Le poignant discours du patron de Danone, qui prône «la justice sociale»

Par Yohan Blavignat Mis à jour le 30/06/2016 à 13:13

Emmanuel Faber lors d'un meeting à Paris en avril 2015.

VIDÉO – Emmanuel Faber a prononcé un discours émouvant devant les étudiants de HEC, la prestigieuse école de commerce parisienne, le 24 juin dernier. Faisant référence à son frère atteint de schizophrénie, il a partagé sa vision d’une économie plus solidaire.

http://www.lefigaro.fr/societes/2016/06/29/20005-20160629ARTFIG00393-le-poignant-discours-du-patron-de-danone-qui-prone-la-justice-sociale.php

Le directeur général de Danone, Emmanuel Faber, s’est livré à un exercice de style émouvant le 24 juin dernier lors de la cérémonie de remise des diplômes aux étudiants de la grande école de commerce HEC. «Si vous attendez un discours de référence intellectuelle, vous allez être déçus», a lancé en guise de préambule ce patron du CAC 40, lui-même diplômé de HEC-Paris. Et c’est peu dire que ce fervent catholique a tenu sa promesse. Loin des thèses néolibérales régulièrement soutenues devant les futurs dirigeants des grands groupes français, Emmanuel Faber a, au contraire, prôné «la justice sociale» en se référant à son histoire personnelle, et plus particulièrement à son frère.

«Qu’est-ce qui m’a le plus marqué pendant mes trois ans ici [à HEC, NDLR]? C’est ce coup de fil que je n’aurais jamais voulu recevoir, à 21 heures (…) et où j’ai appris que mon frère venait d’être interné pour la première fois en hôpital psychiatrique, diagnostiqué avec une schizophrénie lourde. Ma vie a basculé», a confié devant une centaine d’étudiants le patron de Danone d’une voix emplie d’émotion. Si cet éminent chef d’entreprise parle de ce frère décédé il y a cinq ans, c’est qu’il lui a fait découvrir «la beauté de l’altérité», «l’amitié des SDF», et lui a prouvé «que l’on peut vivre avec très peu de choses et être heureux». Cette expérience a façonné sa vision du monde et de l’entreprise.

» LIRE AUSSI: Portrait d’Emmanuel Faber, le compagnon de route de Franck Riboud

La main invisible n’existe pas

Emmanuel Faber indique ensuite aux étudiants présents qu’il est allé «séjourner dans les bidonvilles de Delhi, Bombay, Nairobi, Jakarta. Je suis également allé dans le bidonville d’Aubervilliers, pas très loin de Paris, et dans la ‘Jungle’ de Calais». Une expérience qui lui a inspiré une vision de l’économie qu’il décrit ainsi: «Après toutes ces décennies de croissance, l’enjeu de l’économie, l’enjeu de la globalisation, c’est la justice sociale. Sans justice sociale, il n’y aura plus d’économie». «Les riches, nous, les privilégiés, nous pourrons monter des murs de plus en plus haut (…) mais rien n’arrêtera ceux qui ont besoin de partager avec nous. Il n’y aura pas non plus de justice climatique sans justice sociale», poursuit-il.

Le patron de Danone en profite pour glisser, en anglais cette fois, une réflexion sur l’économie de marché en faisant référence à Adam Smith, un économiste du XVIIIe siècle. «Ce que je sais, après 25 ans d’expérience, c’est qu’on nous dit qu’il existe une main invisible, mais elle n’existe pas. Donc il n’y a que vos mains, mes mains, nos mains, pour changer les choses. Pour les améliorer. Et nous avons beaucoup de choses à améliorer».

«Le pouvoir n’a de sens que si vous vous en servez pour rendre service», poursuit Emmanuel Faber devant un auditoire silencieux. «Avec les intentions qui vous feront devenir celui que vous êtes vraiment, qui feront sortir le meilleur de vous et que vous ne connaissez pas encore». Son discours est ponctué par une salve d’applaudissements, tous les élèves se levant pour lui rendre hommage.

