Le système Macron est en marche

A qui profite le crime Fillon

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 08 février 2017

http://www.causeur.fr/macron-fillon-elites-campagne-favori-medias-42572.html

Eh bien voilà, ça n’a pas été long. Le dossier de l’enquête préliminaire dans l’affaire Fillon est déjà à la disposition du Monde. Et ce en violation des lois sur le secret professionnel et le secret de l’enquête. Violation pour laquelle il n’y aura jamais, et comme d’habitude, la moindre investigation. La loi sous François Hollande et ses amis serait-elle à géométrie variable ? J’avais écrit la semaine dernière que les gazettes amies seraient dûment alimentées en pièces du dossier. Nous y sommes, et il faut relever la maîtrise et la rigueur avec laquelle les services concernés accomplissent leur mission…

A qui profite le crime Fillon?

L’offensive médiatico-politique contre François Fillon mérite bien la qualification « d’assassinat politique ». Dans le Code pénal, l’assassinat est le meurtre avec préméditation. Voir dans ce qui arrive au candidat de la droite une génération spontanée, ou le fruit du hasard serait parfaitement grotesque. La préparation de longue main saute aux yeux, même si une fois lancé, le phénomène s’auto-alimente. Certaines informations sur la façon dont tout ceci a été concocté commencent à filtrer et donnent corps à ce qui est désormais plus qu’une hypothèse. Il faut certes reconnaître qu’avec son passif et sa faiblesse dans le combat, François Fillon a fourni toutes les verges pour se faire battre et donné envie à ses amis de le débrancher. À sa décharge, disons qu’il avait affaire à forte partie.

Ce qui renforce la thèse d’une opération préparée, c’est la déduction habituelle de l’enquêteur à partir de la réponse à la question « à qui profite le crime ? ». Après le nouveau show du télévangéliste Macron à Lyon, on pourrait penser que celui-ci serait à la manœuvre, utilisant informations et réseaux constitués lors de son passage à Bercy. Malheureusement c’est pire que ça. Le scénario initial était de porter Juppé à l’Élysée et Macron à Matignon. Raté, malgré le déplacement de 600 000 électeurs de « gauche » à la primaire de droite.

Alors il a fallu se rabattre sur une savonnette politique dont le lancement s’est opéré en utilisant toute la puissance et les codes de communication du système. Inutile de revenir en détail sur la propagande furieuse dont il a bénéficié dans tous les médias nationaux, cela relève plus que de l’évidence. On nous a fabriqué à partir de rien une fausse vedette, à la culture et à l’intelligence soi-disant supérieures, qui fut pourtant un très médiocre ministre, et jusqu’à présent n’a rien produit de notable sur le plan intellectuel. Qu’a-t-il écrit ou dit d’intéressant depuis qu’il est sorti de l’ENA ? Qualificatif que ne méritent ni le triste « livre » intitulé sans peur du ridicule, Révolution (!), ni les enfilages de banalités que sont ses discours. Lesquels commencent d’ailleurs de plus en plus à ressembler à des sketches.

Macron, le candidat des élites

Non, Emmanuel Macron n’est là que parce qu’il sert de roue de secours à un système aux abois, qui rassemble des grands intérêts économiques et financiers, auxquels se joignent tous ces serviteurs de l’oligarchie qui profitent depuis des années d’un capital financier et symbolique qu’ils souhaitent  à tout prix conserver. Il y a là quelques grands industriels mais surtout des banquiers, des politiciens de la fausse gauche qui appréhendent les conséquences de la catastrophe Hollande, des hauts fonctionnaires sans morale, une caste médiatique qui ne veut rien lâcher, et la petite collection d’imposteurs baby-boomers qui nous pourrissent la vie depuis près de cinquante ans. Ce n’est pas un hasard si la troupe des insupportables, Kouchner, Cohn-Bendit, Minc, Attali, BHL, Bergé se sont précipités au soutien du Justin Bieber de la politique, le chéquier probablement ouvert pour ceux qui en ont les moyens. Alors, ces élites au bord de l’effondrement ne lésinent pas sur les méthodes, même si incontestablement Macron a rencontré un public, celui des jeunes des couches moyennes supérieures, qui vont bien, qui souhaitent que ça dure et qui se désintéressent complètement de la France d’en bas, dont ils n’ont en général aucune idée des conditions de vie et de la colère.

