« Le réensauvagement de l’espèce est en marche »

Entretien avec

L’ONU vient de publier un rapport sur les « migrations de remplacement ». Selon l’Organisation, « le concept de migration de remplacement correspond à la migration internationale dont un pays aurait besoin pour éviter le déclin et le vieillissement de la population qui résultent des taux bas de fécondité et de mortalité ». Cela rejoint votre idée de « Grand Remplacement » ?

Ce rapport n’est pas le premier. Il y a très longtemps que l’ONU et ses commissions tournent autour du concept de remplacement, ce qui évidemment me fait bien rire, mais jaune, alors que je me fais traiter, y compris par certains de nos amis, de complotiste et d’illuminé. Le point de vue de l’ONU empile deux aberrations, dont la première est au moins une grave erreur d’appréciation et la seconde une monstruosité morale.

La première est la conviction qu’il faut enrayer le déclin démographique des populations et le vieillissement qui l’accompagne nécessairement. Or, l’un et l’autre, surtout le premier, sont la sagesse même. Toutes les politiques écologiques qui prétendent sauver la Terre sans tenir compte de la désastreuse explosion démographique sont un vain et ruineux bavardage. Les peuples les plus développés, dans leur tréfonds, sont bien conscients de cette donnée-là et évolueraient naturellement, si l’immigration d’abord, l’invasion migratoire ensuite, n’intervenaient pas, vers une décroissance démographique naturelle et modérée, parfaitement raisonnable, et qui ne menacerait en rien leur existence, d’autant qu’eux-mêmes n’ont jamais été si nombreux. Cette légère décroissance entraînerait, c’est vrai, un inévitable vieillissement de la population, auquel on a parfaitement les moyens de faire face, qui n’implique en rien le moindre empêchement de faire des enfants ou la disparition de la jeunesse mais qui pourrait, n’était la Grande Déculturation, être l’occasion d’un progrès de la vie de l’esprit.

Le problème de la planète n’est pas du tout la dénatalité relative de l’Europe : il est la surnatalité explosive et catastrophique de l’Afrique.

Quant à la monstruosité morale et culturelle, morale parce que d’abord culturelle, elle tient évidemment à ce que j’appelle le remplacisme, le totalitarisme post-industriel et financiariste, pan-économiste, rival et souvent complice de l’islamisme : pour lui, la matière humaine indifférenciée est indéfiniment échangeable avec elle-même, remplaçable à merci. Faut-il souligner qu’il ne saurait y avoir de dignité de l’espèce qu’en la constitution permanente d’hommes et de femmes irremplaçables ? Dès lors que l’homme est remplaçable par l’homme, il l’est aussi par la bête, et réciproquement, par la machine et par la chose. Le remplacisme est une chosification du vivant.

Dans ses conclusions, l’ONU donne des chiffres, mais n’aborde pas les conséquences culturelles d’une telle migration. Or, n’est-ce pas le plus important ?

Évidemment, mais culturel n’est pas assez dire. Ontologique serait plus vrai. Le remplacisme est un tout.

À Cologne, en prévision du carnaval, l’Allemagne met en place une politique intensive d’information et distribue quantités de tracts et autres notices invitant les réfugiés à « ne pas violer les femmes, à ne pas boire d’alcool ni uriner en public ». Pensez-vous que cela puisse être efficace ?

On nous expliquait déjà qu’il était vilain d’abandonner son chien avant les vacances. Demain, on nous rappellera qu’étrangler ses vieux parents ne se fait pas du tout. Le réensauvagement de l’espèce est en marche.

Comment analysez-vous le fait que politiques, médias puis organisations féministes aient tenté de cacher les événements de la Saint-Sylvestre pour les premiers, et qu’elles aient été si lentes à réagir pour les secondes ?

