Petite histoire de la politique agricole commune

Par Roland Hureaux

Publié le 26/02/2016 à 18:16

FIGAROVOX/ANALYSE – Alors que le salon de l’agriculture ouvre ses portes, Roland Hureaux revient sur les différentes étapes de la PAC qui ont, selon lui, conduit à la déstabilisation de l’agriculture française.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/02/26/31001-20160226ARTFIG00293-petite-histoire-de-la-politique-agricole-commune.php


Roland Hureaux est essayiste et élu local.


Jamais le monde rural français dans son ensemble, pas seulement les agriculteurs, n’ aura eu autant qu’aujourd’hui le sentiment de la déréliction. C’est la conséquence de quarante ans d’abandon où il faut bien dire que la gauche aura eu plus que sa part.

Depuis que celle-ci s’est «boboïsée», les hautes sphères du parti socialiste sont persuadées , de manière aussi sotte qu’injuste, que le monde rural est, dans son ensemble, incurablement pétainiste et de droite – ils ne sont jamais allés en Ariège! – et que le moteur du développement de la France ne saurait être que les grandes métropoles , cela au rebours de la politique d’aménagement du territoire qui avait si bien réussi, dans les années 60 et 70, à maintenir un tissu économique étalé. Significatif de cet état d’esprit: le déménagement récente de la DATAR à Saint-Denis.

En 1984, Mitterrand céda aux pressions américaines d’inclure l’agriculture dans les négociations du GATT, dont elle avait été préservée jusque là, ce qui avait permis l’instauration par le traité de Rome (1957) , au grand dépit de Washington et de Jean Monnet, de la politique agricole commune première manière poussée par le général de Gaulle car très favorable à la France.

Le tournant de 1992

A partir de 1984, la main est dans l ‘engrenage . Fait sans précédent dans les négociations internationales , l’Europe ( et spécialement la technocratie française) réformèrent la PAC en 1992 pour anticiper les demandes de la partie adverse: remplacement les soutien des prix agricole par des subventions, système jugé plus moderne parce qu’il était américain. Ce fut pour la vieille France paysanne le «coup du lapin»: la déconnection prix-revenu les frappa dans leur honneur , ce système beaucoup plus cher pour les finances publiques, les faisant apparaître désormais, aux yeux du reste de la société, comme des assistés, avant qu’ils ne soient aussi tenus pour des pollueurs. La baisse de prix corrélative profita plus à l’industrie agro-alimentaire qu’aux consommateurs.

Le même année 1992 était votée la loi Joxe dont le but avoué était la disparition à terme des 36 000 communes rurales jugées archaïques parce quelle ne coûtaient pas assez cher.

Face à la complaisance des négociateurs européens, la partie américaine tordit le bras de la commission de Bruxelles pour lui faire accepter les accords de Blair House (1993) , consolidés par l’Accord de Casablanca (1995) prévoyant le démantèlement des politiques européennes de soutien ( pas plus lourdes pourtant que les américaines, moins que les suisses ou les japonaises ). L’habileté de nos adversaires fut d’introduire une «clause de paix» qui ne rendait les décisions exécutoires qu’au terme d’un délai d’environ dix ans. Etaient particulièrement touchées les céréales et l’élevage ( notamment laitier).

Le renversement de la balance France-Allemagne

Le délai passé, il fallut bien appliquer l’accord . L’affaiblissement de la PAC deuxième manière qui en résulta au milieu des années deux mille coïncida avec la mise en place de l’euro où l’Allemagne se tailla d’emblée un fort avantage compétitif particulièrement sensible dans l’agriculture. La mise en valeur des anciens kolkhozes de la RDA, le recours à une main d’œuvre bon marché venue de l’Est (pas de SMIC agricole!) , la sous-traitance polonaise et le coût plus faible des facteurs permirent très vite à l’agriculture allemande, qui avait toujours été déficitaire par rapport à la française, de devenir excédentaire, particulièrement pour le porc, la viande bovine et le lait. Quand les taux de change avaient désavantagé l’Allemagne, la France était venue à son secours par les «montants compensatoires» (1969-1986) ; aucun geste en sens inverse cette fois de la part de l’Allemagne; il est vrai que les gouvernements français ne lui ont rien demandé! Les prix tirés comme jamais vers le bas provoquent le désespoir de nombreux éleveurs (un suicide tous les deux jours! ) , par ailleurs harcelés par des contrôle sanitaires et environementaux de plus en plus tatillons et, pour les plus endettés, un Crédit agricole impitoyable.

