Vincent Coussedière : «Le populisme, c’est le parti des conservateurs qui n’ont pas de partis»

Par Alexandre Devecchio
Publié le 18/03/2016 à 20:20

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son nouveau livre Le retour du peuple,Vincent Coussedière décrypte pour FigaroVox la montée des «populismes». Selon lui, le phénomène symbolise la résistance de vieux peuples politiques à leur dissolution dans la mondialisation.


Agrégé de philosophie, Vincent Coussedière a été révélé au grand public avec son premier livre Eloge du populisme. Son second opus, Le retour du peuple, An I, vient de paraître aux éditions du Cerf.


De la montée du FN à la percée de l’AFD en passant par les surprises Trumps et Sanders le jeu politique apparaît totalement bouleversé dans les pays occidentaux. S’agit-il d’une «dérive populiste» ou du «retour du peuple» annoncé dans votre livre?

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/03/18/31001-20160318ARTFIG00361-vincent-coussediere-le-populisme-c-est-le-parti-des-conservateurs-qui-n-ont-pas-de-partis.php

Vincent Coussedière: En 2012, à la suite de mon essai Eloge du populisme, je définissais dans un entretien le populisme comme le «retour du refoulé des peuples européens». Il semble qu’on puisse aussi parler d’un retour du refoulé du peuple américain dont le phénomène Trump est le symptôme… Poursuivons la métaphore freudienne, on sait qu’une pulsion, lorsqu’elle est refoulée, n’est pas détruite, elle disparaît de la conscience pour poursuivre son existence sous une forme inconsciente, elle reviendra donc se manifester sous forme de symptôme. Il en va de même avec le peuple dont le populisme est le retour symptômatique: le peuple a été refoulé par les élites de leur vision de la politique. Ce n’est pas d’abord le peuple qui s’est détourné des élites, ce sont les élites qui se sont détournées du peuple, qui ont fait sécession, comme l’a remarquablement compris très tôt Christopher Lasch. Lorsque je parle donc désormais de «retour du peuple», cela ne signifie pas que j’annonce le retour du peuple comme acteur collectif, cela signifie que je tente de comprendre de quel refoulement le peuple a été l’objet, et pourquoi le peuple revient s’exprimer désormais sous la forme du «populisme». Le retour du peuple, c’est aussi son retour comme question politique et philosophique.

Ces phénomènes sont-ils comparables, en quoi?

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Le viol du Timor oriental: L’un des plus grands crimes du XXe siècle perpétré et dissimulé

Timor oriental

Des documents secrets trouvés dans les Archives nationales australiennes donnent un aperçu de la façon dont l’un des plus grands crimes du XXe siècle a été perpétré et dissimulé. Ils nous aident aussi à comprendre comment et par qui le monde est gouverné.

Les documents se réfèrent au Timor oriental, aujourd’hui connu sous le nom de Timor-Leste, et ont été rédigés par des diplomates dans l’ambassade d’Australie à Jakarta. Ils sont datés de novembre 1976, moins d’un an après que le dictateur indonésien, le général Suharto, se soit emparé de ce qui était alors une colonie portugaise, sur l’île de Timor.

La terreur qui a suivi a peu d’équivalents ; même Pol Pot n’a pas réussi à tuer, proportionnellement, autant de Cambodgiens que Suharto et les autres généraux ont tué au Timor oriental. Sur une population de presque un million, plus d’un tiers ont été exterminés.

C’était le second holocauste dont Suharto était responsable. Une décennie plus tôt, en 1965, Suharto a arraché le pouvoir en Indonésie dans un bain de sang qui a coûté un million de vies. La CIA a commenté : «En termes de nombre de tués, ces massacres sont l’un des pires meurtres de masse du XXe siècle.»

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Maréchal Juppé, nous voilà : au moins, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenu

http://fboizard.blogspot.fr/2016/03/marechal-juppe-nous-voila-au-moins-on.html

Faute d’électeurs, la gauche derrière Juppé

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Le programme subliminal de Cohn-Bendit  [appelant au rassemblement derrière Juppé] est simple, limpide, et constant depuis bientôt cinquante ans : il faut éradiquer les dernières traces françaises en France. Les dernières traces institutionnelles avec la Monarchie gaullienne ; les dernières traces économiques avec l’étatisme colbertiste ; les dernières traces dans la population et la culture par l’islam à qui «il faut faire toute sa place». Cohn-Bendit, c’est un Napoléon après la victoire d’Iéna poursuivant les armées prussiennes vaincues pour noyer les derniers combattants. Sauf qu’avec Cohn-Bendit, les ultimes soldats à noyer sont français.
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La victoire d’Alain Juppé en 2017, dont je m’efforce d’écarter le spectre maléfique, se dessine.

