Le néo-libéralisme ? un parasitisme financier dangereux pour la démocratie

Excellent article pour comprendre, entre autres, en quoi le néo-libéralisme n’est qu’un parasitisme stupide dangereux

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VOUS AVEZ DIT « REPLI SUR SOI » ?

Il est de bon ton dans les cercles néo-libéraux de qualifier le souverainisme, le patriotisme voire le simple attachement aux valeurs républicaines de « repli sur soi ». Par opposition à ceux qui adoptent la loi du libre marché, l’abandon des nations au profit des grandes zones de libre-échange, la capitalisation économique personnelle en lieu et place de la mutualisation des moyens d’un pays.

Introduire un débat dans de tels termes devrait déjà nous alerter sur le simplisme et l’absence de volonté de dialogue de celui qui le démarre ainsi. Imaginez qu’en préalable à une discussion, votre interlocuteur vous dise : « Je représente la civilisation, l’ouverture aux autres, le progrès. Vous représentez l’archaïsme, l’arriération, le repli sur vous-mêmes. A présent, comme je suis un être merveilleusement tolérant, discutons. » N’est-ce pas la forme la plus achevée de l’intolérance, d’autant plus totale qu’elle se présente sous un dehors souriant, excluant toute forme de doute et d’interrogation sur soi-même ?

On peut imaginer que le néo-libéral fait toujours une forme de référence, consciente ou inconsciente, à la notion de « société ouverte », par opposition à tout ce qui l’empêche d’advenir. S’il a un peu lu, il se souviendra que cette notion provient du beau titre de l’œuvre de Karl Popper, « La société ouverte et ses ennemis », plaidoyer passionné pour toutes les formes de démocratie. Mais qu’aiment-ils véritablement au-delà ce titre ?

Le libéralisme historique est né au XVIIIème siècle, sous une triple influence :

  • Celle de philosophes anglais et écossais, portés par une vision empiriste de la connaissance, ainsi qu’une approche de l’économie promouvant la liberté de marché et la poursuite d’intérêts individuels. Francis Hutcheson, David Hume et bien entendu Adam Smith en furent les illustres représentants, sans oublier John Locke en tant que leur précurseur.
  • Celle de la philosophie des lumières française, portée par Diderot, Voltaire, Montesquieu et Beaumarchais (je place Rousseau tout à fait à part).
  • Enfin celle d’Emmanuel Kant, qui s’appuie sur un système de pensée et de morale qualifié de « rationalisme critique », faisant la synthèse de l’approche raisonnée de la connaissance pratiquée en occident et de ses retombées en termes d’organisation de la société et des mœurs.

Ces trois influences ont pu s’opposer sur certains points (par exemple la méthodologie kantienne de la connaissance est à l’opposé de l’empirisme anglais). Mais elles possèdent un trait commun beaucoup plus fort, qui est à la fois la raison de leur naissance et leur finalité : l’opposition à toute forme d’arbitraire. Penser et agir non selon son bon vouloir, ses passions ou son intuition personnelle, mais selon des raisons explicitées et débattues. Historiquement, le libéralisme politique est né d’une critique sans concession des pouvoirs monarchiques et de leur arbitraire, auxquels ils voulaient substituer une méritocratie beaucoup plus à même de représenter la justice. Sur ce dernier point, je suis sans l’ombre d’une hésitation un libéral, si l’on parle bien de cette origine historique.

Les tenants du « libéralisme » d’aujourd’hui ignorent – ou feignent d’ignorer – que ce sont deux visions du libéralisme qui coexistent dans leur discours : le libéralisme historique dont nous venons de rappeler les origines, et un « néo-libéralisme » qui se réclame du premier, mais en est cependant un complet usurpateur.

1         L’usurpation épistémologique

Le fondement épistémologique du libéralisme historique a sans doute été le mieux exprimé par Karl R. Popper. Sans redétailler sa grande œuvre, la réflexion de Popper est partie de la recherche d’un critère de démarcation entre pensée scientifique et pensée qui ne l’est pas. Le critère popperien est celui de la réfutabilité : une thèse est scientifique si elle s’expose d’elle-même à la réfutation, c’est-à-dire à l’examen d’autres thèses adverses, départagées par la vérification par l’expérience. Le scientifique est celui qui se met volontairement en position de faiblesse, en exposant sa thèse aux critiques adverses et à leur examen équitable à l’aune de l’expérience, plutôt que de la protéger de toute critique comme le fait l’intégriste, ou de la noyer dans un flou général comme le fait le relativiste. Paradoxalement, celui qui se place en position de faiblesse par honnêteté se voit renforcé, parce que sa pensée aura subi l’épreuve du feu de l’expérience. Celui qui cherche à échapper à toute réfutation semble fort, enfermé dans ses certitudes, mais finira par s’effondrer faute de se confronter à l’épreuve du réel.