Le remplacisme est un tout, je le répète, et entre autres choses une fabrique de l’ersatz, du faux, du mensonge et, non pas du silence, certes, mais de l’assourdissement : tout pour que la vérité n’affleure pas, et d’abord celle du Grand Remplacement et de sa vraie nature.

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« Nous cherchons les moyens d’exister ; eux, des raisons de vivre et de mourir »

Entretien avec
Intellectuel, philosophe et politologue

Le gouvernement annonce la création d’un premier centre de « déradicalisation » destiné à nos jeunes musulmans. Vous y croyez ?

http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/cherchons-moyens-dexister-eux-raisons-de-vivre-de-mourir,227262

 

Déjà, je n’aime pas beaucoup le terme, car la radicalité est tout autre chose que l’extrémisme. Mais passons. Que faut-il entendre par « déradicalisation » ? Qu’on va prendre en main de jeunes djihadistes pour essayer de leur faire comprendre qu’on leur a lavé le cerveau et que ce n’est vraiment pas bien de vouloir tuer tout le monde ? Pourquoi pas, puisque dans certains pays cela a donné quelques résultats. Mais il est clair qu’on n’y parviendra pas avec un programme unique, tant les parcours des uns et des autres ont pu être différents, tant la palette de leurs motivations est variée. Quoi de commun entre le salafiste « quiétiste » passé au djihadisme pour des raisons de frustration et de déclassement social – voyez le beau film de Nabil Ayouch Les chevaux de Dieu (2012) – et le petit bandit de droit commun « converti » dans l’incubateur carcéral, qui a décidé de partir en Syrie sans pour autant renoncer à son goût pour les discothèques, les belles voitures, la vie facile et le whisky ? Entre le jeune sociopathe ravi de trouver une légitimation « sacrée » à ses instincts de destruction et celui qui, pareillement dépourvu de toute formation théologique, rêve seulement d’une aventure guerrière qui le fera passer à la télévision ?

Les termes employés pour présenter ce projet sont à eux seuls révélateurs. Il n’y est question que de la tarte à la crème des « valeurs républicaines » et de l’urgence de créer des « lieux de recherche et d’accompagnement ». Bref, des lieux pour se « reconstruire », grâce à des « cellules psychologiques » qui sauront mettre le « dialogue citoyen » au service de la normalisation. Faudra-t-il pour cela faire intervenir des psychologues ou des théologiens, des assistantes sociales ou des spécialistes du crime organisé ? Le fond du problème, de toute façon, est ailleurs.

Et quel est le fond du problème ?

Le fond du problème, c’est qu’une société qui n’est porteuse d’aucun modèle attractif, d’aucune puissante conviction, d’aucun projet collectif, d’aucun idéal est très mal armée pour ramener dans le droit chemin des individus qui se réclament d’un idéal, fût-il criminel et dévoyé. Qu’une société qui ne donne que des moyens d’exister est très mal armée face à ceux qui cherchent des raisons de vivre, lesquelles ne font qu’un à leurs yeux avec des raisons de mourir. Tel est le véritable contraste. Aux « fous de Dieu » qu’on veut sauver d’eux-mêmes, qu’avons-nous à proposer en matière de « réinsertion » ? De devenir d’honnêtes vigiles ou de gentils livreurs de pizzas qui regarderont docilement « Les Jeux de 20 heures » à la télévision ? Et qu’espère-t-on obtenir avec des « modules de citoyenneté » qui font rire tout le monde, assortis d’invocation rituelles à une « laïcité » qui se borne à interdire les crèches de Noël pour rendre invisible dans la sphère publique ce qu’elle ne tolère, provisoirement, que dans la sphère privée ?