Juppé sera un deuxième Pétain : prêt à nous vendre la trahison présentée comme raisonnable et inévitable, à nous appeler à la résignation et à la culpabilisation devant nos malheurs, à nous expliquer qu’il n’y a pas d’autre solution que le mondialisme, l’européisme, l’atlantisme, l’accommodement avec les musulmans forcément modérés, la tutelle allemande forcément éclairée et bienveillante.

Bref, un Juppé qui, comme Pétain, se fera une gloire de tout abdiquer, d’emmaillotter d’un beau ruban tous les renoncements, de justifier d’un grand discours toutes les lâchetés, et, pour que le cocuage soit complet,  en jouant la comédie du sacrifice personnel, pour mieux savourer l’encens du pouvoir.

La similitude  est totale , au point de donner à penser que Dieu pratique l’humour noir : ce sont les mêmes bourgeois, affairistes et mondains, qui nous expliquent que Juppé est « brillant » comme leurs parents disaient « le Maréchal saura quoi faire » .

Pétain avait au moins pour lui la Grande Guerre. Juppé n’a même pas cela.

Même dans la trahison, nous sommes décadents.

Trump : le détonateur

«... Et puis, dans l’euphorie générale de la farce, on s’est vite aperçu que c’est la gauche, moins suspecte de conchier le peuple, qui pouvait le mieux rouler le prolo dans la farine libérale. Dont acte. Et pour calmer la grogne due à la trahison, il y avait toujours l’alternance. Tout allait donc bien dans le meilleur des mondes

http://lesakerfrancophone.fr/trump-le-detonateur

Le 7 mars 2016 – Source entrefilets

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ID 20555592 © Zsemlee – Dreamstime.com

Aux États-Unis, le succès dévastateur du trublion Trump commence à faire sérieusement paniquer l’establishment. À Paris, la même panique saisit la caste dirigeante qui se voit désormais conspuée voire insultée dès qu’elle ose quitter ses palais. De part et d’autre de l’Atlantique, la machine à enfumer est en train de serrer. Les sans-dents se rebiffent et refusent même de marcher à la culpabilité. Dans leurs courriers des lecteurs comme dans leurs talk-shows tapissés de sourires hargneux, les gardiens du prêt-à-penser contemporain sont eux aussi renvoyés dans les cordes et découvrent, effarés, qu’en toute logique plus personne ne les distingue plus de leurs maîtres. Le rejet de la caste dirigeante et de son clergé médiatique est partout massif, global, sans nuances. Alors Trump ? Elvis ? Le Pen ou Astérix for Président ? Oui, «n’importe qui sauf vous», ose la plèbe. Après on verra bien.

Déconstruction

Petit retour sur l’imposture.

Durant des décennies, une sorte de «marxisme culturel» saupoudré de darwinisme économique a permis l’émergence d’une société libérale aussi inégalitaire qu’indécente.

La mécanique était bien huilée. Dans le Parti unique à deux têtes, le boulot de la gauche était de déconstruire le tissu social sous couvert de progrès sociétaux, de fabriquer un citoyen nomade atomisé, dressé à tout tolérer, tout accepter, tout aimer, à ne rien juger, rien condamner, réduit à la seule satisfaction compulsive de ses égoïsmes et de ses désirs.

Et ça a presque marché. Il aura suffi de profiter des vaches grasses pour le gaver, l’étourdir à coup de divertissements, de violence et de licence, de porno et de guerres aussi, de pain et de jeux donc, pour lui faire «aimer sa servitude». Et pour satisfaire ses agaçantes aspirations verticales, on lui aura taillé une mac-religion sur mesure, flatteuse et pas chère, où il pouvait s’acheter, entre deux jouets technologiques nécessairement abrutissants, quelque supplément d’âme au grand bazar de l’humanisme libéral globalisé, lui permettant ici de défendre le fox à poil dur, là des minorités de plus en plus improbables, là encore de défiler contre le Sida, le cancer ou l’herpès labial selon la mode, les trends, l’ennui du moment.

La droite, elle, était censée organiser l’exploitation efficace de cet homme nouveau enfin lobotomisé, enfin libéré donc, de tout et surtout de lui-même, cet homme mobile, servile, docile, asexué, plastique, malléable, corvéable et bien sûr jetable.

Et puis, dans l’euphorie générale de la farce, on s’est vite aperçu que c’est la gauche, moins suspecte de conchier le peuple, qui pouvait le mieux rouler le prolo dans la farine libérale. Dont acte. Et pour calmer la grogne due à la trahison, il y avait toujours l’alternance. Tout allait donc bien dans «le meilleur des mondes».

