La mixité sociale et le sanglot de l’homme blanc

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Mixité

Najat Vallaud-Belkacem a produit, sur la mixité sociale au collège, un nouveau discours à la Pimprenelle qui a évidemment fait froid dans le dos de tous les parents désormais appelés à sacrifier leurs enfants sur l’autel d’une idéologie culturaliste de plus en plus débilitante. On se demande jusqu’où le sanglot de l’homme blanc sera poussé pour justifier l’injustifiable: l’abandon du mérite républicain au profit d’une idéologie où l’égalitarisme dissimule l’échec de l’Etat et un conservatisme aristocratique bien senti.

Mixité sociale ou conspiration des cancres?

Il faut lire le « discours » de la ministre pour comprendre l’intention véritable de sa politique en matière de mixité sociale:

Lorsque la ségrégation scolaire tire vers les <sic> bas les élèves fragiles, lorsque la ségrégation sociale éloigne les valeurs républicaines de la vie quotidienne de trop d’élèves, la résignation n’est pas de mise.

La lutte pour la mixité sociale ne vise pas à assurer la réussite des meilleurs élèves (les méritants) issus de milieux modestes. La politique ministérielle vise au contraire à aider les élèves fragiles et à diminuer la ségrégation qui éloigne des valeurs républicaines.

L’antienne est bien connue: on sauvera les cancres en freinant la progression des meilleurs. Il fut un temps où l’école de la République voulait fabriquer une élite ouvrière pour donner aux autres l’envie de s’en sortir. Le mot d’ordre est aujourd’hui radicalement inverse: il faut fabriquer une sorte de ventre mou de la médiocrité scolaire pour faire oublier aux élèves nuls qu’ils sont nuls.

Mixité sociale et valeurs républicaines

A ce renversement des valeurs, on ajoute désormais un couplet sur les valeurs républicaines qui s’adresse, sans le dire clairement, à tous ces gamins qui faisaient des rondes de joie dans les « quartiers » le soir de l’attentat contre Charlie Hebdo. Si une quantité non négligeable de petits Beurs s’est réjouie, le 7 janvier au soir, de la mort de Charb, ce n’est évidemment pas un problème d’appartenance religieuse. C’est parce que ces adolescents sont victimes de ces méchants Français qui pratiquent la ségrégation.

Il faut, une fois de plus, que l’homme blanc verse une larme sur sa culpabilité. L’homme blanc est responsable de tout: des crimes qu’il a commis et des crimes que les autres commettent.

Car la République se fonde sur un principe de responsabilité différentielle: quand un autochtone commet une faute, il en porte la responsabilité. Quand un immigré commet une faute, il peut la rejeter sur les autochtones, qui ont forcément dû faire quelque chose qui a conduit l’immigré à se mettre en tort.

La mixité sociale consiste donc à réparer nos torts apparents et cachés. Bien entendu…

Mixité sociale et communauté arabo-africaine

Si le discours ministériel est resté très châtié sur le sujet, il faut revenir à la note (produite 15 jours après les attentats de janvier) du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) présidé par l’incontournable Nathalie Mons (en charge de l’évaluation globale des expérimentations que Najat Vallaud-Belkacem a lancées ce matin) pour en comprendre le sens.

Cette note est intéressante parce qu’elle produit des analyses ethniques sur la « ségrégation sociale » en France.

Je livre ici quelques-unes des conclusions du document:

Globalement, les enfants d’immigrés sont plus souvent sans diplôme que la population autochtone : 18 % d’entre eux ne décrochent pas un diplôme du second cycle du secondaire, contre 12 % des natifs. Si, pour les élèves immigrés d’Asie du Sud-Est, ce taux de non-diplomation avoisine celui des enfants qui ne sont ni immigrés, ni enfants d’immigrés, il dépasse la barre des 20 % pour les jeunes d’origine algérienne (24 %), d’Afrique Sahélienne (20 %), du Maroc ou de Tunisie (20 %).

Autrement dit, s’il existe des différences de réussite scolaire selon de critères ethniques, celles-ci ne concernent que les Africains et les Arabes. Les Asiatiques ne sont pas plus frappés par l’échec scolaire que les autochtones.