Très peu de thèses philosophiques ont établi un lien direct entre une théorie de la connaissance et une philosophie politique. C’est cependant ce que fait Popper, qui voit dans la démocratie et dans la vision du libéralisme historique la traduction directe sur le plan politique de son critère de réfutabilité sur le plan scientifique. Le libéralisme historique a dû sa force et son succès à sa capacité de se remettre en question, et d’ajuster en permanence sa vision du monde en fonction des retours de l’expérience, au lieu de s’en tenir à un schéma idéologique ne prenant plus en compte les messages de la réalité. La réfutabilité en politique consiste à admettre de soumettre ses thèses au débat, à l’examen critique, enfin au feu de la vérification expérimentale, afin que la conviction politique ne soit pas qu’un simple affrontement d’intersubjectivités.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le néo-libéralisme ne s’inscrit plus du tout dans la pensée de Popper, ni ne répond au critère de réfutabilité. Les thèses néo-libérales se considèrent comme infaillibles, irréfutables. Pire, elles se présentent comme une sorte de « colonne de vérité » représentant le seul point de vue économique et politique objectif, toute autre thèse étant considérée comme une sorte d’impureté souillée de passions subjectives par rapport à son aura de lumière. Enfin, elles estiment avoir fait le tour définitif des questions économiques, allant jusqu’à reprendre des thèses de fin de l’histoire : l’alpha et l’oméga de la pensée économique et politique résident en elles, à la fois dans l’extension de la connaissance et du temps.

Georges Soros, l’un des plus fins opérateurs financiers des dernières décennies, et accessoirement ami proche de Karl Popper, fut parmi les premiers à repérer cette usurpation du terme « libéralisme ». Fin connaisseur de la pensée de son ami, il eut tôt fait de détecter l’abandon de la réfutabilité dans le mode de fonctionnement économique et financier des pays développés. Ainsi déclare-t-il dans « La crise du capitalisme mondial », ouvrage datant déjà de 1998 :

On affirme que l’intérêt commun n’est jamais mieux servi que quand chacun veille à son propre intérêt ; que les tentatives pour préserver le bien collectif ne font que perturber les mécanismes du marché. Ce courant de pensée était appelé le  » laisser-faire  » au XIXe siècle, je lui ai trouvé un meilleur nom : l’intégrisme du marché. 

C’est cet intégrisme qui a rendu le système capitaliste mondial malsain et intenable, et cette situation est relativement récente. Le capitalisme du XIXe siècle a été détruit, en dépit de sa relative stabilité, par la Première Guerre mondiale. Après la guerre, il y a eu une vague tentative pour le restaurer, qui a mal fini avec le krach de 1929 et la grande dépression. N’est-il pas probable que le capitalisme actuel finisse aussi mal, alors qu’il n’a même pas les éléments de stabilité qui existaient à l’époque ? Ma thèse est que l’extrémisme du marché constitue aujourd’hui, pour une société libre, une menace beaucoup plus importante que toutes les idéologies totalitaires. 

L’intégrisme du marché est devenu si puissant que toute force politique qui ose lui résister est vilipendée comme étant sentimentale, illogique et naïve. C’est pourtant l’intégrisme lui-même qui est naïf et illogique. Pour le dire simplement, les forces du marché, si on leur donne une liberté totale, même dans le seul champ économique et financier, produisent le chaos et peuvent conduire à terme à la destruction du système démocratique mondial.

On peut évidemment critiquer Soros pour une certaine forme de cynisme qui le conduit à brocarder l’ensemble du système financier, mais de continuer à en jouer le jeu et à en tirer profit à titre personnel, notamment en spéculant contre les monnaies. Si je souscris à ce reproche de cynisme, son diagnostic reste en tous les cas fort intéressant, notamment de la part d’un proche de Karl Popper, qui remit souvent à leur place des néo-libéraux qui s’en réclamaient sans l’avoir véritablement compris.

En définitive, le néo-libéralisme rejoint ce que Karl Popper appelait les « explications totalisantes », celles prétendant à l’infaillibilité ainsi qu’à la couverture totale du domaine qu’elles sont censées expliquer. Les thèses totalisantes sont – Popper le montre bien dans « la société ouverte » – le premier pas vers toutes les formes de totalitarisme, l’intégrisme du marché ne faisant pas exception. Sur un plan épistémologique, elles peuvent s’assimiler à une « pensée magique », faite de croyances irrationnelles et arbitraires. Le néo-libéralisme qui aime se parer de la succession brillante des lumières, n’est en réalité qu’un sombre obscurantisme.

2         L’usurpation économique

Le néo-libéral s’auto-décerne des brevets de « réalisme » et « d’efficacité économique », à travers notamment la notion de libre concurrence. Il n’admettra éventuellement de freins aux forces du marché que celles qui viseraient à en tempérer les dégâts humains, comme celui qui lâcherait une aumône lui donnant bonne conscience, confortant un peu plus dans son esprit sa position de « réaliste » par rapport à des « sentimentaux ».

C’est pourtant lui – comme le note Georges Soros – qui peut être qualifié de naïf et d’irréaliste. Le discours de la concurrence « pure et parfaite » n’est jamais tenu par de véritables hommes d’entreprise, mais par ceux qui passent leurs temps entre plateaux télé, presse creuse et cocktails mondains. Et bien entendu par les membres de la commission européenne, qui parviennent à cumuler la bêtise des trois précédents.