Le problème, c’est que cela ne fait pas une majorité, alors si on veut qu’il arrive au second tour contre Marine Le Pen il va falloir soulever le capot et mettre les mains dans la mécanique, quitte à se les salir un peu. Pour essayer d’en faire une icône, on va lui fournir des costumes voire des uniformes sans rapport avec ce qu’il est en réalité. Quitte à mobiliser pour cela des gens dont le registre habituel n’est pourtant pas celui de la groupie du type de celles qu’on voit dans les meetings.

Ce phénomène d’attraction soudaine n’est pas quelque chose de si rare, l’industrie du spectacle (notamment de la chanson) s’en sert tous les jours. C’est seulement au fil du temps que l’on peut vérifier s’il y avait un vrai talent ou une vedette Kleenex. Le marketing utilisé pour lancer Macron relève bien de cette logique. Et permet des surenchères surprenantes, certains allant jusqu’à lui enfiler un uniforme de général de brigade – ce qui confine au ridicule.

Cette bienveillante presse d’investigation

Lorsque Charles De Gaulle est parti à Londres, il était tout seul et la poignée de ceux qui l’y ont rejoint ne savaient même pas qu’il existait. Comme l’a dit à propos des Français, Élisabeth de Miribel sa secrétaire : « À l’été 40 Londres n’était pas une ville où on arrivait, mais une ville dont on partait ». Le véritable élan populaire ce fut à la fin des années 40 avec le lancement du RPF. Soyons sérieux, et tout ceux que l’on entend, après chacun de ses meetings, dans une sorte de course aux places, se répandre en flagorneries feraient bien de retrouver leur sang-froid.

Mais il y a pire dans la façon dont est organisée l’opération Macron. Nous sommes confrontés à des défaillances institutionnelles très graves qui lui donnent un tour très préoccupant. La presse nationale, qui tire à l’arme lourde sur François Fillon, a des pudeurs de violette dès qu’il s’agit d’aborder la question du financement de la campagne électorale de la starlette. Celui-ci dispose manifestement de moyens considérables. Une campagne de cette envergure coûte très cher. D’où vient l’argent ? Qui finance tout cela et à quelles hauteurs ? Il y a pourtant des règles très strictes non seulement sur les plafonds que l’on ne peut pas dépasser, mais également l’origine des fonds. Tout le monde se pose la question mais personne ne la pose. Hou hou les « journalistes d’investigation », cela ne vous gêne pas que Macron refuse de communiquer la liste de ses donateurs, alors que celle-ci devra figurer dans son compte de campagne ? D’ailleurs à ce propos, l’utilisation des moyens de Bercy quand il était ministre pose la question du don interdit qui peut provoquer l’invalidation du compte de campagne, au-delà du fait que c’est aussi une infraction pénale. Hou hou, Monsieur le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne vous êtes bien discret cette fois-ci. On vous a connu plus prolixe et plus sévère dans vos avertissements. Hou hou Monsieur Schrameck président du CSA chargé du contrôle du pluralisme dans les médias audiovisuels, votre attention n’est pas attirée par les énormes déséquilibres de temps de parole qui sautent aux yeux dans cette campagne ? Hou hou Madame Ernotte, présidente du service public radiotélévisé, pas de problème que soit violée quotidiennement l’obligation faite par la loi d’un équilibre pluraliste dans les médias sous vos ordres ? Enfin, ne troublons pas le sommeil paisible de Laurent Fabius, pourtant président du Conseil constitutionnel chargé du contrôle de la régularité du scrutin.

Le jeu de qui-vous-savez

Nous sommes donc contraints de constater que les pouvoirs et autorités, presse comprise, qui ont pour mission de veiller à la légalité et à la sincérité de cette élection, la plus importante de la démocratie française, sont défaillants. Pourquoi ? À cause de cette volonté compulsive et grossière d’élites détestées, de faire advenir Emmanuel Macron, candidat adoubé du système pour que surtout rien ne change ? Mais tout cela va produire un contre-effet dévastateur ! Le lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, aussi justifiés soient les reproches qui lui sont faits, n’est pas séparable de l’autre face de la pièce, la promotion fébrile du candidat de l’immobilisme. Ceux qui sont à la manœuvre nous avaient déjà donné l’habitude de la désinvolture avec laquelle ils traitaient les institutions, maintenant, c’est carrément de l’inconscience.

Marine Le Pen peut leur dire merci.

 

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