Après… ce sera trop tard !!!

Fabrice AUBERT

 

Il était une fois au pays des Révolutions et des « maîtres forgerons », un patronat à l’essence sociale reconnue et à la modernité proclamée.

Au nom de l’emploi, dans ce pays en crise, aux 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, sans compter les SDF, et autres mendiants des rues,

Le Président Macron, banquier de son état, fit ce délicieux cadeau de voir le « contrat de travail » négocié par entreprise, flexibilisant salaires et horaires.

C’était, selon la « pythie des marchés », le meilleur moyen, en réduisant les « rigidités », de redonner de la compétitivité, aux entreprises créatrices,

Condition indispensable, dans le cadre du « marché libre et non faussé », de retrouver de la croissance et de l’emploi…tel était le discours de la modernité.

Un prolétaire d’une P.M.E, sous-traitante de « Bouygues S.A », tomba par hasard sur un ouvrage historique du siècle passé sur les « luttes de classe »…

Il y était raconté par le détail les rapports sociaux qui existaient pendant l’émergence des « conflits sociaux collectifs » d’un passé révolu, dénommés grèves.

C’est ainsi qu’en 1848, suite à un conflit dans la soierie lyonnaise, la journée de travail passa de 14 h à 12 h, le patronat écrivit au préfet : «  Nous attirons votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries au cas où la loi venait à être appliquée. Vous le savez, la main-d’œuvre ici est exigeante et hors de prix [1]. Avec quatorze heures, nous tenions à peine. Douze heures précipiteraient les faillites. Le travail, dans nos entreprises, a toujours commencé à quatre heures du matin, repos d’un quart d’heure à midi, repos final à dix-huit heures. Les filles employées s’y livrent sans que leur santé n’en ait jamais été altérée et sans qu’elles ne se plaignent de leur sort par ailleurs envieux quand on songe à tous les “sans-travail” qui écument les rues [2]. Ici, la main-d’œuvre est plus coûteuse qu’à l’étranger [3]. Si nous maintenions le même salaire pour la journée réduite à douze heures, la partie ne serait plus tenable. Nous serions dans l’obligation de fermer nos manufactures et de les transporter là où l’ouvrière est la moins dispendieuse [4]. Et puis, que l’on ne se trompe pas, l’ouvrière ramenée à douze heures continuerait à se lever à l’aurore pour n’arriver à la manufacture qu’à la minute obligatoire, plus disposée à se reposer des occupations auxquelles elle aurait vaqué dehors qu’à attaquer avec ferveur le travail de nos fabriques. Redevenue plus tôt libre le soir, elle n’en profiterait pas dans l’intérêt de son sommeil. Il y aurait à craindre pour la moralité de celles qui, étant sans famille, se verraient affranchies de toute surveillance pendant deux longues heures de la soirée. [5] »

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Rupture entre le monde Anglo-Saxon et le monde Européen.

Les événements se suivent et semblent tous aller dans la même direction : le monde Anglo-Saxon en général et les Etats-Unis en particulier sont en train de larguer les voiles et de s’éloigner de l’Europe. Le premier signe fût le Brexit, salué comme une libération par celui qui fut ensuite élu à la Présidence des Etats-Unis. Le deuxième signe fût bien sur l’élection de monsieur Trump à la Présidence des Etats-Unis. Et le troisième signe, nous venons de l’avoir, c’est le voyage  de monsieur Trump en Europe, marqué par les habituelles incartades verbales du Président US renforcées par sa décision de sortir du Traité de Paris une fois rentré à la maison.

On ne pouvait pas signifier de manière plus nette un divorce. Qu’a donc dit le Président Américain de si peu diplomatique?

Pour répondre, il me faut traduire dans un langage compréhensible ce qu’a exprimé monsieur Trump. ( Je parle le Trumpien couramment). En fait, il a dit deux choses que tout le monde sait, mais dont il est malséant de parler en public.

La première, c’était que le temps des passagers clandestins était fini.

Depuis cinquante ans, l’armée US protège l’Europe par l’intermédiaire de l’Otan.  Les USA  consacrent entre 4 % et 5 % de leur PIB par an à la défense, ce qui a permis à toute une série de pays et en particulier à l’Allemagne de…. cesser d’avoir une défense.

Lors de son voyage qui s’est terminé au G7 et comme les USA ont des problèmes de fin de mois, Trump a présenté à madame Merkel la note que les USA payent pour l’Allemagne, ce qui a horrifié cette pauvre dame. Comment peut-on avoir de si mauvaises manières? Parler d’argent entre amis, quelle horreur! Et à la fille d’un Pasteur! Pouah !