Ceux qui font le monde de l’entreprise, qui conçoivent, agissent et produisent, savent comment l’économie fonctionne véritablement. Et ce n’est en aucun cas le mode de la « concurrence pure et parfaite ». L’économie de marché fonctionne – cela est maintenant de plus en plus clair pour les économistes sérieux – selon le mode de la concurrence monopolistique, un modèle qui n’a rien de commun avec les rêveries idéologiques des néo-libéraux. En quoi la concurrence monopolistique consiste-t-elle ? Elle suit un principe très simple, connu depuis bien plus longtemps que nos économies modernes car il est au fondement de tout art de la guerre : toute stratégie de combat consiste à obtenir un temps d’avance sur l’adversaire. Transposée au monde économique, elle conduit au schéma suivant, exposé par le grand Joseph Schumpeter :

  • Un entrepreneur introduit sur le marché une innovation (pas seulement une innovation technologique, cela peut être un nouveau service ou un nouveau canal commercial).
  • Cette innovation lui donne un avantage sur ses concurrents. Il va chercher à maintenir le plus longtemps possible cet avantage en protégeant son innovation de la concurrence directe, par des dépôts de brevet, par le masquage de ses procédés de conception, par des barrières juridiques d’implantation sur les territoires de commercialisation, par le rachat de petites sociétés naissantes susceptibles de les concurrencer plus tard, etc. En résumé, il va chercher à maintenir le plus longtemps possible une situation de quasi-monopole sur son innovation. Le marché du digital est celui qui illustre le mieux les situations de concurrence monopolistique, expliquant les guerres de masquage de l’information et les guerres juridiques que se livrent Apple, Google, Samsung, Microsoft, ainsi que la difficulté de sortir de situations de quasi-monopole qu’ont obtenues ces géants (cf par exemple la politique de rachats massifs par Google de petites sociétés innovantes telles que Waze, avant que celles-ci ne grossissent et ne les concurrencent).
  • Cette protection de l’innovation est normale est juste : il s’agit de la rétribution économique que perçoit un entrepreneur pour sa prise d’initiative. Il est nécessaire que celui qui a pris un risque économique en touche une rétribution, faute de quoi l’initiative serait découragée. Dans un monde de concurrence « pure et parfaite », cette rétribution n’existe plus. Celui qui innove voit son initiative récupérée et dissoute par ses concurrents aussitôt qu’elle est apparue. Il n’y a donc plus dans ce cas d’incitation à créer et innover. L’économie doit donc faire en sorte de préserver pendant quelque temps un monopole de situation à celui qui a pris une initiative, afin de récompenser sa création de valeur.
  • La protection ne doit pas durer indéfiniment, faute de quoi elle dégénère en rente de situation et abus de position dominante. C’est pourquoi Schumpeter parle de « quasi-rente » de l’entrepreneur, par opposition à une rente complète. C’est seulement à ce stade que la mise en concurrence doit intervenir et montrer son utilité. L’erreur des néo-libéraux est de sauter l’étape précédente, indispensable à la création de valeur
  • Tout l’art de l’économie consiste ainsi à ajuster finement le curseur entre le monopole de situation et la concurrence totale. Pour être encouragée, l’initiative doit être protégée et récompensée mais pas excessivement. L’économie obéit ainsi à deux forces contradictoires : la création de valeur, et la mise en concurrence. Est-ce si difficile à comprendre, même pour un néo-libéral ?

Le schéma de la concurrence monopolistique, qui est celui de l’économie réelle et non de l’économie fantasmée par les néo-libéraux, conduit à quelques conséquences pratiques, a contrario de lieux communs tenus par les esprits faibles :

  • La concurrence n’est en rien créatrice de valeur, elle est au contraire celle qui la détruit et la consomme. Elle a son utilité, car c’est elle qui permet d’éviter les abus de position dominante. Et elle est jusqu’à nouvel ordre le mécanisme le plus efficace de fixation des prix et de réalisation des échanges entre acteurs économiques. Mais – Schumpeter insiste sur ce point – elle ne produit rien en tant que tel. Et détruit toute innovation et toute initiative si elle intervient préalablement à toute action entrepreneuriale.
  • L’asymétrie de l’information n’est pas une impureté résiduelle qu’il faudrait éradiquer pour atteindre le paradis néo-libéral de la « concurrence pure et parfaite ». L’asymétrie de l’information est le moteur même de l’économie, son cœur créateur de valeur, le carburant de l’initiative et de l’inventivité. Et ceci est inscrit dans les lois de toute stratégie de combat : la prise de l’initiative et du temps d’avance est la première loi de l’art de la guerre.
  • Une phase de protection de l’initiative entrepreneuriale est indispensable, afin que l’entrepreneur puisse toucher la « quasi-rente » en récompense de son mérite. Cette phase de protection nécessite une intervention dans l’économie. Sans intervention, l’économie converge naturellement vers l’un des deux attracteurs qui sont sa forme « naturelle » : la concurrence absolue, qui décourage l’initiative car aboutit à copier instantanément toute innovation ou l’entente oligarchique entre quelques trusts ayant réussi à tuer toute concurrence de nouveaux entrants. L’économie saine est un équilibre entre ces deux pôles extrêmes.
  • Les Etats-Unis sont l’une des nations les plus interventionnistes et les plus protectionnistes du monde. Et il n’y a pas lieu de leur en tenir rigueur : le succès économique des USA provient de leur pragmatisme qui les a conduits à comprendre profondément les ressorts de l’art de la guerre, et par conséquent de bien se garder d’appliquer les recettes néo-libérales pour eux-mêmes : Faussant en permanence le jeu concurrentiel sur l’échiquier mondial, subventionnant massivement leurs entreprises, opposant des barrières réglementaires de tous ordres aux pays concurrents, attaquant enfin judiciairement des concurrents potentiels, les USA appliquent parfaitement la stratégie de combat de la concurrence monopolistique, c’est-à-dire l’inverse de ce que prônent les néo-libéraux.
  • Cerise sur le gâteau, la seconde loi de l’art de la guerre – après la prise d’initiative – est de communiquer massivement pour persuader l’ennemi d’appliquer une stratégie qui le mène à sa perte. Ainsi les Etats-Unis tiennent un discours néo-libéral à destination de tous les autres pays du monde, mais se gardent de l’appliquer un seul instant à eux-mêmes. L’usage de leurres et de camouflages est essentiel en art de la guerre, et le discours néo-libéral en est l’une des formes les plus abouties. Seule la commission européenne ainsi que quelques esprits superficiels et creux peuvent s’y laisser prendre.