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Périco Légasse : «Ce n’est pas l’agriculture qu’on assassine, c’est la France qu’on poignarde»

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/01/29/31003-20160129ARTFIG00107-perico-legasse-ce-n-est-pas-l-agriculture-qu-on-assassine-c-est-la-france-qu-on-poignarde.php

Par Alexandre Devecchio

Publié le 29/01/2016 à 11:22

Périco Légasse/pneus brûlés sur l'A84

FIGAROVOX/ENTRETIEN -Périco Légasse réagit à la crise de l’agriculture française. Pour lui, celle-ci est le résultat d’une dérive productiviste qui met en danger notre identité nationale.


Périco Légasse est rédacteur en chef de la rubrique vin et gastronomie à l’hebdomadaire Marianne.


Le Figaro-. La production de canards et d’oies va être gelée pendant plusieurs semaines afin de stopper la prolifération de la grippe aviaire. Des éleveurs du Sud-Ouest se mobilisent sur Facebook pour obtenir l’abrogation de cette mesure. «Nous prévoyons de gros mouvements dans le Sud-Ouest. Nous n’avons plus rien à perdre, nous nous battrons jusqu’au bout». Comprenez-vous et partagez-vous leur colère?

Périco Légasse-. Bien sûr. Car la mesure va certes bousculer les grosses coopératives céréalières du Sud-Ouest, propriétaires de marques de foie gras industriel, mais elle va éradiquer le petit et le moyen élevage qui n’ont ni trésorerie ni perspective de rattrapage pour compenser un arrêt d’activité aussi long. Les accusations des petits producteurs contres les gros sont terribles, car ils affirment que ces derniers ont en stock des centaines de milliers de foie gras invendus, conservés au froid, et que pour pouvoir les écouler, il leur faudrait la quasi exclusivité du marché durant quelques mois. Après quoi tout repartirait sur les rails. Au passage, pris à la gorge, quelques centaines de concurrents auront mis la clé sous la porte. D’une pierre deux coups. Cela me semble énorme: à vérifier.

Comment en est-on arrivé là?

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Périco Légasse : non à la barbaque américaine, vive la côte de bœuf française

Par Alexandre Devecchio Publié le 28/10/2015 à 11:04

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors qu’une étude classe la viande rouge au nombre des produits probablement cancérogènes pour l’homme, Périco Légasse opère une distinction entre les modes de production américains et français.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/10/28/31003-20151028ARTFIG00120-perico-legasse-non-a-la-barbaque-americaine-vive-la-cote-de-boeuf-francaise.php


Périco Légasse est rédacteur en chef de la rubrique vin et gastronomie à l’hebdomadaire Marianne.


LE FIGARO. – Les Français consomment en moyenne 370 g de viande rouge par semaine, soit 53 g par jour, et 270 g de charcuterie, soit 38 g par jour, estime l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Doivent-ils réduire leur consommation?

Périco LÉGASSE. – Non, en aucun cas, mais mieux la cibler, certainement. De temps en temps, des organismes autorisés s’autorisent à nous faire peur. L’OMS, aux statistiques aussi contestables que relatives, nous dit que le bifteck tue. Si l’on creuse un peu, la salade et le fromage aussi, ça c’est vu. Et pourquoi pas l’eau? En cherchant bien on finira un jour par trouver quelque chose. Tout dépend de ce que l’on mange, de comment on le mange, de combien on en mange et, surtout, de la provenance et du mode de production. Il faudrait peut-être cesser de proclamer des contre-vérités et des approximations comme s’il s’agissait d’évidences scientifiquement établies sans prendre le recul nécessaire à la juste interprétation de ce genre de données. Depuis quelques temps, les titres de notre journal de référence préféré usent parfois de formules saignantes. Pour ce qui est de l’information publiée par Le Monde, le contenu du dossier sur la viande rouge mérite d’être rectifié à l’aune de nos réalités. Publié cette semaine, le rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, agence de l’Organisation mondiale de la santé spécialisée sur cette maladie) établi à partir de dix études (sur 800), indique que la consommation quotidienne de 50g de viande (bœuf, agneau, volaille, porc), transformée ou cuisinée, accroît le risque de cancer colorectal de 18%. Or ces études se réfèrent à des données provenant à 90% des Etats Unis et d’Europe du nord, où la consommation de viande, sur le fond et sur la forme, n’est en rien comparable à la nôtre.

Quelle différence y a-t-il entre la consommation de viande à l’américaine et à la française?

