Comment grandissent les enfants élevés par des couples de même sexe ?

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(Image reproduite de Felitti et al. (1998) [1] )

Les conditions dans lesquelles les enfants grandissent influencent leur vie et leur santé sur le long terme. Depuis plusieurs décennies une étude sur les expériences adverses de l’enfance (Adverse Childhood Experiences : ACE) a mis en évidence que certaines pathologies à l’âge adulte (dépression, problèmes cardiaques), et certains comportements à risque (tabagisme, alcoolisme) étaient favorisés par des situations problématiques de l’enfance, relatifs à leurs parents, tels que les addictions, les problèmes mentaux et la violence. Ces problèmes ont tendance à s’accumuler, à être liés les uns aux autres, et leur prise en compte peut apporter des améliorations de la prise en charge médicale (Van Niel et al. 2014 [2] ; Felitti et al. 1998). Les effets sur la santé physiologique à long terme ont été mis en évidence récemment, à l’aide d’indicateurs biologiques difficilement falsifiables [3]. On notera au passage que les personnes issues de minorités sexuelles ont, selon cette échelle, été exposées à de plus grands nombres d’expériences adverses durant l’enfance (Andersen & Blosnich 2013 [4]).

Bien que la comparaison de l’ACE en fonction du modèle familial ne soit pour l’heure qu’une perspective(Brown et al. 2015 [5]), pour éviter de gâcher toute une génération, il convient de s’intéresser à l’adversité que représentent certains modèles familiaux. Et à prendre les éléments fiables point par point.

Fiabilité des données

Les médias rapportent souvent que tous les modèles familiaux se valent, que des enfants élevés par un couple d’éducateurs du même sexe sont plus ouverts, des études montrent le contraire, qui donc croire ? Lorsque l’on présente des données de certaines études à grande échelle, on se retrouve toujours avec les mêmes commentaires : « ce chercheur n’est pas fiable« , ou « tu cites des papiers vieux de trente ans« . Les réactions de ces personnes montrent leur mauvaise foi, car ils ne connaissent pas le papier qu’il critiquent et citent des pages sur des sites de propagande LGBTqui tiennent des propos mensongers. Soit. Proposons-leur de nouvelles études.

La nouvelle étude de « Sullins » (2015a) [6]) s’intéresse au biais dans les études sur les enfants élevés par des couples de même sexe. En fonction des méthodes employées dans l’échantillonnage, les résultats sont complètement opposés. Deux méthodes pour choisir les personnes à interroger sont utilisées. L’une consiste à prendre des bases de données pour tirer des personnes à interroger au hasard, l’autre consiste à aller recruter des personnes que l’on trouve dans les lieux adéquats (pour caricaturer, imaginez au barbecue de l’association des familles gays et lesbiennes : « Je fais une étude pour voir si les enfants sont plus heureux avec des parents hétéro ou homo, qui veut participer ? »).

Comme le montre le tableau suivant, seules des études menées avec des questionnaires avec recrutement (non aléatoire), trouvent des bénéfices pour les enfants élevés par des couples de même sexe (SS). Les autres ne trouvent soit pas de différences significatives, soit une situation avec quelques problèmes. Prenons donc les points étudiés un par un.

Troubles du comportement, symptômes dépressifs et anxiété

L’étude « Wainright et al. 2004 » [7] qui s’est effectuée sur des petits échantillons (44 familles avec parents en couple mixte, 44 familles avec éducateurs de même sexe) ne trouve pas de différence significative. À bien regarder leur valeur, il n’y a plus que 27 enfants avec éducateurs de même sexe et 37 avec un couple parental mixte. Les scores dépressifs sont de 9,50 pour les garçons élevés par un couple de même sexe ; 12,46 pour les filles élevées par un couple de même sexe, 8,88 pour les garçons élevés par un couple mixte et 10,35 pour les filles élevées par un couple mixte.

Ces scores sont plus élevés chez les filles que chez les garçons de façon non-significative dans les deux modèles familiaux, et plus élevés chez enfants élevés par des couples de même sexe de façon non-significative pour les deux sexes.

Le même motif est observé pour l’anxiété. Pour les éléments de bien-être, l’estime de soi à été évaluée, aucune tendance n’est détectable.