En définitive, les néo-libéraux ne sont en rien des personnes lucides venant ramener le monde à ses dures réalités. Ils se recrutent parmi les journalistes bavards et creux, les pseudo-économistes et intellectuels n’ayant jamais eu à travailler en entreprise ni mener à bien un projet, ou parmi ces instances abstraites telles que la commission européenne, d’hommes d’appareil et de lobbying en lieu et place de vrais entrepreneurs. Ils vivent dans un monde artificiel de commissions et assemblées formelles, de plateaux-télé, d’hôtels luxueux et impersonnels, qui formatent leur vision du monde. Ils n’ont jamais été au cœur d’une production concrète, ni subi l’épreuve du feu d’un projet d’entreprise à mener à bien. Un néo-libéral est en définitive, l’inverse complet d’un entrepreneur, c’est une sorte de petit idéologue fade et arrogant, qui décamperait face à toute épreuve réelle. Les vrais « durs », les vrais combattants du monde économique, et ceux qui le connaissent réellement, sont ceux qui pratiquent tous les jours la concurrence monopolistique, celle qui consiste à conserver son temps d’avance en faussant le jeu concurrentiel, par la force de la volonté et de l’intervention humaine. Le néo-libéral est un usurpateur économique, ne faisant pas avancer l’esprit d’entreprise et d’initiative, mais en récupérant les fruits à travers les seuls mécanismes financiers.

3         L’usurpation politique

Les souverainistes d’aujourd’hui sont bien davantage les dignes descendants de Voltaire, de Montesquieu, de David Hume et de John Locke que ne le sont les néo-libéraux. Avant tout parce qu’ils sont attachés à leur indépendance et leur liberté de parole, préalables aux libertés économiques et non le contraire.

Les néo-libéraux s’approprient une lignée dont ils ne sont pas dignes, parce qu’ils n’ont plus aucun recul critique sur leurs propres agissements. Un Nigel Farage illustre bien de quel côté la défense de l’indépendance et de la liberté de ton sont passées : Farage est issu de cette pure tradition anglaise défendant farouchement son indépendance née avec John Locke et Hutcheson, incarnée pendant la guerre par un Churchill, retrouvée dans ce mélange d’humour et de ténacité que l’on apprécie chez nos voisins d’outre-manche.

Les néo-libéraux quant à eux ne font plus qu’ânonner les mots de « liberté individuelle » de façon mécanique comme un mantra, en en étant totalement dépourvus. Ils ne se reposent plus sur l’indépendance pugnace des créateurs de valeur, mais sur des monstres bureaucratiques tels que la commission de Bruxelles. Celle-ci réussit l’exploit d’additionner la bêtise écervelée de la dérégulation générale des marchés avec la lourdeur bureaucratique d’une institution stalinienne, en un mot de réunir ce que les deux camps politiques de la droite et de la gauche ont produit de pire en une seule institution.

Les profils des néo-libéraux en tant qu’hommes sont à l’avenant. Jamais dans cette société post-moderne qui prétend représenter l’indépendance et l’excellence n’a-t-on vu aux postes de décisions autant de personnalités médiocres, louvoyantes, manipulatrices, hommes d’appareils bien plus qu’hommes d’entreprise, pêchant en eau trouble au lieu d’affronter directement les difficultés, communicants bien plus que véritables dirigeants. Cherchez l’erreur : si la rêverie néo-libérale était vraie, nous devrions être dirigés par des hommes d’exception. Comparez les dirigeants politiques et économiques de maintenant à ceux d’il y a cinquante ans : c’est tout le contraire qui s’est produit. Pusillanimes, superficiels, narcissiques, instables, égocentriques, dissimulateurs, lâches … voilà le portrait de « l’indépendance » et de la « liberté individuelle » des néo-libéraux. Jusqu’à promouvoir à la tête de la commission européenne le chef de file de la corruption luxembourgeoise.

Face à eux, les souverainistes ont la bravoure, l’impertinence, la volonté de véritables mousquetaires, celle de ceux qui ont été de tous temps les forces vives d’une nation, qui ont bâti et construit les entreprises et les institutions qui la rendaient forte.

