“L’Irak, une erreur gravissime” : comment Donald Trump bouleverse l’ADN des Républicains en assumant sa rupture avec les néoconservateurs

Alors que Donald Trump n’en finit plus de faire parler de lui et de mener la danse dans la course aux primaires républicaines pour l’élection présidentielle américaine, l’ascension du milliardaire provocateur entérine le déclin de l’influence des néoconservateurs des années 2000 sur le « Grand Old Party ».

Primaires américaines

Publié le 12 Mars 2016
“L’Irak, une erreur gravissime” : comment Donald Trump bouleverse l’ADN des Républicains en assumant sa rupture avec les néoconservateurs

Atlantico : Dans quelle mesure les prises de position de Donald Trump divergent-elles du credo idéologique affirmé par le camp néoconservateur pendant les deux mandats de George W. Bush ?

http://www.atlantico.fr/decryptage/irak-erreur-gravissime-comment-donald-trump-bouleverse-adn-republicains-en-assumant-rupture-avec-neoconservateurs-yannick-mireur-2622525.html

Yannick Mireur : Elles s’en distinguent par définition car Donald Trump n’est ni un homme politique, ni un idéologue, dans le sens d’une personne élaborant les fondements théoriques d’une position politique. C’est un opportuniste, dans le sens positif du terme : quelqu’un qui surgit dans le monde politique avec des convictions conservatrices américaines générales, mais pas une position idéologiquement aboutie, pour quelque sujet que ce soit. Cela lui permet de rassembler une base plus hétéroclite que ne l’aurait fait un candidat conservateur aux primaires.

Il est encore difficile de parler de rupture à ce stade puisque le parti républicain essaye de sortir de l’inévitabilité de la candidature Trump, qu’il n’a ni choisie ni favorisée.

N’étant affilié à personne, Donald Trump est incontrôlable. En même temps, l’évolution de sa candidature, si elle devait aboutir à une investiture au mois de juillet, devra s’orienter vers un recentrage pour pouvoir conquérir la présidence des Etats-Unis. Ce recentrage signifie à la fois d’élargir son assise dans l’opinion américaine et de s’entendre avec le parti, dont il aura été désigné le candidat malgré le Tea Party.

La candidature Trump représente l’expression de fractures au sein de l’opinion américaine lassée des politiques, mais également l’échec du parti républicain, qui n’a pas su rassembler derrière un projet. Il y a forcément une différenciation, sinon une rupture, et une synthèse à produire à un certain moment. Il y aura forcément un réajustement des deux parties. Trump doit continuer à avancer comme il l’a fait jusqu’à présent, mais il y aura une synthèse à faire de part et d’autre.

A l’international notamment, la position de Donald Trump vis-à-vis d’Israël semble relever d’une proximité moins grande que ce à quoi le parti républicain était habitué. Cette question peut-elle représenter un point de rupture entre les néoconservateurs et celui qui fait aujourd’hui la course en tête dans les primaires du parti ?

Tout comme ce qui concerne la politique intérieure, Donald Trump n’est pas un idéologue ou un homme d’idées en matière de politique extérieure. C’est même encore plus vrai pour les affaires internationales, sur lesquelles il n’a aucune expertise particulière. Je crois d’ailleurs que d’un point de vue business, le groupe Trump se concentre surtout aux Etats-Unis. Ne venant pas de la politique, il n’est pas dans les réseaux et cénacles qui réfléchissent à la politique étrangère des Etats-Unis et qui sont donc la proie des opportunités électorales et du lobbying politique en faveur d’Israël. Il est tout à fait extérieur à cela.

La question ici est de savoir qui du bons sens ou des intérêts établis l’emportera si Donald Trump devait accéder à l’investiture. Le bon sens étant de relâcher les liens entre Israël et les Etats-Unis tels qu’ils existent aujourd’hui, de les revisiter. Dans les rangs conservateurs, l’idéologie en place consiste à soutenir Israël aveuglément. Il y a par ailleurs des liens très étroits entre responsables du Likoud et les idéologues néoconservateurs. Nous avons déjà l’exemple de Barack Obama, qui n’est pas parvenu à rompre ce lien. Je ne suis pas certain qu’un Trump en fasse une priorité, sauf si un engagement militaire lié à ce sujet venait à survenir. C’est une hypothèse assez lointaine car cela signifierait qu’il serait Président, et nous n’en sommes pas là.

Récemment, certains poids lourds du parti républicain s’étaient émus des critiques de Donald Trump vis-à-vis de la guerre en Irak, notamment lorsque Jeb Bush était encore en campagne. Cette question irakienne est-elle un point sensible pour ce clan néoconservateur ?

Naturellement, puisque c’est tout le crédit de la politique qu’ils ont menée pendant huit ans sous George W. Bush après les attentats qui est en jeu. C’est à la base de leur vision du monde, avec la fameuse « démocratisation du grand Moyen-Orient » déconnectée des réalités, qui a mené à l’aventurisme militaire que l’on connaît, dont Trump exprime une critique sévère. Encore une fois, il n’a aucun corpus en termes de politique étrangère. Les néoconservateurs pourront peut-être essayer de lui en fournir un, mais je ne suis pas certain qu’ils y parviennent.

Ce sont les civils qui veulent aller en guerre, pas les militaires qui savent ce que c’est et qui doivent justement encadrer l’exercice. Je pense donc que Donald Trump aurait tout intérêt à aller chercher quelqu’un comme le général Colin Powell, qui n’est pas vraiment un conservateur mais qui est crédible, pour montrer aux Etats-Unis que les leçons du passé ont été retenues.

Au-delà des idées, peut-on dire également que le style et la façon de faire de la politique de Donald Trump entérinent quelque part la perte d’influence des George Bush, Colin Powell, Dick Cheney, etc. ?

Le changement générationnel est déjà opéré. Le speaker de la Chambre, Paul Ryan, a 46 ans. Cette génération-là est donc déjà dépassée. En revanche, il est certain que si Trump est investi, il y aura une accélération du processus et cela aura des conséquences sur le parti républicain. Il est possible que ce parti continue de se désagréger, voire de se scinder. Peut-être au contraire Donald Trump saura-t-il faire l’unité autour de lui comme il le prétend. C’est difficile à prévoir, mais il est certain que l’on tournera une page. On l’a déjà tournée avec Barack Obama, puisque les thèses de politiques étrangères soutenues par ces messieurs ont connu un net recul, même si elles ont gardé une certaine influence, y compris chez les démocrates. Mais si Trump est désigné candidat, qu’il gagne ou perde l’élection, cela viendra confirmer la marginalisation de ce courant déjà en marche depuis l’échec de la politique de Bush.

 

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