« Déjà qu’on n’est pas crédible dans nos Kangoo… »: les témoignages des policiers varois en colère

PAR Eric Marmottans  Publié le 30/10/2016 à 20:19
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Photo P. Bl.
http://www.varmatin.com/faits-de-societe/deja-quon-nest-pas-credible-dans-nos-kangoo-les-temoignages-des-policiers-varois-en-colere-90004

La grogne ne veut pas s’éteindre dans l’aire toulonnaise où est concentrée la majorité des troupes. Var-matin donne la parole à ces « policiers en colère ».

Les policiers varois vident leur sac… mais ne rendent pas les armes.

Un rassemblement nocturne de «policiers en colère» et sympathisants s’est encore tenu samedi soir, devant le palais de justice à Toulon, pour la douzième soirée consécutive.

Témoignages.

Éliane: «Rien pour la base»

«On est obligé de s’acheter nous-même des stylos ou nos lampes torches – la police met à disposition six lampes, dont seulement trois fonctionnent, pour quinze fonctionnaires qui travaillent la nuit», affirme Éliane (le prénom a été modifié, ndlr) affectée dans un petit commissariat. «Comment voulez-vous que l’on soit crédible avec nos véhicules? Comment verbaliser quelqu’un pour des pneus lisses quand nous-mêmes avons parfois quatre pneus différents? On n’est même pas en règle! Déjà qu’on n’est pas crédible dans nos Kangoo…»

«On a encore des véhicules à plus de 200000 km, ils n’ont pas de radio, d’autres ont le deux-tons mais pas la lumière… Même les personnes interpellées, on est presque gêné de les faire monter dans nos voitures à cause de leur état»

Les moyens annoncés? «Les véhicules nickel, c’est pour les gradés. Nous les policiers qui allons sur le terrain, on n’a rien de tout ça.» «On a appris que les ADS (adjoints de sécurité sous contrat, Ndlr) n’auraient même plus de menottes, alors qu’ils sont des nôtres, ils sont sur la voie publique, ils vont au charbon comme nous.» «Et que dire de l’état des geôles, et plus généralement des commissariats. Quand il y a des maladies, on nous met un coup de “pschitt” et c’est réglé.»

Jean: «La pression du chiffre»

«Les camemberts, les graphiques, les stats quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles: il y a des gens qui ne font que ça dans les états-majors», raconte Jean (le prénom a été modifié, ndlr), un policier de la nuit. «Si tu n’arrives pas à faire ton chiffre, tu te rabats sur ce que tu peux. Il vaut mieux arrêter cinq consommateurs avec une boulette de shit, plutôt qu’un seul dealer avec un kilo, parce que ça fait cinq affaires résolues plutôt qu’une seule», expliquent plusieurs autres fonctionnaires. «Alors dans les Bac, (brigades anticriminalité, Ndlr), les cinq ou six premiers jours, ils vont faire plein de gamins pour des petits bouts de shit. Après, ils peuvent se permettre de faire des planques et de bosser sur quelque chose de sérieux», détaille-t-on.

«La pression du chiffre, c’est devenu une façon de manager. Mais nous ne sommes pas des commerciaux», clament des «policiers en colère».

La politique du chiffre ne devait-elle pas être abandonnée en 2012? «On ne te met rien par écrit, mais on te conseille… Et si tu fais peu de verbalisations, ça se répercute sur les notations annuelles. Là-haut (dans la hiérarchie, Ndlr), ils touchent des primes en fonction de nos chiffres.»

Étienne: «On est frustré»

«Si on rentre avec une éraflure sur la voiture, on va avoir des problèmes. Alors pour nous, le but du jeu, c’est d’intercepter un individu sans casse», confient Étienne et Valéry (les prénoms ont été modifiés, ndlr), policiers dans des brigades anticriminalité de l’aire toulonnaise.

«Mais c’est pratiquement impossible, les personnes malhonnêtes ne s’arrêtent pas d’elles-mêmes. Il est même arrivé qu’un individu nous rentre dedans pour s’enfuir. Alors à chaque instant, on réfléchit à ce qu’on doit faire. Les délinquants savent qu’ils n’ont pas intérêt à s’arrêter parce que les lois ne nous permettent pas d’utiliser tous les moyens pour les interpeller, c’est très frustrant.»

«S’il y a un accident, on est obligé de prouver notre innocence, la hiérarchie a même calculé un temps de parcours sur Google Maps pour vérifier les explications de collègues qui étaient derrière un malfaiteur qui a planté sa voiture. Et comment faire s’il s’agit d’un deux-roues sans casque? Il y a des choses à revoir au niveau de la méthodologie d’interception des véhicules, c’est l’individu qui refuse d’obtempérer qui devrait être mis en cause en cas d’accident, pas nous.»

«Même si on nous lâche la bride, on ne va pas faire n’importe quoi, on ne va pas prendre des risques inconsidérés en renversant les piétons. Ce que l’on demande, c’est de pouvoir faire notre job.»

Laurent: «L’usage des armes»

«Les cadres d’utilisation des armes sont mal définis. Aujourd’hui, on se pose des questions en permanence, on réfléchit alors que dans certaines situations, on ne dispose que d’une fraction de seconde.»

Pourquoi les policiers attaqués aux cocktails Molotov à Viry-Châtillon n’ont pas répliqué? «C’est de la légitime défense, mais pour les collègues, c’est le risque de déclencher des émeutes, d’être mis en examen pendant des années avant d’être blanchi, c’est voir son nom dans les journaux, être forcé de déménager pour protéger sa famille, c’est la fin d’une vie», analyse Laurent (le prénom a été modifié, ndlr), un policier varois.

Un fonctionnaire de terrain issu du mouvement des policiers en colère toulonnais propose d’assouplir considérablement le cadre de la légitime défense avec la possibilité «d’une action immédiate et proportionnée face à un individu armé qui refuserait de déposer les armes, ou un individu non armé qui refuserait d’obéir aux injonctions de se rendre.»

 

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