L’économie néo-libérale se veut « avancée », prétend incarner la modernité et l’ouverture d’esprit. Elle ressemble en réalité de plus en plus à l’archaïque économie de rente du XIXème siècle : le néo-libéralisme, est le règne des rentiers financiers, non des libres entrepreneurs. Cela vient en conséquence logique du modèle de « concurrence pure et parfaite ». Comme expliqué précédemment, un modèle de concurrence totale est destructeur de valeur : il ne valorise plus l’initiative individuelle, mais la capacité à copier et à trouver des versions dégradées à bas prix de l’invention initiale d’hommes meilleurs que soi. Un tel modèle économique ne fait pas émerger de libres entrepreneurs mais des faussaires, tricheurs, manœuvriers aux médiocres desseins, c’est-à-dire le portrait type des dirigeants néo-libéraux actuels. Du reste, il s’agit bien de l’image de la bourgeoisie rentière du XIXème siècle peinte au vitriol par Balzac : oisive, hypocrite, occupée à de mesquins intérêts personnels : la rente désapprend le véritable travail, et n’enseigne plus que les jeux de louvoiement et de manœuvre politique. Le dirigeant néo-libéral d’aujourd’hui n’a plus que deux compétences : la communication médiatique et la finance. Il ne possède plus la compétence du cœur de métier de l’entreprise qu’il dirige. Ainsi le règne de « l’excellence » a-t-il fait émerger des dirigeants falots, lâches, acharnés en revanche à la défense de leur petit pouvoir personnel.

Le système financier n’a plus qu’un seul rôle, celui de dérober la valeur produite par les véritables entrepreneurs pour la donner en rente à d’oisifs actionnaires qui ne sont plus bons qu’à tenir des discours d’initiative et de prise de risque, sans mettre en œuvre une seule seconde pour eux-mêmes de telles qualités : les néo-libéraux sont des professionnels de la défausse. Le néo-libéralisme est l’art de médiocres manipulateurs envoyant au front des hommes bien meilleurs qu’eux pour en récupérer le travail, et voir dans une telle fraude un esprit d’indépendance et de liberté individuelle. D’où également la multiplication à haut niveau de profils de « petite frappe », opportunistes, vulgaires et sans envergure. La différence de qualité humaine est abyssale entre les néo-libéraux et les pères fondateurs du libéralisme politique, de John Locke à Karl Popper, hommes dignes et libres.

Les souverainistes sont à ce titre les véritables héritiers du libéralisme politique, par leur sens véritable de l’indépendance qui n’est pas confondu avec l’intérêt personnel, par leur impertinence, leur courage, leur force généreuse qui ne se réfugie derrière aucune défausse. Il y a bien plus d’accents Lockiens dans un De Gaulle que dans les médiocres petits agités qui se réclament du libéralisme. Certains ont cru intelligent d’opposer l’attachement à la nation avec l’ouverture aux autres. Mais les truculents et généreux mousquetaires de Dumas sont d’autant plus ouverts aux autres qu’ils sont fiers et à l’aise dans leur propre culture.

Toute ouverture aux autres commence par le respect de soi-même, par le fait d’aimer soi-même, son itinéraire propre et la lignée dont on est issu. « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène » disait Jaurès. Les hommes véritablement ouverts sur le monde et ouverts aux autres sont ceux qui puisent leur force dans leur nation et leur lignée historique : ils inviteront d’autant mieux à leur table les autres cultures et les autres nations. L’on ne fait pas une société ouverte par un brouillis impersonnel de petits hommes mus par leur seul intérêt égoïste. L’on fait une société ouverte par des hommes forts libres et indépendants chacun dans leur identité, afin de mieux saluer la force et l’indépendance de ceux qui ont une identité autre.

4         Les néo-libéraux : des gens très repliés sur eux-mêmes

Les soi-disant tenants de la « société ouverte » se retrouvent actuellement dans une position de grande fermeture aux autres et à l’ensemble du monde. L’hypocrisie des buts finit par se payer au prix fort : lorsque l’on ne défend l’héritage des lumières que comme paravent de ses intérêts personnels, le retour de bâton est rude. Le repli sur soi des néo-libéraux se manifeste très simplement selon les trois usurpations exposées précédemment :

4.1        Un repli sur soi philosophique

Les tenants du néo-libéralisme n’admettent plus aucune contradiction, et se considèrent comme détenteurs de toute vérité. Qu’une telle attitude soit la trahison la plus complète du rationalisme critique ne leur vient même plus à l’idée. L’on voit apparaître chez eux tous les symptômes d’une pensée totalisante et totalitaire :