La réalité est pourtant toute simple : d’une façon ou d’une autre, la facture  militaire/ordre public va grimper de façon considérable dans les années qui viennent pour le « vieux » continent.

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Les raisons pour lesquelles le libre-échange n’est pas toujours un avantage …

http://arretsurinfo.ch/les-raisons-pour-lesquelles-le-libre-echange-nest-pas-toujours-un-avantage/

L’affirmation selon laquelle science et raison sont du côté de l’«establishment» et que toute critique à son égard ne dispose pas d’argumentation valable est une «vérité» auto-proclamée. En effet, les critiques émises seraient aveugles face à la réalité et prisonnières de leurs émotions, se laissant séduire par des «populistes», des «complotistes» et des diffuseurs de «fake-news» (en première ligne le gouvernement russe). Notamment toute critique de la globalisation et de sa «loi fondamentale des 4 libertés» (commerce mondial illimité des biens, des services, du capital et de la libre circulation de personnes) est qualifiée de ringard, totalement abscons et inapproprié dans le monde d’aujourd’hui. Ce ne sont que des angoisses et des sentiments dignes d’une psychothérapie des prétendus «perdants de la globalisation».

Les colonnes des grands médias débordent de «témoins» propageant cette «légende». Ce sont avant tout des «intellectuels» bien choisis ayant droit à la parole ou alors, on vante leurs «ouvrages» – pour démontrer que l’«esprit» est du côté de l’«establishment». De jeunes «philosophes» peuvent publier leurs écrits chez des éditeurs renommés, par exemple Suhrkamp, où ils décrivent comment les frontières entièrement ouvertes et la libre circulation de personnes sans aucune entrave correspondent uniquement à l’«attachement libéral à la liberté et à l’égalité de tous les êtres humains» (Eloge paru dans le «Neue Zürcher Zeitung» du 27 janvier).

La deuxième phase de la globalisation

Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations-Unies, n’avait-il pas annoncé l’avènement de la deuxième phase de la globalisation, l’«ère de la mobilité» (https://www.unric.org/de/migration-pressemitteilungen/11270): «Comme nous entrons actuellement dans l’ère de la mobilité, de plus en plus de personnes traverseront les frontières. En recherchant davantage de chances et une meilleure vie, ils ont le potentiel de démanteler les grandes inégalités caractérisant notre époque […].»

Cela semble être très humaniste. Pourtant, c’est la tragédie de notre époque: le nombre d’«intellectuels» qui – on ne sait pas pourquoi – croient aux belles paroles en les enrichissant intellectuellement – de paroles n’ayant aucun sens en comparaison avec la réalité.

L’esprit, où est-il?

Cela est également faux d’affirmer que l’esprit se trouve uniquement de ce côté-là. A lire: Hans-Peter Martin/Harald Schumann: «Die Globalisierungsfalle. Der Angriff auf Demokratie und Wohlstand», 1996; Gerald Boxberger/Harald Klimenta: «Die 10 Globalisierungslügen. Alternativen zur Allmacht des Marktes», 1998; William Greider: «Endstation Globalisierung. Neue Wege in eine Welt ohne Grenzen», 1998; Edward Luttwak: «Turbo-Kapitalismus. Gewinner und Verlierer der Globalisierung», 1999; John Gray: «Die falsche Verheissung. Der globale Kapitalismus und seine Folgen», 1999; Manfred Ritter/Klaus Zeitler: «Armut durch Globalisierung. Wohlstand durch Regionalisierung», 2000; Vivianne Forrester: «Die Diktatur des Profits», 2001; Tanja Brühl/Tobias Debiel/Brigitte Hamm/Hart­wig Hummel/Jens Martens (Hg.): «Die Privatisierung der Weltpolitik. Entstaatlichung und Kommerzialisierung im Globalisierungsprozess», 2001; Michel Chossudovsky: «La mondialisation de la pauvreté» (2005) «Global Brutal. Der entfesselte Welthandel, die Armut, der Krieg», 2002 Joseph Stiglitz: «La grande désillusion» (2003).

Ces auteurs de différents bords politiques concluent dans leurs ouvrages que la globalisation entraîne de nombreux inconvénients et qu’elle n’est pas le résultat de réflexions raisonnables orientées sur le bien commun mais l’expression d’intérêts financiers et de politique de force d’un petit groupe de personnes. Tous ces livres ont été publiés, il y a plus de 10 ans (et nombreux sont ceux parus depuis). – On aurait donc eu le temps de prendre les choses au sérieux. Cependant, l’agenda de l’«establishment» était (et demeure) différent.