Certaines des réactions, proprement infantiles, aux attentats du 13 novembre ont été très justement stigmatisées sur le site du Point par Gabriel Matzneff, dans un article (« Trois petits cochons ») qui a fait quelque bruit. Il visait ceux qui s’imaginent que la meilleure réponse à apporter aux terroristes islamistes est de continuer à s’amuser comme de si rien n’était. « Le manque de spiritualité, de courage et de profondeur de cette prétendue “génération Bataclan” me fait horreur », écrivait-il, ajoutant que dans la cour des Invalides, haut lieu de l’Histoire de France, ce ne sont pas des chansons de variétés qu’on aurait dû entendre, mais bien plutôt les accents solennels du Dies irae. L’État libéral se fait gloire de sa neutralité en matière de « vie bonne », et la société postmoderne n’a pour mots d’ordre que rigoler et consommer, gagner du fric et partir en vacances sans « se prendre la tête ». Tant qu’au don de soi, on n’aura à opposer que le souci de soi, tant qu’au sacrifice et à la volonté de se battre, on n’aura à opposer que le confort et le calcul de son meilleur intérêt, il ne faut pas s’étonner que certains tentent de donner un sens à leur vie en s’engageant dans les plus folles aventures.

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La machine à briser le « plafond de verre » se trouve dans l’électorat UMP/LR, écartelé par la guerre des chefs.

Complé/iment à Robert Ménard
La machine à briser le « plafond de verre » se trouve dans l’électorat UMP/LR, écartelé par la guerre des chefs.

Robert Ménard a raison : pour l’emporter, le Front national doit sortir du splendide isolement, qui a sa grandeur, mais aussi ses limites : c’est l’une des leçons du 13 décembre. Éric Zemmour ne dit pas autre chose lorsqu’il suggère au FN de se fondre dans un ensemble plus vaste, une sorte de Front des Fronts, bref, un Rassemblement du Peuple Français.

La machine à briser le « plafond de verre » se trouve dans l’électorat UMP/LR, écartelé par la guerre des chefs. D’un côté les Juppé, Raffarin, NKM, et autres, qui prônent l’alliance ouverte avec les socialistes de gouvernement ; ils portent ainsi l’UMPS, chère à Marine Le Pen, sur les fonts baptismaux du paysage politique français ; l’enfant naturel, un peu bâtard, un peu fruit d’un mariage-pour-tous idéologique, qui vient de pousser ses premiers vagissements dans le Nord et en PACA, accède enfin à la lumière. Zemmour a raison de le dire. Cette frange de l’UMP/LR envisage de former un centre mou, un ventre mou, qui agrégera les droitistes de gauche macronoïdes, les gauchistes de droite et les adeptes de l’extrême centre, ainsi que les habituels mangeurs de soupe, en un chamallot à la guimauve indigeste. Cette alliance signe la mort de la vieille scission droite/gauche.

De l’autre côté, la majorité des électeurs de LR, ceux qui, de plus en plus ouvertement, osent parler immigration, assistanat, communautarisme, islam, tous ces gros mots, tous ces gros maux que l’on se refuse aujourd’hui à traiter pour ne pas être accusé de « faire le jeu du FN ». En tête de ce groupe, Sarkozy – oui ! je sais ! mais ne commençons pas la chikaya ! –, Wauquiez et d’autres. Si la droite, la grande, la droite de la liberté et du mérite, la droite conquérante ultra majoritaire dans le peuple de France, veut gagner, c’est à la fusion de ces gens-là qu’elle doit travailler dès demain matin, avec programme clair et convainquant. C’est l’idée de Robert Ménard.

 

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Syrie : les raisons de l’intervention russe

Ça y est, en Syrie, la Russie entre enfin dans la danse contre Daech. Près d’une trentaine d’avions de chasse, presque autant d’hélicoptères et des troupes d’élite qui pourraient bien venir au combat, au sol, au contact.
Journaliste, écrivain

Ça y est, en Syrie, la Russie entre enfin dans la danse contre Daech. Près d’une trentaine d’avions de chasse, presque autant d’hélicoptères et des troupes d’élite qui pourraient bien venir au combat, au sol, au contact. Ce, avec l’approbation tacite des USA et devant une Europe éberluée de n’avoir rien vu venir.