  • Ainsi ressurgissent les notions de « fin de l’histoire » chère à Hegel, de « TINA » (there is no alternative), de « cercles de la raison » qui sont surtout devenus les cercles de l’incompétence. Popper le montrait bien dans « la société ouverte », quiconque accapare pour soi le monopole de l’histoire, de la raison ou de toute autre explication du monde est en route vers la servitude. Les néo-libéraux apparaissent ainsi comme une nouvelle forme de l’historicisme, matrice de tous les totalitarismes nés au XXème siècle.
  • L’emploi de moyens de communication visant à exclure ou diaboliser tout contradicteur. C’est cette fois Paul Watzlawick qui nous aide de ses lumières, afin de décrypter les techniques de communication du discours totalitaire. L’une de ces techniques est celle du « cadrage », permettant de forcer votre interlocuteur à adopter votre point de vue en brandissant deux alternatives, la vôtre et une alternative effrayante. Cette technique fut très employée par les propagandistes du IIIème Reich : « le national-socialisme ou le chaos bolchévique » était la phrase de « cadrage » la plus couramment employée. En communication, la présentation brute de deux alternatives provoque un choc psychologique qui peut tromper un grand nombre de personnes, pensant qu’elles sont effectivement enfermées dans ce choix. L’antidote consiste bien sûr à refuser cette fausse alternative, pour en choisir une véritable. Pour les néo-libéraux, la phrase de cadrage est : « notre société néo-libérale ou bien le chaos communautariste » ou encore « notre société néo-libérale ou bien le fascisme autoritaire ». L’antidote de « recadrage » consiste à renvoyer ces fausses alternatives dos-à-dos, en leur répondant : « une nation forte mais ouverte aux autres, unie par les valeurs républicaines, respectueuse de sa mémoire et de la transmission de ses valeurs ». Le néo-libéral traite généralement son interlocuteur de fasciste ou de communautariste au bout de 30 secondes de discussion, si celui-ci n’adhère pas pleinement à sa vision de la société. Comme le souligne Watzlawick, cette technique de communication est elle-même fasciste.
  • L’apparition de « portraits de Dorian Gray » : dans le stade ultime du totalitarisme, leurs prosélytes voient apparaître d’étranges créatures : elles semblent extérieurement en tous points opposées à eux, mais intérieurement sont en tous points semblables. Ainsi les intégristes, fondamentalistes, terroristes, communautaristes sont-ils extérieurement le portrait inverse de l’homme néo-libéral, bien qu’intérieurement ils soient dotés de la même structure mentale : la soif de détenir le pouvoir absolu, la prétention à la vérité ultime, l’abolition de toute limite et toute règle, noyées dans l’océan communautaire pour les uns, dans les zones de libre-échange pour l’autre, enfin une philosophie de prédateur et de seigneur de la guerre, en lieu et place des véritables guerriers d’honneur. Comme dans le roman de Wilde, ces portraits ont une grande utilité pour les malfaiteurs : ils servent de repoussoir renforçant la fausse alternative entre deux choix inacceptables, ils portent les stigmates de la malfaisance à la place de ceux qui les commettent, ils permettent aux néo-libéraux de réclamer toujours plus de leur « remède » en voyant éclore ces ennemis bien utiles. Les mensonges de toute pensée totalitaire finissent par suinter, et le divorce entre le discours apparent et la pensée intérieure réelle des néo-libéraux aboutit à cette génération spontanée de leurs doubles maudits, comme si la vérité contenue cherchait à éclater en trouvant la forme incarnée de ce qu’ils sont réellement. La multiplication croissante de ces ennemis apparents et doubles véritables ne fait pas pour autant se poser de questions aux néo-libéraux : ils ont perdu l’habitude de l’honnêteté intellectuelle. Ils ne voient pas l’image d’eux-mêmes dans ces jumeaux inversés. Ils peuvent se targuer de représenter l’ouverture et les lumières face à de tels repoussoirs, réduisant toute discussion à cette opposition manichéenne. Les lumières sont pourtant bel et bien éteintes de part et d’autre de ces deux clans, excepté chez ceux qui ne se trompent pas sur le véritable prix de la liberté et de l’indépendance, qui ne se négocient pas sur les marchés.

4.2        Un repli sur soi économique

Les néo-libéraux ressemblent bien plus à certains milliardaires mexicains ayant fait fortune de façon frauduleuse, obligés de vivre derrière des remparts, des barbelés et des vigiles, qu’à de véritables entrepreneurs.

L’illégitimité de l’argent perçu par les néo-libéraux ne correspondant plus à aucun travail réel, celle-ci les enferme dans des forteresses de plus en plus hermétiques. Une classe de véritables dirigeants et de véritables entrepreneurs n’aurait pas à dresser de tels murs. Une caste de parasites et de rentiers se trouve tôt ou tard dans une position d’assiégé.

Parfois bien sûr, les murs sont immatériels : les techniques de fermeture sur soi progressent, et les murs transparents tissés par la société moderne sont plus efficaces que les murailles physiques, car ils peuvent entretenir l’illusion d’être libre. Franz Kafka fut un grand visionnaire de ces toiles d’araignée invisibles qui piègent les hommes, telles celles du « Château », applicables à toutes les formes de totalitarisme.

Les néo-libéraux sont condamnés au repli sur soi économique. Leur vision idyllique et messianique d’une société fondée sur les seuls échanges économiques a conduit au contraire à dresser toujours plus de barrières et de murailles de protection entre les hommes. Une société de rente conduit à une société de défiance, car elle revient à institutionnaliser le vol et la manipulation comme les vertus cardinales du dirigeant.