L’Angleterre s’est servie du protectionnisme et du libre-échange dans ses propres intérêts

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Jacques Sapir : «Construisons l’Europe de la libre coopération des nations souveraines» (2/2)

Par Alexis Feertchak Mis à jour le 05/12/2016 à 11:04

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/02/31002-20161202ARTFIG00261-jacques-sapir-construisons-l-europe-de-la-libre-cooperation-des-nations-souveraines-22.php

L'économiste Jacques Sapir.

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Nous republions cette interview en deux parties de Jacques Sapir réalisée quelques heures avant le référendum italien. L’économiste détaille les conséquences pratiques d’une sortie de l’euro qui pourrait être engendrée par la crise italienne.


Économiste, directeur d’études à l’EHESS, récemment élu membre de l’Académie des Sciences de Russie, Jacques Sapir dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI) et coorganise avec l’Institut de prévision de l’économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope. Il a dernièrement publié Souveraineté, démocratie, laïcité (éd. Michalon, 2016) ; L’Euro est-il mort? (éd. du Rocher, 2016) et L’Euro contre la France, l’Euro contre l’Europe (éd. du Cerf, 2016).


Lire la première partie du Grand entretien: «Le référendum en Italie peut provoquer l’implosion de l’Euro».


FIGAROVOX. – Vous prophétisez depuis longtemps la fin de l’euro et expliquez que la monnaie unique empêche le retour de la croissance en Europe. Comment en arrivez-vous à cette conclusion?

Jacques SAPIR. – Cette conclusion est celle de nombreux économistes. Je m’inscris dans un courant où l’on retrouve l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre mais aussi Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, et de nombreux économistes que ce soit en France , aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en Pologne ou en Allemagne.

L’euro joue un rôle très néfaste sur la croissance des pays de la zone euro pour deux raisons. D’une part, il bloque le taux de change à un niveau artificiel qui ne profite qu’à l’Allemagne. Dès que cette dernière a mis de l’ordre dans ses affaires, c’est devenu absolument évident. Ensuite, il impose aux autres pays des politiques dépressives, ce que l’on appelle les politiques d’austérité. C’est le sens profond du projet économique défendu par François Fillon (et bien plus hypocritement par ses adversaires comme Emmanuel Macron et le candidat potentiel du parti socialiste).

Il faut constater que l’euro a été vendu aux populations européennes sur la base de contre-vérités et de mensonges, certes empaquetés dans une apparence de raisonnement scientifique, mais dont il était facile de montrer les erreurs et les préjugés idéologiques .

Comment illustrez-vous cette crise de l’euro?

Nous sommes aujourd’hui dans une situation où l’écart des taux de change virtuels entre les pays a atteint un niveau insupportable. C’est pourquoi la crise de l’Euro, qui était latente au début des années 2000, et qui est devenue visible à partir de l’hiver 2009-2010, a migré des pays de la périphérie, comme le Portugal, la Grèce ou l’Espagne, aux pays du centre historique de la zone, soit l’Italie et la France. Un document du Fond Monétaire International datant de cet été le montre bien . En fait, l’euro aboutit à recréer la même situation que l’on avait en 1930-1932 en Europe avec le «Bloc-Or», une situation dont les effets désastreux dans le contexte de la crise induite par le krach de 1929 sont bien connus. Les différents pays européens ont dû abandonner, les uns après les autres, le «Bloc-Or», et ceux qui l’ont fait les premiers sont ceux qui s’en sont le mieux portés. Il en sera de même avec l’euro. Ceux qui quitteront le navire les premiers en tireront le plus de bénéfices.

En quoi l’euro est-il politiquement un frein démocratique?

L’euro fait partie d’un projet, celui d’instaurer une Europe supranationale, une Europe fédérale, mais sans consulter les populations. D’ailleurs, Jean-Claude Juncker l’a dit. Surtout pas de référendum, surtout pas de débat politique . Cette déclaration, assez ahurissante, fait pendant à celle qu’il avait faite en janvier 2015, à la suite des élections législatives en Grèce, et où il disait qu’il ne pouvait y avoir de choix démocratique contre les traités européens .