Ce renversement d’alliances était pourtant prévisible depuis longtemps et il fallait toute la chronique incurie de notre gouvernement pour ne pas s’en rendre compte. Depuis le règne de Nicolas Sarkozy, la France ne savait que suivre l’Amérique ; mais avec celui de François Hollande, son suivisme se pratique avec un temps de retard, quand ce n’est tout simplement pas à contretemps.

En effet, le coup stratégique majeur de Barack Obama consiste, hormis la réconciliation d’avec Cuba, à avoir rompu avec deux alliances ancestrales. Celle qui le liait avec Israël, en renouant avec l’Iran. Puis celle consistant à distendre les liens avec l’Arabie saoudite. Soit les deux pays qui, pour des raisons diverses et à des degrés plus ou moins voyants, soutiennent Daech. Riyad, parce que tout est bon pour lutter contre l’ennemi chiite – ne jamais oublier le slogan d’Al-Nosra en Syrie : « Les chrétiens à Beyrouth et les chiites dans la tombe ! » Et Tel Aviv, obnubilé par un Damas qui ne le menace en rien et un Téhéran qui, même si meilleur soutien de la cause palestinienne, n’a jamais entendu rayer l’État hébreu de la carte, quoi qu’on puisse en dire.

Dans cette nouvelle stratégie américaine, ne manquait qu’un pion majeur : la Russie. De fait, Barack Obama sait bien que les guerres menées dans la région par les Américains n’ont fait qu’aggraver une situation déjà explosive. Hors de question pour lui d’envoyer à nouveau des GI dans la poudrière. La Russie, donc. Car Vladimir Poutine, lui, a les coudées plus franches : la seule équipée internationale qu’il se soit autorisée fut celle de Crimée. Ce qui lui donne une certaine autorité pour soutenir son traditionnel allié syrien, que Bachar el-Assad en demeure ou non le président. Avantage qui lui permet encore de faire bloc avec cet autre allié traditionnel qu’est l’Iran. L’occasion, donc, pour Moscou de revenir au premier plan de la scène internationale, occasion qui lui a été servie par Daech comme sur un plateau.

L’homme du Kremlin est un redoutable pragmatique. Son homologue de la Maison-Blanche l’est tout autant. Dommage qu’en France, le Quai d’Orsay se contente de regarder passer l’histoire comme les vaches le font avec les trains.

Le pire étant que quelle que soit l’issue de ce conflit, l’Élysée aura réussi à se fâcher avec tout le monde : Russes, Israéliens, Américains, Syriens, Iraniens, Saoudiens et encore doit-on en oublier… Beau résultat. Et pas une balle dans le panier. Bref, un sans-faute pour François Hollande.

« Pour le pape François, le système capitaliste est intrinsèquement mauvais ! »

Entretien avec
Avec sa dernière encyclique, qui a fait grand bruit, le pape François s’est apparemment rallié à l’écologisme le plus radical, ce qui ne doit pas vous déplaire. Mais n’est-il pas dans son rôle quand il s’inquiète du sort de la création ?

Le pape François n’est pas le premier souverain pontife à exprimer un souci écologique. Le grand précurseur en la matière est évidemment François d’Assise, dont le pape n’a pas hésité à rappeler qu’il parlait de « notre Mère la Terre ». Mais il est de fait que, dans l’encyclique Laudato si’, il va plus loin que ses prédécesseurs, que ce soit pour dénoncer le « mythe du progrès » (n° 60), l’orientation actuelle de l’économie (n° 128) ou le fait que « l’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main pour entrer en opposition » (n° 106). Je trouve cela très positif.