«Un rapport coupable à l’argent»

À la tête de Danone depuis octobre 2014, Emmanuel Faber dénote dans le monde du CAC 40. Il est notamment à l’origine, comme le note Libération, de la création de Grameen Danone, une entreprise sociale qui commercialise des produits laitiers pour les moins fortunés. L’homme a notamment consacré ses vendredis après-midi, durant deux ans, à accompagner des malades dans un centre de soins palliatifs de la banlieue parisienne. Il s’est également rendu dans une maison de retraite de mourants à New Delhi, raconte Le Monde.

Si Emmanuel Faber est régulièrement critiqué pour avoir touché plus de 4,8 millions d’euros en 2015 – une rémunération en hausse de près de 30% sur un an -, l’homme est un habitué de ce genre de déclarations. Il entretiendrait un «rapport coupable à l’argent», selon le magazine Capital. Le patron de Danone, passé par Ryanair, roulerait en Clio, «ne porte pas de montre de luxe, ni de cravate chic, et passe ses vacances dans ses Hautes-Alpes natales». Le magazine affirme même que «le patron allouerait la totalité de ses primes et bonus à des associations caritatives».

Le Brexit en sept questions

Par Guillaume Bigot Publié le 27/06/2016 à 17:37

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Guillaume Bigot, le Brexit n’est que la face émergée de l’iceberg européen : il estime que l’UE est une utopie sous protection de l’armée américaine.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/06/27/31001-20160627ARTFIG00231-le-brexit-en-sept-questions.php


crédits: Denis Allard/REA

Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre fondateur du Comité Orwell et Directeur Général de l’IPAG Business School. Le retrouver sur son site.


– Le Brexit est-il un revers pour la classe dirigeante?

Guillaume BIGOT. – Depuis 30 ans, le grand dessein fondait la légitimité de la classe dirigeante. Le Brexit a lézardé ce socle. Le dépassement de l’État nation démocratique sur le vieux continent n’est plus inéluctable.

Jusqu’en 1940, contester le bien fondé de la ligne Maginot était inconcevable. Imaginer qu’elle pourrait être contournée faisait de vous un hurluberbu. Les gens bien, les spécialistes, les experts, a fortiori les dirigeants ne questionnaient pas le dogme de l’invincibilité de l’armée française qui se confondait avec celui de la supériorité de la stratégie défensive sur la stratégie offensive. En 1958, l’idée que l’Algérie n’était pas la France n’était partagée que par une poignée d’extrémistes. Le rapatriement de millions de pieds-noirs était tout simplement impensable.

Le caractère inéluctable de l’UE rentre dans cette catégorie de totem et tabou.

Toute classe dirigeante est conformiste, y appartenir suppose de partager les convictions qui lui servent d’auto justification. Ces convictions forment des «paradigmes historiques». La croyance dans l’unification européenne forme un paradigme historique.

En général, les dirigeants tiennent à leurs paradigmes plus qu’ils ne tiennent à leurs pouvoirs. Contrairement à ce que croient les marxistes et les libéraux, les puissants perdent souvent leur pouvoir parce qu’ils refusent de remettre en cause les convictions qui le fondent. Et c’est la raison pour laquelle, lorsque les faits ou la réalité viennent contredire et parfois percuter ce paradigme, les dirigeants sont victimes de ce que les économistes appellent un «aveuglement au désastre». Zeus aveugle les mortels qu’il veut perdre.

La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes.

– Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne?

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Après plus de 50 ans, un présumé survivant américain d’Auschwitz reconnaît avoir tout inventé

Source: Reuters
https://francais.rt.com/international/22761-presume-survivant-americain-auschwitz-reconnait-avoir-tout-invente

Joseph Hirt, un habitant d’Adamstown de 91 ans en Pennsylvanie, qui a voyagé à travers le pays pour raconter son évasion d’Auschwitz alors que son corps ressemblait à un «squelette de 28 kg recouvert de peau» a avoué qu’il avait menti.

