continent. C’est le cas de l’ouverture unilatérale des frontières aux « réfugiés » par Angela Merkel, décision qui n’en finit pas de fragiliser l’Europe (comme tant d’autres dont les Grecs, par exemple, pourraient longtemps nous entretenir).

Le destin européen de la France

Contrairement aux idées propagées par certains milieux europhiles ou eurolatres en France, critiquer la construction communautaire ne signifie pas un repli sur soi, bien au contraire.

Personne ne conteste que la France ait un destin européen, quelle que soit sa volonté d’ailleurs, ou ses envies. Avant même que l’Europe ne soit l’Europe, c’est-à-dire à l’époque où l’Europe se croyait seule au monde, les peuplades qui habitaient l’espace actuel de la France entretenaient déjà des relations organisées avec le reste du continent. On a parfois l’illusion que l’histoire de l’Europe a commencé en 1945, ou en 1957 avec le traité de Rome. En réalité, l’histoire politique qui a commencé cette année-là n’est qu’une virgule, ou une apostrophe, dans un chapitre beaucoup plus long où la France a toujours tenu une place éminente.

Reste à savoir si le destin européen de la France trouve son content dans l’adhésion à un ordre continental où elle ne décide pas, mais où elle obéit, où elle ne domine pas mais où elle est soumise. La grande force des eurolatres est d’avoir retourné le sens des mots en imposant une synonymie entre amour de l’Europe et soumission à l’Allemagne.

C’est évidemment une imposture que les vrais esprits démocratiques ne peuvent accepter durablement.

Macron a prêté allégeance à l’Allemagne

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Qu’appelle-t-on le gouvernement profond?

Des lectrices et lecteurs m’ont demandé d’expliquer ce que j’entends par l’expression de « gouvernement profond », que j’utilise souvent et à laquelle je dédie d’ailleurs une rubrique sur ce blog. Les premiers jours d’été m’ont paru donner l’occasion de l’évanescence parfaite pour traiter ce sujet un peu aride. On me pardonnera de n’en donner toutefois qu’une première approche sommaire.

http://www.eric-verhaeghe.fr/quappelle-t-on-gouvernement-profond/

Gouvernement profond et « deep state ».

La notion de gouvernement profond fait partiellement référence à la notion anglo-saxonne de « deep state ». J’insiste sur le fait que, dans mon esprit, les deux notions sont connexes mais non réductibles l’une à l’autre. La notion de « state », d’État, fait en effet référence à une structure de décision en bonne et due forme, à une organisation qui serait « deep », c’est-à-dire cachée, dissimulée.

L’expression me paraît s’exposer assez naturellement à l’accusation de complotisme. Elle suggère en effet qu’il existe un espace conscient et organique où des décisions se prennent dans l’ombre et font l’histoire.

Le gouvernement profond part du principe qu’il n’existe pas un « État dans l’État », qui agirait à l’insu des citoyens. Il suggère plutôt l’idée que les décisions, dans nos démocraties, sont prises selon des processus complexes, informels, non structurés, mais capables d’orienter les décisions officielles ou de se substituer à elles. Le principe du gouvernement profond est de confier la conduite de la société à une élite qui dispose des moyens d’exercer une influence déterminante sur les décisions collectives.

Quelques mots sur les théories du « deep state »

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Le blog d’Eric Verhaeghe: 10 propositions pour me situer

propositions
http://www.eric-verhaeghe.fr/10-propositions-me-situer/

Plusieurs lecteurs me demandent de formuler des propositions pour mieux comprendre mes prises de position. Sans vouloir fonder un programme, qui serait prétentieux et ne m’intéresse pas vraiment, je glisse ici 10 idées-propositions majeures auxquelles je crois pour que chacun puisse me situer dans son échiquier.

1 – réformer la vie publique

Je reprends ici les propositions que j’ai déjà éparpillées dans mes écrits:

  • interdire plus d’une réélection à un même mandat (ce qui permet d’éviter le cumul dans la durée)
  • fusionner les communes (il en faut environ 10.000) et supprimer la nébuleuse des intercommunales
  • abandonner la réforme des régions
  • fusionner le Sénat et le Conseil Economique et Social, l’ouvrir à des mandats transitifs (mandats provisoires accordés à des experts sur des sujets précis)
  • supprimer le détachement des fonctionnaires dans les fonctions électives (la mise en disponibilité doit être obligatoire), et dans les cabinets ministériels
  • transparence obligatoire des revenus et des patrimoines des élus tout au long de leurs mandats
  • transparence de toutes les données publiques, conformément à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

2 – réformer l’Etat

Là encore, je reformule des propositions éparpillées:

  • supprimer le statut de la fonction publique pour les directeurs d’administration
  • licencier les directeurs d’administration qui n’atteignent pas les objectifs de performance fixés par le Parlement
  • supprimer la fonction publique hospitalière
  • supprimer la justice administrative et la fusionner avec la justice judiciaire, en créant des chambres administratives dans les juridictions
  • limiter le rôle du Conseil d’Etat au conseil du gouvernement, le supprimer en tant que cour contentieuse