La ration moyenne du steak américain, qui a servi d’étalon de mesure à cette enquête, est de 400 à 500g, en France elle est de 100g. Leur viande rouge est riche en calories (500ca pour 100g contre 200ca de moyenne en France), avec un taux de lipides de 24% là-bas contre 4% chez nous. Nous ne mangeons pas la même chose car les Américains cuisent leur viande à la flamme vive (grill, barbecue, méchoui), générant la formation d’hydrocarbures polycycliques aromatiques issus de la carbonisation des graisses et des protéines. Les Français, eux, dégustent leur viande à point, saignante ou bleue, voire crue. Quelques grillades l’été, mais sans plus. La cuisson se fait au beurre ou à l’huile, soit à la poêle, à la plancha, en mijotage, soit au four. Les effets nutritionnels et sanitaires sont donc sans commune mesure entre les deux pratiques. Au delà de ces chiffres, tout dépend de la quantité de viande ingurgitée. Pour revenir sur votre question initiale, il faut admettre qu’une partie de la population consomme trop de viande, et, surtout, dans les milieux à faibles revenus, trop de mauvaise viande achetée en grandes surfaces. Une réalité qui n’est pas inéluctable dès lors que l’on a encore le choix. Et ce choix, même s’il s’amenuise d’année en année, le consommateur français l’a encore.

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Périco Légasse : les salades, le TAFTA et la voyoucratie européenne

Par Alexandre Devecchio Publié le 24/09/2015 à 11:11

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors qu’un rapport a révélé qu’une salade sur dix contiendrait des produits chimiques prohibés, Périco Légasse dénonce un système européen qui favorise les puissances financières au détriment des producteurs.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/09/24/31003-20150924ARTFIG00105-perico-legasse-les-salades-le-tafta-et-la-voyoucratie-europeenne.php


Périco Légasse est rédacteur en chef de la rubrique vin et gastronomie à l’hebdomadaire Mariannequi a publié le 17 septembre un dossier intitulé A table citoyens! Notre manifeste contre la malbouffe.


LE FIGARO. – Selon un rapport de l’association environnementale «Générations futures», révélé parLe Parisien, une salade sur 10 contiendrait des produits chimiques prohibés depuis des dizaines d’années. D’après cette ONG écologiste, 16 % des salades contiennent la trace de cinq produits chimiques interdits en France. Cela vous surprend-il?

Périco LEGASSE. – Non pas vraiment. La salade est un produit fragile au niveau de sa culture, car ses parasites sont nombreux et actifs, fragile au niveau du transport et fragile dans sa conservation. C’est le produit le plus proche de l’herbe, il craint donc tout, l’humidité, les écarts de températures, les manipulations brutales, etc. Il faut donc d’infinies précautions pour le préserver. Si l’on en cultive à petite échelle, avec de la main d’œuvre, comme cela est le cas pour des producteurs sérieux, notamment dans le Vaucluse, le problème ne se pose pas, mais à grande échelle, selon des méthodes intensives ou industrielles en vigueur, alors là ça craint. Il faut en effet que la plante soit le plus robuste possible et d’un aspect irréprochable, c’est pourquoi le productivisme se dote de moyens techniques et chimiques à hautes doses. La marge de bénéfice d’une salade étant dérisoire, il s’agit de ne prendre aucun risque économique. Donc en avant les pesticides! Le problème est que ces pesticides contiennent des perturbateurs endocriniens, extrêmement nocifs pour la santé, et que la salade est un aliment qui se consomme cru et frais dans 99% des cas. Ce qui signifie que le consommateur absorbe le poison en direct. Je crains que nos modes et nos moeurs alimentaires, de plus en plus soumis à des critères de prix et de temps, ne fassent qu’aggraver la situation. Surtout que c’est incolore et inodore. Quelle tragédie, quand on sait le symbole de vie que porte en elle une bonne salade cueillie au potager…

Ces produits illégaux se trouveraient en Espagne, où le trafic de pesticides est florissant…

Oui, l’Espagne et sa législation très libérale, sans vrais contrôles ni suivis, sauf en Catalogne et au Pays Basque, où les administrations autonomes locales sont plus rigoureuses qu’au niveau de l’Etat central, a toujours été un laboratoire expérimental des pires pratiques de la chimie agricole. Vu que les frontières intra-européennes n’existent plus depuis les accords de Schengen, que les trafiquants circulent comme chez eux, et que la classe politique gouvernante a démonté les administrations et les services sensés nous protéger contre ces trafics, pourquoi les voyous se gêneraient-ils?

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