En fait, l’euro n’est pas simplement une institution économique ; c’est aussi – et peut-être surtout – un mode de gouvernance. Si l’on reprend sa déclaration de janvier 2015 on doit y voir l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique . La seule légitimité dont Jean-Claude Juncker puisse se prévaloir n’est que la légalité d’un traité. Nous avons alors un exemple immédiat et direct de la circularité du raisonnement tenu dans les instances européennes. Il faut de la légitimité pour contester un droit légal dans un autre pays. Mais, cette légitimité ne provient elle-même que de la légalité d’un traité fondateur. En quoi cette légalité est-elle supérieure à la légalité du scrutin en Grèce, ou le cas échéant en Italie ou en France? Il n’y a nulle base pour l’établir, car il faudrait alors se référer à un principe de Souveraineté, ce dont les institutions européennes ne veulent sous aucun prétexte.

M. Juncker trahit le fait qu’il considère que la Commission européenne est bien une instance supérieure aux gouvernements des pays membres, une instance dont la légitimité lui permet à lui, petit politicien faisandé d’un pays dont les pratiques fiscales constituent un scandale permanent, de dicter ses conditions.

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François Fillon, de Gaulle et Jean Monnet

http://russeurope.hypotheses.org/5440

 L’un des faits marquants de la campagne pour les « primaires » de la Droite et du Centre, dont le premier tour se déroulait le dimanche 20 novembre a été la spectaculaire remontée de François Fillon. Cette remontée s’est soldé par un résultat imprévu : François Fillon enregistre plus de 44% des 4 millions d’électeurs qui se sont déplacés pour cette primaire, devançant de loin Alain Juppé (28%) et Nicolas Sarkozy (environ 20%).

L’une des raisons qui explique ce résultat est certainement la volonté de nombreux électeurs de droite d’échapper à l’alternative Juppé-Sarkozy. Il est vrai qu’entre la momie, transformé par la presse en clone de François Hollande, et l’Excité-Chef, le choix ne soit guère appétissant. En un sens, la victoire au premier tour de François Fillon est aussi une défaite de la presse et de la tentative d’imposer un candidat des médias.

Une autre raison a pu être le programme de François Fillon. Ce candidat a produit un véritable programme, fort détaillé. C’est un de ses points forts, comparé au vide intersidéral de personnes comme Copé, Le Maire ou « NKM » ; mais c’est aussi un point faible car la précision même du programme attire logiquement un œil critique. Et, si l’on peut partager certaines des propositions de François Fillon, d’autres sont incontestablement inquiétantes.

 

L’homme d’un programme

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« Prix Nobel » d’économie : les dessous politiques et financiers d’une récompense

Cérémonie de remise du prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel en 2015. ©Ye Pingfan/XINHUA-REA
http://www.alterecoplus.fr//prix-nobel-deconomie-dessous-politiques-financiers-dune-r/00012304

Un nouveau livre, The Nobel Factor, révèle les batailles politiques et idéologiques, ainsi que les pressions personnelles et financières qui ont amené la Banque de Suède à créer le soit-disant « Prix Nobel » d’économie en 1968. Fascinant.

Le gouverneur qui voulait son indépendance

L’économiste Gilles Dostaler nous avait déjà expliqué comment la Banque de Suède avait réussi à attribuer son « prix de science économique en mémoire d’Alfred Nobel » en même temps que les autres vrais prix Nobel, afin de conférer aux économistes une légitimité scientifique internationale. Avner Offer et Gabriel Söderberg vont plus loin en décryptant les conditions de la création du prix.

On peut en situer l’origine intellectuelle en 1955. Cette année-là, Per Åsbrink est nommé gouverneur de la banque centrale par le parti social-démocrate au pouvoir en Suède. La tradition du pays veut que le gouverneur suive la ligne politique du gouvernement. Mais Åsbrink ne l’entend pas de cette oreille. A peine nommé, il réclame une hausse des taux d’intérêt immobilier et appelle à la mise en œuvre d’une politique d’austérité.

Le gouverneur de la banque centrale veut valoriser ceux qui soutiennent ses intérêts politiques

Afin de soutenir ses positions, il fait d’Erik Lindhal son conseiller spécial, un économiste qui défend depuis longtemps la nécessité de donner la priorité à la lutte contre l’inflation sur celle contre le chômage, et se fait l’avocat de l’indépendance des banques centrales. Le gouverneur cherchera toujours à valoriser l’aspect scientifique du travail des économistes et de leurs réflexions : « Quelqu’un peut-il défendre l’idée que les avancées dans ce domaine sont moins importantes ou moins urgentes que celles réalisées en médecine, en physique ou en chimie ? » Non seulement il cherche à valoriser ceux qui soutiennent ses choix politiques, mais il en fait de manière plus générale des hommes de progrès qui améliorent le bien-être du monde.