4.3        Un repli sur soi politique et humain

Le problème de quelqu’un qui est persuadé de détenir la vérité, est que si quiconque ose soutenir le contraire de ce qu’il pense, il ne peut s’agir que d’un ignorant ou d’un malhonnête, car sa vérité étant manifeste, elle ne peut être contredite que par quelqu’un qui ment délibérément.

Le discours politique d’un néo-libéral ne peut de ce fait procéder à une quelconque analyse : il ne connaît que le mode de l’anathème, de la diabolisation, de la marginalisation de l’adversaire en dehors de la marche triomphale de sa cause dans l’histoire : les soviets considéraient qu’ils n’avaient même plus à débattre avec leurs adversaires, parce que ceux-ci s’excluaient d’eux-mêmes de la marche inéluctable de l’histoire. Il en est de même des néo-libéraux. L’humilité vis-à-vis de l’évolution historique, la capacité à admettre que les organisations humaines puissent prendre des détours totalement inattendus, même contraires à ce que l’on imaginait, font partie de la déontologie du véritable historien et de la véritable indépendance de l’esprit libre. Engoncé dans ses certitudes, le néo-libéral est incapable et de cette honnêteté, et de cette ouverture.

Le néo-libéral est également incapable de penser les limites et les règles d’une société. Pour lui, tout doit aller vers toujours plus de dérégulation, qu’il assimile à la marche du progrès. Il est en ce sens hypocrite dans sa dénonciation des communautarismes : une société fondée sur les seuls échanges commerciaux n’aboutit qu’à un affrontement de forces implicites, occultes, tenant toutes d’agir par une influence non débattue mais imposée de fait : parce qu’il ne fait qu’avaliser les rapports de force dans la société et à plier selon le sens du vent, le néo-libéral fait le lit de tous les communautarismes, c’est-à-dire le jeu de tous les groupes d’intérêt en lieu et place de règles démocratiques. Le néo-libéralisme remplace le « de jure » par le « de facto ». Cette philosophie de la mise au pied du mur frappe par son fatalisme, de la part de gens qui de prévalent de représenter le sens de l’initiative …

Il fut un temps, dans mon enfance, où une expression revenait souvent dans le débat politique : celle du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Cette expression était considérée dans la société d’alors, comme l’une des manifestations les plus évidentes de l’indépendance. Sa disparition du champ sémantique moderne est révélatrice : les discours d’indépendance doivent suivre une novlangue normalisatrice, qui interdit de dissocier toute idée de liberté de celle d’un échange marchand et intéressé.

Enfin, le modèle humain de réussite du néo-libéral est celui du fraudeur, derrière un discours d’entrepreneur. Là encore, la conséquence logique d’un mode uniquement concurrentiel joue à plein : la « concurrence parfaite » encourage ces profils de dirigeants falots et manœuvriers qui nous sont imposés dans cette époque de médiocrité. De ceux qui attendent pour dérober l’initiative des véritables entrepreneurs, et d’en exploiter les fruits par le canal de la rente et du capitalisme d’actionnaires. De ceux qui se paient de bruyants discours sur l’initiative au lieu de la prendre effectivement. De ceux qui convertissent la compétence et l’intelligence des hommes en flux financiers abstraits, pour mieux en capter et dérober le jus. De ceux qui confondent énergie et agitation, ouverture et consensus lâche, personnalité et ego. La « prise d’initiative » du néo-libéral, c’est celle des coups tordus de la petite frappe, et c’est pour lui la seule façon d’affirmer sa liberté. L’inculture et la vulgarité de ceux qui ne voient pas « l’utilité » de la « Princesse de Clèves » ou la lâcheté de ceux qui n’osent plus affirmer les valeurs républicaines de peur de froisser les communautarismes se font écho. Quelle usurpation politique et humaine par rapport à ceux qui ont affirmé leur indépendance par leur créativité et par les retombées que celle-ci a pu avoir sur l’ensemble des hommes.

5         Protectionnisme dynamique

Par leur doctrine simpliste, les néo-libéraux n’ont pas seulement manifesté une grande pauvreté d’esprit. Ils ont démontré leur totale incompétence en économie, et leur ignorance de toute forme de véritable stratégie. La prise d’initiative atteint son apogée dans ce que l’on nomme, la « guerre de mouvement ». Celle-ci consiste à employer des unités sans cesse en progression, à préparer l’offensive derrière chaque opération de défense. Elle nécessite d’alterner protection des unités et déploiement continu de celles-ci. Les hoplites grecs, les armées d’Hannibal, les unités blindées de Patton ont toutes appliquées les mêmes principes, tout comme dans le jeu d’échec la formation de structures de défense anticipe leur déplacement et leur transformation en structure d’attaque.

C’est là le contresens complet commis par les néo-libéraux : le « blindage » du protectionnisme que les souverainistes appellent de leurs vœux n’est pas celui de la statique ligne Maginot, mais celui de l’utilisation dynamique des blindés. On peut ainsi parler de « protectionnisme dynamique » ou « protectionnisme actif », ou encore « protectionnisme offensif ». Qui aurait été assez fou pour envoyer ses phalanges sans bouclier, sans armure et sans cimier ? Qui pour autant se déployaient et se redéployaient sans cesse en une chorégraphie guerrière. L’alternance des phases de défense et des phases d’attaque réunies en un seul mouvement est au fondement de toute stratégie.