3 – restaurer les libertés publiques

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Les Belges ont-ils arrêté le cerveau du 13 novembre?

http://www.eric-verhaeghe.fr/les-belges-ont-ils-arrete-le-cerveau-du-13-novembre/

Les attentats du 13 novembre font toujours, en France, l’objet d’une version officielle dont toute la presse se moque. Même l’Express ne cache plus son ironie vis-à-vis des affirmations policières qui attribuent à Salah Abdeslam, le petit fumeur de joint de Molenbeek-Saint-Jean, dans la banlieue de Bruxelles, un rôle décisif dans toutes les opérations de notre vendredi noir. Pendant ce temps, la police belge pourrait avoir fait une prise majeure.

La police française s’obstine sur le 13 novembre

Contre toute attente, la police française s’obstine à défendre des thèses rocambolesques sur le déroulement du 13 novembre. En particulier, elle a pris l’habitude d’insérer Salah Abdeslam dans toutes les zones d’ombre que son insuffisante enquête révèle: convoyeurs des terroristes de Seine-Saint-Denis, il a laissé son ADN sur des armes retrouvées dans la Seat de Montreuil. IL est retrouvé moins de vingt minutes plus tard porte de Clignancourt, au volant d’une Clio noire qu’il gare sur un passage piétons. Il serait ensuite resté pendant une demie-heure sur place (il achète une puce de téléphone dans le quartier vers 22h30) avant de se rendre à Châtillon, où l’un de ses cousins aurait refusé de l’aider.

Cet emploi du temps bien chargé entre en contradiction avec l’ensemble des déclarations rapportées par ceux qui l’ont ramené en Belgique, et par des témoins oculaires qui l’auraient vu se livrer à la fusillade de la Belle Équipe. Mais qu’importe si des témoins infirment la version de la police:

« Ce témoignage est sujet à caution », tempère notre source policière. « Comme tout témoignage humain non corroboré par des éléments objectifs, comme la vidéosurveillance, il reste fragile. »

Et la police française, elle s’y connaît, en matière de preuves et de collectes de renseignements non sujets à caution.

La France aveugle à la radicalisation

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Poutine impose l’ordre russe au Moyen-Orient

Poutine a finalement sauvé Assad

On se souvient que Barack Obama n’avait, en Syrie, qu’une seule idée en tête: remplacer Bachar Al-Assad par un régime sunnite piloté depuis l’Arabie Saoudite. Dans sa grande vision diplomatique digne des plus grands rois de France et du général De Gaulle, François Hollande avait d’ailleurs épousé cette même vision, stimulé par quelques ventes de Rafale aux Etats du Golfe. Que ne vendrait-on pas pour enrichir la famille Dassault?

 

Les mauvaises langues soutiennent d’ailleurs que les Etats-Unis et la France n’ont pas hésité à armer l’Etat Islamique, à ses débuts, pour tailler des croupières au président syrien. Là encore, cette politique très inspirée a permis de nourrir un monstre qui a fini par arracher les barreaux de sa cage.

Cette nuit, le Conseil de Sécurité a voté une résolution prévoyant des pourparlers de paix entre Assad et l’opposition, sauf les mouvements terroristes. Si, officiellement, la Russie se dit ouverte à un départ d’Assad après une période transitoire, les Etats-Unis et la France ont manifestement abandonné le préalable, posé jusqu’il y a encore quelques semaines, d’un départ de Bachar.

 

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L’Europe provoque dangereusement la Russie  

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L’Europe est en voie d’implosion, elle n’a plus de projet politique, elle est menacée par un terrorisme sunnite invasif, mais elle semble bien décidée à continuer sagement son suicide en provoquant dangereusement la Russie. Mais quelle mouche pique la classe politique européenne?

L’Europe et les sanctions contre la Russie

On se souvient que, avant la COP 21, François Hollande avait accéléré le rythme de son pédalo avec l’intention affichée de constituer une grande coalition contre Daesh, incluant la Russie. Patatras! non seulement le génialissime Obama l’avait envoyé bouler en lui rappelant que les deux pays ne jouaient pas dans la même catégorie, mais Erdogan, l’islamiste allié des Américains, avait choisi ce moment pour abattre un avion russe en action sur le sol syrien. Hollande se retrouvait seul dans son slip face à Poutine pour faire ami-ami contre les terroristes.

En toute logique, et au vu du poids important de la France dans l’Union, nos alliés européens ont annoncé qu’ils décideraient en fin de semaine de proroger les sanctions économiques prises contre la Russie du fait de son attitude en Ukraine. On se rappelle que ces sanctions ont appelé un embargo sur la viande européenne en Russie… qui a torpillé la filière porcine en France.

Une fois de plus, le talent diplomatique de François Hollande éclate au grand jour. Sa crédibilité internationale est manifeste.