Des arguments sonnants et trébuchants

Après la mort de Lindhal, un autre économiste suédois se rapproche du gouverneur, Assar Lindbeck. Il va jouer un rôle clé. Le tricentenaire de la Banque de Suède, créée en 1668, approche et Åsbrink veut en faire un événement important. Il pense d’abord faire publier un ensemble de livres par des économistes de renom. Mais le timing est trop serré. En 1967, il propose à Lindbeck de créer un nouveau prix Nobel. L’économiste approuve et va se charger des négociations. Au départ, parmi les membres de l’Académie royale des sciences de Suède, qui accorde les prix voulus par Alfred Nobel et attribués depuis 1901, les physiciens sont réticents à voir débarquer les économistes. Mais l’argent va parler.

Un lien important avec les milieux patronaux

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Sortir de l’Euro

L’éventuelle sortie de l’Euro polarise aujourd’hui une partie du débat politique. Avec la sortie de la traduction en français du livre de Joseph Stiglitz[1], et de quelques autres, cette question a désormais acquis sa légitimité. On sait, et je l’ai d’ailleurs écrit, que l’Euro était un problème non seulement économique mais aussi politique, qu’il concernait non seulement la France mais aussi l’Union européenne[2].

euro-cerf

Mais, ce débat est caractérisé par des déclarations à l’emporte-pièce, et pour tout dire peu sérieuses. Les implications d’une sortie de l’Euro ne sont pas perçues. Or, elles s’imposeront avec une logique impérieuse compte tenu du poids des marchés financiers. Ces implications doivent être discutées dès aujourd’hui. La sortie de l’Euro entraînera une reconfiguration importante du système financier français, et le débat sur ce point est capital. Les trois candidats potentiels à l’élection présidentielle d’avril 2017 qui incluent la sortie de l’Euro dans leur programme, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Marine le Pen feraient bien de mettre leurs équipes au travail sur cette reconfiguration à venir s’ils ne veulent être dépassés par les événements.

 

Les délires de Laurent Wauquiez (et de quelques autres)

Le débat sur la sortie de l’Euro s’accompagne donc de déclarations irresponsables, comme celle de Laurent Wauquiez affirmant que l’épargne des français serait amputée de 30% par une telle sortie[3]. En fait, l’épargne en Euro serait reconduite en (nouveaux) Francs. Et, si Monsieur Wauquiez croit que la totalité de notre consommation est importée, il se trompe, et il aurait pu vérifier ses sources facilement auprès des publications de l’INSEE. Mais, Monsieur Wauquiez préfère chercher à effrayer le chaland plutôt que de se comporter en politicien honnête et responsable. En réalité, si l’on admet une dépréciation de 30% par rapport à l’Allemagne, seuls les dépenses réalisées en produits allemands subiraient le poids de cette dépréciation. Celles réalisées en produits italiens ou espagnols se verraient avantagées car, une sortie de la France de l’Euro aurait pour conséquence l’éclatement de la zone Euro, et une dépréciation des monnaies italienne et espagnole par rapport au Franc…

Au-delà, on sait qu’une large partie de l’épargne des français est constituée de biens immobiliers, en en général du logement principal. En quoi le « service » rendu par la propriété d’un logement serait-il déprécié de 30% en cas de sortie de l’Euro ? Mystère ; Monsieur Wauquiez, et quelques autres, ont sans doute découvert des lois nouvelles de l’économie, mais ils ont alors omis d’en informer les économistes…Plus sérieusement, on voit que ces affirmations n’ont aucun sens. L’épargne vise à fournir un revenu régulier qui vient s’ajouter, ou remplacer, le revenu du travail. Ce revenu est dépensé, et pour plus de 50% il est dépensé en produits et services produits en France. La part de ce revenu qui est consacré à des produits, ou services, importés, ou composés de produits d’importations, provenant de pays dont les devises devraient s’apprécier dans le cas d’une sortie de l’Euro n’excède pas 20% de la consommation totale, cette part étant plus importante pour les hauts revenus et moins importantes pour les bas revenus. Dans le cas d’un dépréciation de -30% par rapport aux pays à monnaie dite « forte », la perte ne concernerait que le flux de revenu engendré par l’épargne, et se situerait, pour la première année, en moyenne à 6%, soit cinq fois moins que ce que prétend Monsieur Wauquiez. Mais, dès la deuxième année, la composition de la consommation se modifierait, directement au profit des produits et services issus des pays à monnaies « faibles », indirectement par la relocalisation de certaines des activités issues des pays à monnaies « fortes » vers les pays à monnaies « faibles ». Le surcoût diminuerait rapidement et deviendrait négligeable.

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