Du reste, les Etats-Unis ont pratiqué sans cesse le protectionnisme dynamique, avec le succès que l’on connaît, ainsi que le Japon. Allons-nous rester les seuls à ne pas appliquer les lois de la stratégie pour nous laisser éventrer ? Un néo-libéralisme pur fut appliqué par Margaret Thatcher sur l’industrie automobile anglaise. Dites-moi ce qu’il reste de l’automobile anglaise …

Ceux qui au contraire pratiquent la concurrence monopolistique, celle de l’économie réelle, ne font que transposer les principes de la guerre de mouvement à l’économie. C’est-à-dire les principes souverainistes que les Etats-Unis appliquent depuis des décennies, les USA étant un pays très souverainiste. A quoi le redressement de General Motors – compagnie qui aurait dû disparaître il y a quelques années – a-t-il été dû ?

Sans le savoir car il n’était pas économiste, De Gaulle pratiquait à la perfection une concurrence monopolistique, en préservant et encourageant des filières nationales, en subventionnant des activités privées stratégiques par l’état, en protégeant la propriété intellectuelle de la recherche. Ceci n’est pas au détriment du dynamisme du secteur privé. Le protectionnisme dynamique ne consiste pas à étatiser toute l’économie, mais à laisser le secteur privé être en expansion dans les phases offensives, et à protéger ses ressources, son innovation, voire sa survie s’il s’agit d’activités stratégiques par des interventions publiques en phase défensive, quitte à fausser délibérément le jeu concurrentiel comme le font les Etats-Unis depuis bien longtemps. Privé et public ne sont pas à opposer : ils sont le glaive et le bouclier et seule leur alternance continue et permanente permet la progression des troupes. Le souverainisme nous invite à un protectionnisme dynamique et offensif. Ce sont les néo-libéraux qui restent repliés sur une unique position dogmatique.

Mais ceci dépasse largement la compréhension d’un néo-libéral. Car lui ne maîtrise plus que les arts de la superficialité et de l’apparence : la communication, et les manœuvres de flux financiers, sans considération aucune pour la connaissance de son cœur de métier, des compétences clé qui font vivre son activité. Le modèle de gouvernance du néo-libéral est celui de la distance, de l’évitement : une fin normale pour quelqu’un qui vit de fraudes et de défausses. Ainsi du contraste entre la lâche distance de Xerxès face à Léonidas, ou de Darius face à Alexandre. Les grands généraux étaient au sein de leurs troupes, en connaissaient les capacités, l’armement, les points forts et faibles dans le plus menu détail.

Chez le néo-libéral – ou devrions nous dire le « communico-financier » – cette attitude de distance constante et cette incompétence sur son cœur de métier trahissent sa véritable nature : l’idéologie néo-libérale ne cache en réalité que la grossière, vulgaire économie de rente. Celle fondée sur le parasitisme. Celle des sociétés les plus fermées qui soient, de castes ayant confisqué le pouvoir économique et politique en ne faisant montre d’aucun mérite, de captation permanente des richesses et de l’inventivité produites par d’autres, tandis qu’eux-mêmes ne font rien d’autre qu’effets de communication et gestion de masses financières. Le néo-libéralisme n’ouvre pas les portes de l’avenir, il nous force à un bond de deux siècles en arrière, au milieu du modèle de société le plus fermé qui soit et le moins méritocratique.

Les souverainistes d’aujourd’hui ont la truculence et la joie de vivre des mousquetaires, ils cultivent la fine fleur de l’esprit français sans haine et sans aigreur, mais par cette impertinence joyeuse qui les rend infiniment plus proches d’un Voltaire ou d’un Diderot que les sinistre trognes des néo-libéraux. Rien de plus comique que de voir vantée l’ouverture avec des accents de petit chef, la tolérance avec des arguments de haine et des insultes ad hominem, la liberté avec les mâchoires crispées et l’air sinistre des néo-libéraux. Il y a dans les logiques purement financières quelque chose de nécrosé, d’impropre à la vie, d’opposé à la fougue du créateur et de l’entrepreneur. Il n’y avait pas plus déplacé que de voir un Manuel Valls crier « I love business » au sein de la city de Londres, trahissant au passage sa méconnaissance totale de l’économie : il n’y a aujourd’hui rien de plus contraire au véritable esprit d’entreprendre que Wall street et la City de Londres.

En 1940, les généraux français vivaient de leur rente de situation et se gargarisaient d’offensive dans les mots seulement et à distance uniquement, sans connaissance véritable de leurs troupes : de vrais néo-libéraux. Alors qu’ils pliaient sous la barbarie nazie, un jeune colonel prenait le 12 mai la tête de la 4ème division cuirassée, la seule qui fit subir à l’armée allemande quelques revers parce que le jeune colonel avait compris depuis bien longtemps la force des blindages en mouvement. Il connaissait dans le plus menu détail les caractéristiques de ses troupes et de ses chars, au point de se faire appeler le « colonel motor », et faisait corps avec eux. Il traversa l’histoire de sa grande stature longiligne, et parce qu’il défendait une certaine idée de la France, il fut parmi les arpenteurs du monde, les vrais.

Publié par Marc Rameaux

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