De Kim Jong-un au chikungunya

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Effet cigogne : Robert Kennedy Jr. à l’épreuve de la rhétorique « anti-complotiste »

Le 29 février dernier, nous publiions un article rendant compte des propos détonants de Robert F. Kennedy Jr. dans le magazine Politico, où il analysait le conflit en Syrie comme une guerre par procuration entre grandes puissances, dont l’enjeu était la bataille entre deux pipelines rivaux, l’un favorisant l’Iran, la Syrie et la Russie, l’autre le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie, mais aussi l’Union européenne et les États-Unis. La vision géopolitique proposée par RFK Jr. a déplu à certains observateurs du conflit syrien, dans la mesure où elle gommerait, selon eux, la lutte des Syriens modérés pour plus de liberté, réduisant ces derniers à des pions dans un « grand jeu » qui les dépasserait.

Pour stigmatiser cette vision, qu’ils jugent « réactionnaire », partagée pourtant par l’émission de France 2 « Un Œil sur la Planète », ils ont, comme à l’accoutumée, usé de l’accusation de « conspirationnisme ». Cela n’est pas bien grave, tant l’outrance de ce type d’accusation décrédibilise leurs auteurs. Pour autant, c’est une bonne occasion pour nous de développer une double réflexion : la première porte sur un aspect problématique de l’article de RFK Jr., qu’il convient d’affronter, la seconde sur la rhétorique communément employée par tous ceux qui semblent vouloir, sur des sujets controversés, notamment en matière de géopolitique, museler le débat public. Parmi ces derniers, nous retrouverons précisément des contempteurs de la thèse de RFK Jr.

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Robert Kennedy Jr.

Sources manquantes : Politico et WikiLeaks sollicités

Un passage de l’article de Robert Kennedy Jr. a été pointé du doigt par un lecteur, et dénoncé par lui comme étant de la désinformation. Voici ce passage en langue originale :

« Secret cables and reports by the U.S., Saudi and Israeli intelligence agencies indicate that the moment Assad rejected the Qatari pipeline, military and intelligence planners quickly arrived at the consensus that fomenting a Sunni uprising in Syria to overthrow the uncooperative Bashar Assad was a feasible path to achieving the shared objective of completing the Qatar/Turkey gas link. In 2009, according to WikiLeaks, soon after Bashar Assad rejected the Qatar pipeline, the CIA began funding opposition groups in Syria. It is important to note that this was well before the Arab Spring-engendered uprising against Assad. »

Et la traduction que nous en avions donnée (on peut aussi se reporter à celle que vient d’effectuer le Saker Francophone) :

« Des câbles secrets et des rapports des services de renseignement américains, saoudiens et israéliens indiquent qu’au moment où Assad rejeta le pipeline du Qatar, des planificateurs arrivèrent rapidement au consensus que fomenter une insurrection sunnite en Syrie pour renverser le peu coopérant Bachar el-Assad serait une voie praticable pour réaliser l’objectif partagé de l’achèvement du pipeline Qatar/Turquie. En 2009, d’après WikiLeaks, peu après que Bachar el-Assad rejeta le pipeline du Qatar, la CIA commença à financer les groupes d’opposition en Syrie. Il est important de noter que c’était bien avant le soulèvement contre Assad engendré par le Printemps arabe. »

On remarque ici que l’article de Politico renvoie, par un lien, à un article du Washington Post, censé prouver ses allégations. Or, que nous dit cet article ? Que le Département d’État américain a financé secrètement des groupes d’opposition à Bachar el-Assad dès 2006, sous la présidence de George W. Bush, et ce au moins jusqu’à septembre 2010, sous la présidence de Barack Obama (sans que l’on sache dire si ces financements ont alors cessé). La source de l’information, ce sont des câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks, dont celui-ci. Le Washington Post n’évoque pas le rôle de la CIA, ni un début de financement de dissidents en 2009 après le refus par Assad du pipeline du Qatar.

Par ailleurs, la première assertion de Robert Kennedy Jr., selon laquelle « des câbles secrets et des rapports des services de renseignement américains, saoudiens et israéliens indiquent » qu’un consensus a très vite été trouvé entre différents protagonistes pour renverser Assad après son refus du pipeline qatari, n’est étayée par aucune source. Nous n’en avons pas trouvé non plus de notre côté. Quand bien même Politico est une source réputée sérieuse, et RFK Jr. un personnage éminent, leur information est ici néanmoins sujette à caution. Nous avons donc contacté par mail à la fois la rédaction de Politico et le service de presse de WikiLeaks, dans l’espoir d’un éclaircissement. Wait and see

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L’exceptionnalisme américain nous offre une élection sortie tout droit de l’enfer.

William BLUM

Si la course à la présidentielle américaine se termine avec Hillary Clinton contre Donald Trump, et que mon passeport se retrouve confisqué, et que je suis en quelque sorte forcé de choisir entre les deux, ou que l’on me paie pour le faire (il faudrait que cela soit bien payé) … je voterai pour Trump..