Théologiquement, les choses sont un peu plus compliquées. Le christianisme s’est certes très tôt séparé des gnostiques, qui estimaient que ce monde était intrinsèquement mauvais. Mais la théologie chrétienne, fondée sur la distinction de l’être créé et de l’être incréé, ne reconnaît pas de sacralité intrinsèque au monde. Or, c’est parce que le monde a été désacralisé que Descartes a pu poser l’homme comme « maître et possesseur de la nature ». La tradition chrétienne place par ailleurs l’homme au sommet de la création, ce qui lui donne des droits sur elle. La Genèse lui assigne le devoir de « dominer sur toute la Terre » (1,26). On a récemment cherché à traduire ce verbe de façon plus souple, par « diriger de façon responsable, être le gardien de », mais cette manière de faire sollicite le texte. Le terme original est radah, qui signifie bien « dominer » au sens de soumettre, subjuguer, assujettir, fouler aux pieds, comme le montrent ses autres occurrences dans la Bible (Lév. 26,17 ; Nombres 24,19 ; Néhémie 9,28, Psaumes 49,14, etc.).

Pareillement, lorsque ce même pape condamne capitalisme et libéralisme, ne met-il pas ses chaussons rouges dans les pas de ses augustes devanciers ?

En ce domaine, en effet, il n’innove pas radicalement. La critique du libéralisme, notamment, est déjà présente dans la doctrine sociale de l’Église. Au Vatican, cette critique remonte au moins à l’encyclique Rerum novarum (1891) et à sa condamnation d’une « concurrence effrénée » aboutissant à la « concentration, entre les mains de quelques-uns, de l’industrie et du commerce ». Ce qui est nouveau en revanche, et ce dont je me réjouis, c’est que le pape ne se borne plus à dénoncer les « dérives », les « excès », les « mauvaises applications » du système capitaliste. Il ne se borne pas non plus à faire appel à la conscience morale, au « juste salaire », au paternalisme ou à la charité. Il tranche net et sans détours. Il l’a redit récemment en s’adressant aux mouvements populaires de Bolivie : le système capitaliste est intrinsèquement mauvais, car il contredit les « droits sacrés » que résume le principe « terre, toit, travail » (terra, techo, trabajo). Il est « intolérable » parce qu’il implique la toute-puissance de l’argent, que Basile de Césarée qualifiait de « fumier du Diable ». Bref, il constitue une « structure de péché ».

Conformément à la leçon des Évangiles (les premiers chrétiens exigeaient la mise en commun de tous les biens), le pape François a choisi l’« option préférentielle en faveur des pauvres ». Il a bien compris que le capitalisme, avant d’être un système économique, est un « fait social total », porteur d’une anthropologie qui lui est propre. De même a-t-il bien compris que les réformes sociétales que la gauche veut appliquer aujourd’hui n’ont rien de « socialiste » ni même de « gauchiste », mais procèdent de la même conception de l’homme qui est à la base du libéralisme économique et de la société de marché, une conception qui fait de l’axiomatique de l’intérêt et de l’orientation vers la logique du gain le fondement même du phénomène humain, le réduisant ainsi aux seules lois gravitationnelles du désir et de l’intérêt.

Ce qui est assez amusant, c’est de voir les chrétiens les plus réactionnaires, qui se réfèrent à tout instant au pape pour condamner le mariage homosexuel, la PMA pour tous et la « culture de mort », regarder ailleurs ou l’inviter à « s’occuper de ses messes » quand il condamne sans équivoque la marchandisation du monde et le système du profit. Comme si le pape, à défaut d’être infaillible sur le sujet, était nécessairement incompétent en économie ! Comme s’il devait rester muet sur le monde actuel, sur les effets dévastateurs du libre-échange, sur les privatisations, sur le système qui « tue » et qui « exclut » ! Dom Hélder Câmara, dont le procès en béatification a été engagé en 2013 au Vatican, disait déjà : « Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint, mais quand je demande pourquoi ils ont faim, on me traite de communiste. ». Aux États-Unis, il a suffi que le pape condamne la société de marché pour que les Américains voient en lui Karl Marx ressuscité ! D’autres, en France, l’ont accusé de « messianisme terrestre », d’« altermondialisme larvé », de « zapatisme », et que sais-je encore. Les héritiers de Thiers et de Guizot veulent bien qu’on leur parle de « pauvreté évangélique », mais à condition qu’on ne leur demande pas d’en suivre l’exemple…

Qu’un Alain de Benoist puisse dire du bien du Vatican, ça vaut le détour en tout cas ! Vous qui n’avez notoirement pas d’atomes crochus avec le monothéisme en général et le christianisme en particulier, cela ne vous pose pas de problème ?