L’Europe fait des ponts d’or à la Turquie

L’Europe ne se contente pas de fâcher les Russes. Elle tend la main à Erdogan le scélérat, qui emprisonne des journalistes à tour de bras et protège de façon plus ou moins ouverte l’Etat Islamique au Levant. Après avoir habilement utilisé la bombe humaine des migrations venues de Syrie, Erdogan obtient ce qu’il voulait de longue date: la reprise des négociations d’adhésion.

 

L’Union vient d’ouvrir les négociations sur le chapitre 17, c’est-à-dire sur la politique économique et monétaire. Il est vrai que la zone euro se porte très bien et que la prospérité en Europe est telle que le bon sens recommande forcément de l’élargir économiquement à la Turquie, dont la politique budgétaire et le modèle économique ajouteront un peu plus de désordre au désordre ambiant.

Encore un incident entre la Turquie et la Russie

Il y a deux jours, on a évité de justesse une collision entre une navire de guerre russe et un bateau de pêche turc en mer Egée. Le navire russe a tiré des coups de semonce… suscitant un incident diplomatique dont chaque protagoniste se rejette la responsabilité. On se demande jusqu’où dérapera la situation entre les deux pays.

Il est en tout cas évident que la tension s’est installée entre les deux puissances d’Europe Orientale, les héritiers de l’empire ottoman, contre les héritiers de l’empire byzantin.

La Russie bande les muscles

Du coup, la Russie fait monter la pression dans ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis. L’agence Sputnik multiplie les articles sur les chances que l’OTAN auraient de remporter un conflit armé contre la Russie.

On lira avec intérêt l’analyse américaine sur l’état des forces armées russes. Citant un éditorial du magazine Forbes (dans sa version en ligne), Sputnik souligne quelques remarques bien senties des experts US:

the alliance’s entire eastern flank is vulnerable to invasion given the proximity of Russian forces and the absence of natural barriers to a quick advance (…).  In the aftermath of the Ukraine invasion, Western military planners no longer think they can predict how Russian leaderVladimir Putin might react to perceived provocations or opportunities.  So the possibility of war in Europe is back on the table as a priority concern, and that means land warfare in which the U.S. Army would have to carry most of the burden.

<la totalité du flanc oriental de l’alliance est exposé à l’invasion du fait de la proximité des forces russes et du l’absence de barrières naturelles empêchant une poussée rapide (…). Dans la foulée de l’invasion en Ukraine, les spécialistes militaires occidentaux n’imaginent plus pouvoir prédire les réactions du leader russe Vladimir Poutine aux provocations réelles ou aux opportunités. C’est pourquoi la possibilité d’une guerre en Europe est à nouveau débattue comme un sujet prioritaire, et elle implique un conflit terrestre dans lequel l’armée américaine porterait l’essentiel du fardeau.>

En outre, Sputnik annonce que l’armée russe a mis au point un nouveau drone de combat et a doté sa flotte en Mer Noire de missiles Kalibr, capables de frapper Daesh.

Bref, peu à peu, l’Europe, sous la houlette des Etats-Unis, rassemble tous les ingrédients pour lutter contre la Russie qui lutte contre Daesh, et pour soutenir la Turquie qui soutient Daesh. Une très belle politique étrangère!

Le FN, vrai vainqueur des élections régionales?

Les résultats du second tour des élections régionales tombent, et beaucoup brocardent la défaite du Front National, première force politique au premier tour, mais qui ne remporte aucune région ce dimanche. Une analyse volumétrique des résultats conduit à nuancer très fortement cette perspective, jusqu’à se demander si le Front National n’est pas le grand vainqueur du scrutin.

http://www.eric-verhaeghe.fr/le-fn-vrai-vainqueur-des-elections-regionales/

Une poussée du FN partout au second tour

Une comparaison, région par région, des résultats entre le premier et le second tour, montre que le FN n’a pas souffert d’une augmentation de la participation au vote, bien au contraire. Partout, le nombre de voix remportées par le Front National a augmenté.

Ainsi, dans le Nord, Marine Le Pen a gagné 100.000 voix, soit la moitié des nouveaux votants au second tour. En Lotharingie, Florian Philippot a gagné 150.000 voix, soit 40% des nouveaux votants. Dans le Sud-Est, Marion Maréchal-Le Pen a gagné 70.000 voix, alors que le nombre de votants a globalement stagné. Dans le Midi, Louis Aliot gagne 150.000 voix, soit, là encore, la moitié des nouveaux votants.

Autrement dit, l’augmentation du taux de participation n’est pas due, comme par le passé, à des électeurs « traditionnels » qui se sont déplacés pour faire barrage au Front National. Les résultats montrent que partout le parti d’extrême droite en « a sous la pédale » et dispose d’un réservoir de sympathie qui déborde le score qu’il a réalisé dimanche dernier, et probablement ce dimanche.

Le naufrage des partis de gouvernement

 

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