Ma principale préoccupation est la politique étrangère. La politique étrangère américaine est la plus grande menace pour la paix mondiale, la prospérité et l’environnement. Et quand il s’agit de politique étrangère, Hillary Clinton est un véritable désastre. A cause d’elle, de l’Irak et la Syrie à la Libye et le Honduras, le monde est devenu un endroit bien pire ; si bien que je la considère comme un criminel de guerre qui devrait être poursuivi. Et il ne faut pas s’attendre à beaucoup mieux sur les questions intérieures de la part de cette femme qui a reçu 675.000 $ de Goldman Sachs – une des sociétés les plus réactionnaires, anti-sociales dans ce triste monde – pour quatre discours, et bien plus encore de dons au cours des dernières années. Ajoutez à cela le siège qu’elle a occupé pendant six ans au conseil d’administration de Walmart alors que son mari était gouverneur de l’Arkansas. Peut-on espérer modifier le comportement des grandes entreprises en acceptant leur argent ?

Le Los Angeles Times a publié un éditorial le lendemain des multiples élections primaires du 1er mars qui commençait ainsi : « Donald Trump n’est pas apte à être président des États-Unis », puis a déclaré : « La réalité est que Trump n’a aucune expérience de gouvernement. »

Quand je dois faire réparer ma voiture, je cherche un mécanicien qui connaît mon modèle de véhicule. Quand j’ai un problème de santé, je préfère un médecin spécialisé dans la partie de mon corps qui est malade. Mais quand il s’agit d’hommes politiques, l’expérience ne signifie rien. La seule chose qui compte est l’idéologie. Pour qui préféreriez-vous voter ? Pour une personne avec une expérience de 30 ans au Congrès qui ne partage pas du tout vos opinions politiques et sociales, et qui est même contre, ou quelqu’un qui n’a jamais exercé une fonction d’élu, mais qui est un compagnon idéologique sur chaque sujet important ? Les 12 années de Clinton à des postes élevés du gouvernement n’ont aucune importance à mes yeux ;

A propos de Trump, The Times a continué : « Il a honteusement peu de connaissances sur les problèmes auxquels sont confrontés le pays et le monde. »

La connaissance est teintée par l’idéologie. En tant que secrétaire d’Etat (Janvier 2009-Février 2013), et avec un bon accès aux informations, Clinton a joué un rôle clé dans la destruction en 2011 de l’État providence moderne et laïque de la Libye, en provoquant dans un chaos total son effondrement, conduisant à la dispersion généralisée vers les points chauds d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient de l’énorme arsenal d’armes que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi avait accumulé. La Libye est maintenant un refuge pour les terroristes, d’Al-Qaïda à ISIS, alors que Kadhafi avait été un ennemi de premier plan des terroristes.

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L’Union européenne tombera d’un coup

Comme un château de cartes

Publié le 10 mars 2016 à : / Monde Politique

L’UE ira-t-elle vers la mort après une longue agonie ou bien le Brexit signera-t-il le début de sa véritable fin?

http://www.causeur.fr/union-europeenne-brexit-euro-schengen-37056.html

Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l’Union européenne aura un jour fait son temps. Les craquements que l’on entend aujourd’hui : crises de l’euro, récession, vagues migratoires hors de contrôle, guerre en Ukraine, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel  facteur sera fatal à l’édifice dont les bases, jetées dans le courant des années 50, semblent vermoulues : crise économique ou événement militaire ou encore élection d’une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.

Ce que l’on peut affirmer en revanche, sans crainte de se tromper, est que cette chute se fera d’un coup, comme celle de l’Union soviétique. Même si l’Union européenne n’a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste1, elle n’en est pas moins, elle aussi, un système idéologique, d’une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore, selon l’expression de Hayek, constructiviste. De Gaulle disait une « chimère ».

Des effets contraires aux buts poursuivis

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont recherchés. Lénine avait promis « le pain, la paix, la liberté », l’URSS eut la famine, une économie de guerre et l’esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession, la désindustrialisation, la crise agricole, la vassalisation au sein de l’OTAN, l’ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires (au bénéfice du basic english) disqualifient chaque jour ces promesses. Il n’est jusqu’à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles, comme l’a dit  Helmut Schmidt2,  a eu sa part de responsabilités, qui ne démente l’idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l’Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d’absurdité suscité non seulement par ces contre-performances mais aussi par l’accumulation de règles qui paraissent arbitraires (et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d’EDF), un sentiment qui n’est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les anciens dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski) furent d’ailleurs unanimes à souligner les ressemblances. Chez les nouveaux adhérents de l’Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l’intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n’en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu’on met de manière fallacieuse sur le compte de l’Europe de Bruxelles s’est en réalité développé en dehors, sous la forme d’une coopération naturelle sans caractère idéologique : Airbus, Ariane, l’OCCAR3. A l’inverse, Galileo, pur produit de l’Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

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