Cela ne m’en pose aucun. Je suis un intellectuel engagé, pas un intellectuel partisan. Je juge des idées en fonction de ce que je crois être leur valeur de vérité, non en fonction de la personne qui les émet ou du lieu à partir duquel elles sont émises. Simple question d’honnêteté.

Français, si vous savez… c’est grâce à Internet !

Je ne nie pas que ce media véhicule parfois les pires des horreurs au milieu d’une masse de sottises, mais il est aussi le seul à nous révéler l’information que ceux qui détiennent le pouvoir souhaitent maintenir cachée.

Dans les milieux bien-pensants, Internet serait devenu une véritable poubelle de l’information, le lieu de rencontre des réacs, des fachos et des adeptes de la théorie du complot. Si l’information sur la Toile mérite une quelconque attention, ce serait uniquement à travers des blogs « autorisés ». Il n’empêche que, sans Internet, j’aurais continué de croire (par exemple) que la Banque fédérale américaine était un établissement public tout comme la Banque de France ou la Banque d’Angleterre, ce qui est, avouez-le, assez cocasse pour un ancien banquier. Plus drôle encore : lorsque j’affirme aujourd’hui devant les gens de la profession, des anciens parfois haut placés, que la Fed est une banque privée avec des actionnaires privés et que cela pose un problème de déontologie majeur (cf. 2008), le plus souvent ils ne veulent rien savoir ou, dans le meilleur des cas, me renvoient au site Web de la banque intéressée, qui affirme dans son préambule : « Le système de Réserve fédérale fonctionne comme une entité indépendante au sein du gouvernement […] elle remplit sa mission de service public […] elle n’est pas une institution à but lucratif. »

Vraiment ?

Eh bien c’est encore sur Internet que j’ai appris, il y a quelques jours, que la Fed payait chaque année à ses actionnaires – environ deux mille banques commerciales américaines – un dividende fixe de 6 %, soit bon an mal an une grosse douzaine de milliards de dollars, un dispositif qui dure depuis 99 ans ! Pour le lecteur qui ne saisirait pas tout à fait l’énormité de la chose, je rappelle que la Fed détermine la politique monétaire des États-Unis. Or, si le délit d’initié signifie quelque chose, il va de soi qu’elle en est la première cible, ce qui théoriquement devrait l’interdire de réaliser, ou du moins distribuer, le moindre profit. Je rappelle aussi que la Fed s’était portée au secours du système bancaire en acquérant sur le marché des tombereaux d’obligations. Que les taux remontent et ses pertes seraient immenses. Privatisation des profits, mutualisation des pertes, peut-on rêver un plus bel exemple ? Un groupe de parlementaires américains s’est finalement ému de cette situation scandaleuse à bien des égards, et a décidé d’obtenir l’abrogation de ce système. Le Sénat a fait une contre-offre : le dividende serait ramené à 1.5 % ; grosse bagarre de lobbyistes en perspective.

Pour le lecteur de Boulevard Voltaire, cet exemple illustre à merveille l’irremplaçable richesse de l’Internet. Je ne nie pas que ce media véhicule parfois les pires des horreurs au milieu d’une masse de sottises, mais il est aussi le seul à nous révéler l’information que ceux qui détiennent le pouvoir souhaitent maintenir cachée.