Face à une telle tendance, n’importe quel scientifique reproduirait l’expérience sur un plus grand échantillon, cela n’a malheureusement pas été fait. De plus, en lisant les méthodes d’échantillonnage, il ressort que les enfants élevés par des couples mixtes puissent être adoptifs (enclins à des troubles de l’attachement) ou dans des familles recomposées (avec les problèmes qu’on leur connaît), bien que l’échantillonnage soit aléatoire il n’a pas été fait de sorte à montrer une comparaison avec un modèle stable de famille biologique intacte.

L’étude « Sullins 2015b » [8] qui comporte des échantillons de taille bien plus importante (195 240 enfants dont 512 élevés par un couple de même sexe) met en évidence que les troubles de déficit de l’attention / hyperactivité sont doublés chez les enfants élevés par un couple de même sexe.

Pour compléter le tout, les enfants élevés par un couple de même sexe sont plus sujets à avoir des difficultés (mesuré par le SDQ :Strengths and Difficulties Questionnaire) et sont également plus sujets aux troubles émotionnels graves (Sullins 2015c [9]).

Résultats scolaires

De nombreuses études prétendent qu’il n’y a pas de différence dans les résultats scolaires des enfants élevés par un couple d’éducateurs du même sexe, par rapport aux enfants élevés par leurs parents. Par exemple, l’étude « Rosenfeld 2010 » [10] faite sur un échantillon de grande taille avec tirage statistique, conclut qu’il n’y a aucune différence. En la lisant dans le détail, on se rend compte qu’une partie de la population a été ignorée, c’est-à-dire les personnes ayant déménagé dans les 5 années précédentes. Cela correspond à un facteur de risque car un déménagement induit un stress et besoin d’adaptation pour les enfants, ce qui est plus dur à surmonter pour les enfants dans des conditions familiales sensibles. Il faut savoir que les couples de même sexe sont plus mobiles que les couples mixtes, nous avons donc affaire à un biais volontaire des données. De plus, en regardant les données on peut se rendre compte que les conclusions sont contraires aux résultats :

Les données présentées montrent qu’il y a un retard scolaire significativement plus important lorsque l’on compare les couples de même sexe et les couples mixtes. Cette étude ne s’intéresse qu’au niveau primaire, si l’on s’intéresse au niveau lycée, l’accumulation est bien plus nette. L’étude « Allen 2013 » [11] montre que les enfants élevés par des couples de même sexe n’ont que 65% des chances des enfants élevés par des couples mixtes d’avoir un diplôme du niveau du baccalauréat. C’est particulièrement vrai pour les enfants élevés par des couples lesbiens qui n’ont que 60% des chances des enfants des couples mixtes. Les filles sont les plus touchées, avec comme exemple extrême celles élevées par des couples d’hommes, qui n’ont que 15% des chances des filles élevées par des couples mixtes d’être diplômées du lycée.

L’étude « Wainright et al. 2004 » montre que les enfants élevés par des couples de même sexe ont un meilleur score pour ce qui est relatif à l’école, dans le détail cela ne vient ni des résultats, ni d’une absence de problèmes, mais uniquement de la connexion avec leur école. Le concept de connexion à l’école signifie, s’y sentir en sécurité, se sentir proche de ses professeurs et s’y attacher. Bien que ce concept soit bon pour le côté disciplinaire, c’est quelque peu déroutant comme attachement pour un adolescent.

Les autres points examinés par cette étude sont les relations aux paires, la proximité avec les parents/éducateurs, l’autonomie et l’intégration. Rien n’y est mis en évidence. L’étude plus récente, sur un plus grand échantillon par Sullins (2015b) met en évidence que les enfants élevés par des couples de même sexe ont un tempérament plus désobéissant que ceux élevés par un couple de même sexe.

Facteur de risques, victimisation et délinquance

L’étude « Wainright & Patterson (2006) » [12], basée sur le même modèle que leur précédente étude de 2004, ne trouve aucune différence significative sur plusieurs facteurs de risques, en comparant deux petits groupes de 44 individus et en utilisant un test non-paramétrique de Wilcoxon, réputé pour sa faible puissance. La table suivante montre les valeurs obtenues.