Partout aux Etats-Unis, Joseph Hirt était reconnu comme une victime de l’Holocauste. Pendant des dizaines d’années, celui qui est aujourd’hui un vieillard de 91 ans avait donné de conférences et effectué des présentations dans les universités et les écoles américaines. Il y racontait comment il avait réussi à s’échapper d’Auschwitz, le tristement célèbre camp d’extermination construit par les nazis, passant sous des fils barbelés, ou comment il avait rencontré le docteur Josef Mengele, qui menait des expériences médicales sur les détenus. Mais aujourd’hui, il a enfin admis qu’il avait tout inventé, s’excusant publiquement auprès ceux à qui son histoire pourrait nuire.

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Les tweets du jour

Le monde russe et la civilisation européenne


Par Anna Zhdanova (Russie) – Le 19 juin 2016 – Source Oriental Review

http://lesakerfrancophone.fr/le-monde-russe-et-la-civilisation-europeenne

The Russian World and European CivilizationAu cours des dernières années, tant l’Ouest que la presse russe libérale ont beaucoup parlé des barbares russes, comme pour contraster avec la civilisation européenne. Mais à y regarder de plus près, à travers le prisme des pages héroïques de l’histoire russe, si l’on observe les idéaux moraux des deux groupes, la vie réelle nous présente une image tout à fait différente.

Par exemple, à l’époque païenne, les Russes anciens n’adoraient pas un dieu de la guerre, bien que leurs contemporains en Europe aient été pétrifiés par leur propre divinité martiale, construisant tout un récit épique autour des concepts de guerre et de conquête.

Après avoir vaincu les infidèles (la Horde d’Or), les Russes n’ont jamais cherché à les convertir de force au christianisme. Dans le poème épique Ilya Muromets et Pagan Idol, le héros russe libère Constantinople de cette monstruosité mythologique, mais refuse de devenir le voevoda  (ou le prélat) de la ville et retourne à la maison. La littérature russe ancienne ne comprend pas les contes d’enrichissement personnel par la conquête ou le pillage, bien que ce soit un thème commun dans les canons occidentaux.

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Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme (The Guardian)

 
 
Des économistes du FMI se demandaient récemment si le néolibéralisme n’avait pas été surestimé (voir leur texte ici). Leur texte était – évidemment – plein de précautions. Celui traduit ci-dessous n’en comporte aucune. Il est assez saisissant de se dire qu’il provient du Guardian britannique
L’intérêt du texte, mais plus encore la liberté du ton méritait une mise à disposition en français. La voici. 
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Texte de George Monbiot traduit par Monique Plaza
 
Imaginez que  le peuple  de l’Union soviétique n’ait jamais entendu parler du communisme. Et bien pour la plupart d’entre nous, l’idéologie qui domine nos vies n’a pas de nom.  Parlez-en au cours d’une  conversation et vous obtiendrez en retour un haussement d’épaules. Même si vos auditeurs ont entendu le terme auparavant, ils auront du mal à le définir. Le « néolibéralisme » : savez-vous seulement ce que c’est ?
Son anonymat est à la fois un symptôme et la cause de sa puissance. Il a joué un rôle déterminant dans un très grand nombre de crises : la crise financière de 2007-2008, la délocalisation de la richesse et de la puissance, dont les Panama Papers nous offrent à peine un aperçu, le lent effondrement de la Santé publique et de l’Éducation, la résurgence du phénomène des enfants pauvres, l’épidémie de solitude, le saccage des écosystèmes, la montée de Donald Trump. Mais nous traitons ces crises comme si chacune émergeait de manière isolée, ne voyant pas qu’elles ont toutes été générées ou exacerbées par la même philosophie cohérente, une philosophie qui a – ou avait – un nom. Quel plus grand pouvoir que de pouvoir se déployer de manière anonyme ?
Le néolibéralisme est devenu à ce point omniprésent que nous ne le reconnaissons même pas comme une idéologie. Nous semblons accepter l’idée que cette foi utopique millénariste relève en fait d’une force neutre, une sorte de loi biologique, comme la théorie de l’évolution de Darwin. Pourtant, cette philosophie a bel et bien surgi comme une tentative consciente de remodeler la vie humaine et de modifier les lieu d’exercice du pouvoir.
Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique principale des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les prérogatives démocratiques s’exercent essentiellement par l’achat et la vente, un processus qui récompense le mérite et sanctionne  l’inefficacité. Il soutient que « Le marché » offre des avantages qui ne pourraient jamais être atteints par quelque type de planification que ce soit.
Les tentatives visant à limiter la concurrence sont considérées comme des dangers pour la liberté. L’impôt et la réglementation sont considérés comme devant être réduits au minimum, les services publics comme devant être privatisés. L’organisation du travail et la négociation collective par les syndicats sont dépeints comme des distorsions du marché qui empêchent l’établissement d’une hiérarchie naturelle entre les gagnants et les perdants. L’inégalité est rhabillée en vertu : elle est vue comme une récompense de l’utilité et un générateur de richesses, lesquelles richesses ruisselleraient vers le bas pour enrichir tout le monde. Les efforts visant à créer une société plus égalitaire sont considérés comme étant à la fois contre-productifs et corrosifs moralement. Le marché est supposé garantir que chacun obtienne ce qu’il mérite.