Dans les années 70, les journalistes André Harris et Alain de Sedouy – déjà co-auteurs du Chagrin et la Pitié – avaient produit un documentaire remarquable sur l’Histoire de France de 1920 à 1972. Ils l’avaient intitulé Français, si vous saviez ! Eh bien, je gage que si les Français doivent savoir un jour, ils le devront à Internet.

Crédit agricole : une fois de plus, les USA mettent la France à l’amende !

Comme si nos paysans étaient fatigués d’être milliardaires, le Crédit agricole, banque qui leur était naguère dédiée, pourrait bien connaître prochainement des fins de mois difficiles.
Journaliste, écrivain

Ainsi, pour avoir « violé l’embargo » concernant des « pays sensibles », la justice américaine serait prête à lui extorquer une pénalité de 1,6 milliard d’euros. À titre comparatif, la BNP avait dû débourser 6,6 milliards d’euros pour des motifs similaires.

Ces « pays sensibles » sous « embargo », il y en a deux qui viennent immédiatement à l’esprit : Cuba et l’Iran ; avec lesquels la Maison-Blanche vient, par ailleurs, de se réconcilier – et c’est heureux – à grands coups de flonflons et de trompettes. Donc ?

Donc, nous vivons décidément une époque formidable. Où, quand la France ne tapine pas pour Tel Aviv, fait le trottoir pour Washington. Marianne se fait retrousser les jupes sans mot dire et, même violée, fait mine de jouir. Avec Nicolas Sarkozy, nous avions atteint des sommets en matière d’atlantisme rampant. Grâce à François Hollande, c’est le septième ciel au programme. Et avec le grand marché transatlantique qui s’annonce, c’est la tournante assurée.

Il est un fait que les USA – déjà, un pays aux initiales de multinationale, c’est un signe -, souvent, quand ils ne financent pas une bonne partie de notre personnel politique, toute plus ou moins affiliée à la French American Foundation, par le biais de ses French Leaders, ne sont pas tout à fait un pays comme les autres.

La preuve en est que depuis son indépendance, en 1776, ces mêmes USA – nation fondée sur un génocide, détail qui mérite tout de même d’être noté – n’ont cessé d’être en guerre contre le monde entier, souvent au motif d’entendre le préserver de divers périls, réels ou imaginaires : communisme, fascisme, islamisme, néo-tsarisme à la sauce poutinienne, etc. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à l’instar de leurs rejetons sionistes, ses Pères fondateurs, tout juste débarqués du Mayflower, imaginaient avoir atteint la Terre promise. Promise par qui ? Par Dieu, il va de soi…

Au fait, auraient-ils conservé par-devers eux une copie du message, du fax ou du divin courriel, avec cachet de La Poste faisant foi ? Il semble que non. Il n’en demeure pas moins que les têtes pensantes de ce Nouveau Monde – pas toutes, mais une majorité d’entre elles – n’en finissent plus de théoriser leur « destinée particulière ». Comprenez, à rebours des gueux que nous sommes, le « Vieux Monde », nos rugueux voisins considèrent être un poil plus au-dessus que leurs homologues d’en dessous.

Tenez, le TPI, Tribunal pénal international, censé permettre aux « gentils » de juger les « méchants », a cette spécificité de garantir à nos amis « Ricains » – tel que portés aux nues par ce grand intellectuel de droite qu’est Michel Sardou – de ne jamais pouvoir être traduits devant le « machin » en question. Si Slobodan Milošević, leader serbe bien connu, ne s’était pas « suicidé » dans sa cellule, il aurait pu sûrement nous en dire plus.

En attendant, tout va bien et, grâce au Crédit agricole, démocratie et mondialisation sont en passe d’être sauvées.

Pour finir, il paraît qu’il y aura bientôt un McDonald’s à Téhéran. En attendant une Gay Pride perse dans les dix ans à venir ? C’est à craindre autant qu’à prévoir. Une bonne nouvelle de plus ?