L’indice de victimisation, bien que variant du simple au double n’est pas significative dans ces conditions. De même pour la consommation de marijuana, l’abus d’alcool, les rapports sexuels sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants. N’importe quel chercheur honnête, face à de telles tendances aurait reproduit l’expérience en utilisant un échantillon de taille supérieure.

L’étude « Sullins » (2015b) qui comporte des échantillons de taille bien plus importante montre que la victimisation des enfants issus de couple de même sexe est très significativement plus importante. Il serait intéressant de voir les résultats d’une expérience utilisant des indicateurs biologiques comme ceux utilisés par l’étude « Solís et al. 2015 », ce qui aurait comme avantage d’éviter le biais du militantisme qui conduit à des études non-fiables.

Conclusions

Les enfants élevés par des couples de même sexe sont bien exposés à des conditions de vie plus à risque que les enfants élevés par leurs parents biologiques. Les résultats contraires présentés par certains progressistes autoproclamés viennent d’une part d’un échantillonnage de convenance, d’autre part d’effectifs insuffisants, assortis d’une mauvaise foi de la part des chercheurs impliqués.

Les éléments irréfutables sont d’ordre psychiatrique, avec des troubles émotionnels sérieux, un déficit d’attention et d’insertion dans la société, qui ont les mêmes répercussions que les maltraitances infantiles.

A l’heure qu’il est, nous ne pouvons pas expliquer la raison profonde, bien que plusieurs hypothèses puissent être proposées. Dans un premier temps, les personnes homosexuelles ont en moyenne été plus souvent victimes d’abus durant leur enfance, et conservent malheureusement des séquelles psychologiques. Ensuite, les couples homosexuels sont nettement plus touchés par les violences domestiques, ce qui induit un climat défavorable au bon épanouissement d’un enfant. Et finalement, comme l’adoption par un couple de même sexe ne constitue pas une fiction crédible, l’enfant sera plus exposé aux troubles de l’attachement.

D’autres études sont à venir, espérons qu’elles arrivent avant qu’il ne soit trop tard, et que la mauvaise foi ambiante n’ai eu le dessus sur la raison.

Benjamin Leduc

[1Felitti, V.J. et al., 1998. Relationship of Childhood Abuse and Household Dysfunction to Many of the Leading Causes of Death in Adults : The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study. American Journal of Preventive Medicine, 14(4), p.245‑258.

[2Van Niel, C. et al., 2014. Adverse Events in Children : Predictors of Adult Physical and Mental Conditions. Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 35(8), p.549‑551.

[3Solís, C.B. et al., 2015. Adverse childhood experiences and physiological wear-and-tear in midlife : Findings from the 1958 British birth cohort. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(7), p.E738–E746.

[4Andersen, J.P. & Blosnich, J., 2013. Disparities in Adverse Childhood Experiences among Sexual Minority and Heterosexual Adults : Results from a Multi-State Probability-Based Sample. PLoS ONE, 8(1), p.e54691.

[5Brown, M.J. et al., 2015. Adverse childhood experiences and intimate partner aggression in the US : Sex differences and similarities in psychosocial mediation. Social Science & Medicine, 131, p.48‑57.

[6Sullins, D.P., 2015a. Bias in Recruited Sample Research on Children with Same-Sex Parents Using the Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ), Rochester, NY : Social Science Research Network.

[7Wainright, J.L., Russell, S.T. & Patterson, C.J., 2004. Psychosocial Adjustment, School Outcomes, and Romantic Relationships of Adolescents With Same-Sex Parents. Child Development, 75(6), p.1886‑1898.

[8Sullins, D.P., 2015b. Child Attention-Deficit Hyperactivity Disorderv (ADHD) in Same-Sex Parent Families in the United States : Prevalence and Comorbidities, Rochester, NY : Social Science Research Network.

[9Sullins, D.P., 2015c. Emotional Problems among Children with Same-Sex Parents : Difference by Definition, Rochester, NY : Social Science Research Network.

[10Rosenfeld, M.J., 2010. Nontraditional families and childhood progress through school. Demography, 47(3), p.755‑775.

[11Allen, D.W., 2013. High school graduation rates among children of same-sex households. Review of Economics of the Household, 11(4), p.635‑658.

[12Wainright, J.L. & Patterson, C.J., 2006. Delinquency, victimization, and substance use among adolescents with female same-sex parents. Journal of Family Psychology, 20(3), p.526‑530.

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