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«Les droits de l’homme érigés en religion détruisent les nations»

Par Alexandre Devecchio Publié le 17/06/2016 à 20:05
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/06/17/31003-20160617ARTFIG00364-les-droits-de-l-homme-eriges-en-religion-detruisent-les-nations.php
Cour européenne des droits de l'homme

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – À l’occasion de la sortie de son livre Les droits de l’homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel a répondu au FigaroVox. Il dénonce une nouvelle religion séculière centrée sur l’obsession de la non-discrimination qui paralyse la politique des pays occidentaux.


Jean-Louis Harouel est professeur agrégé de droit à Paris II et auteur de «La grande falsification. L’art contemporain», «Le vrai génie du christianisme» et «Revenir à la nation» (Editions Jean-Cyrille Godefroy). Son dernier ouvrageLes droits de l’homme contre le peuple est paru aux éditions desclée de Brouwer.


FIGAROVOX. – Après le massacre d’Orlando, les commentaires et les mises en accusation se sont succédé. On s’est focalisé sur l’aspect homophobe du crime, on a pointé du doigt les mouvements conservateurs et les religions monothéistes. L’islamisme est passé au second plan. Les démocraties occidentales sont-elles de nouveau tombées dans le piège de ce que vous appelez «la religion des droits l’homme»?

Jean-Louis HAROUEL. – Autant il est aisé de condamner au nom de l’Évangile les violences provoquées ou cautionnées par la religion chrétienne, autant il n’est guère possible de condamner la violence musulmane au nom des textes saints de l’islam, dès lors que l’invitation à la violence y est expressément et abondamment inscrite. Concernant l’homosexualité masculine – la seule ayant été prise en compte -, les sociétés chrétiennes l’ont certes longtemps réprouvée et punie sévèrement au motif que la Bible (Genèse, 19) rapporte que Yahvé a lancé le feu du ciel sur Sodome et Gomorrhe. Mais, déjà dans la France de Louis XV, ainsi que l’a constaté l’historien Maurice Lever dans son livre Les bûchers de Sodome (1985) où il notait l’absence des bûchers à cette époque, la royauté de droit divin faisait preuve d’une grande modération. Au contraire, les textes saints de l’islam sont féroces. Il y a en particulier un hadith terrible du Prophète qui invite les croyants à tuer les homosexuels: «L’envoyé d’Allah – Bénédiction d’Allah et Salut sur Lui – a dit: Qui que vous trouviez qui agit à la manière des gens de Loth, tuez l’actif et le passif». Ce texte figure dans la Sunna (rassemblant les actes, dires et approbations de Mahomet: les hadiths) dont la réunion avec le Coran constitue la Charia. Or celle-ci est le guide de ceux qui veulent revenir au respect de la loi divine. Le lien avec le massacre d’Orlando est plus qu’évident.

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