La note ajoute ce point intéressant:

Près de 15 % des descendants d’immigrés déclarent « avoir été moins bien traités» lors des décisions d’orientation soit trois fois plus que la population majoritaire dans l’étude. Les élèves originaires du Maghreb (en particulier d’Algérie avec un élève sur cinq) ou de l’Afrique centrale ou de Turquie (30 %) sont ceux qui déclarent le plus ressentir ce sentiment d’injustice, les garçons dans une plus forte proportion que les filles.

Manifestement, les populations venues de pays à majorité musulmane (et singulièrement les Algériens) sont souvent en échec scolaire et se considèrent largement comme victimes de racisme.

La politique de mixité sociale lancée par la ministre vise, sans le dire clairement, à s’attaquer à ce problème.

Mixité sociale et ségrégation d’Etat

Ce sentiment de ségrégation se nourrit de trois causes majeures contre lesquelles la ministre a décidé de ne pas lutter, bien au contraire.

Première cause: ces grandes barres de logements sociaux, souvent à la périphérie des centres, dans lesquelles se concentrent des populations immigrées plus ou moins abandonnées à elles-mêmes ou aux fraternités religieuses. Alors que le gouvernement pourrait décider de les dynamiser en favorisant, chez les locataires, l’accession à la propriété, c’est le choix inverse qui domine. Les bailleurs sociaux vont bénéficier d‘exemptions fiscales fortes à partir de 2016 pour pouvoir construire encore plus de barres et de grands ensembles sans aucune obligation de mixité!

Deuxième cause: l’orientation scolaire, qui donne à des conseillers incompétents et amortis le pouvoir de détruire des destins individuels en toute impunité. Ces conseillers sont des fonctionnaires de l’Education Nationale, mais la ministre évite savamment de remettre en cause leur toxicité et fait l’impasse sur leur responsabilité. C’est tellement plus facile d’invoquer des responsabilités collectives, que dis-je, des fautes collectives! plutôt que de débusquer les vrais coupables.

Troisième cause: la carte scolaire, qui constitue un puissant élément d’aménagement du territoire. Chacun le sait: le prix du mètre carré à Paris est directement lié au collège de rattachement des enfants. Sur ce point également la ministre évite soigneusement de prendre le taureau par les cornes.

Mixité sociale et réforme des collèges

On notera au passage que certains collèges avaient sorti leur épingle du jeu en créant des classes de niveau ou des options discriminantes: c’était une façon acceptable de maintenir de bons élèves dans de mauvais collèges, dans la mesure où il pouvait bénéficier d’un enseignement renforcé qui participait de fait à une mixité sociale de bon aloi.

La réforme du collège a évidemment prohibé ces scories du libéralisme capitaliste maintenues de façon anachronique dans le monde merveilleux du sovkhoze éducatif qui nous est promis. La réforme des collèges se traduit donc par une réduction à court terme de la mixité sociale, dans la mesure où les familles qui en ont les moyens choisiront massivement de déménager pour rejoindre une zone dotée d’un collège de compétition.

Tant pis pour les pauvres qui n’ont pas les moyens. Il leur est maintenant explicitement demandé de revenir à l’enfer des classes violentes dont ils ont eu l’outrecuidance de vouloir s’extirper. Dans le monde socialiste, les pauvres restent pauvres, et les riches restent riches. Aucune passerelle ne doit exister entre les deux mondes.

Mixité sociale et sens du sacrifice

On l’a vu, la question de la mixité sociale se pose en effet essentiellement autour de la communauté arabo-africaine, et c’est elle que la ministre a en tête lorsqu’elle aborde le sujet. C’est cette communauté-là que la technostructure éducative identifie comme la source des problèmes.

Une politique intelligente pourrait consister à ramener l’ordre dans la communauté, en adoptant les principes qui sont en vigueur pour les autres communautés immigrées, notamment asiatiques: acceptation des règles en usage en France, renoncement au voile, sanctions pour les récalcitrants et francisation dans notre creuset culturel. Cette sage politique a permis d’intégrer sans difficulté les Italiens, les Polonais, les Belges, les Portugais, les Chinois, les Cambodgiens, les Viêtnamiens et même les Libanais en leur temps.

Au lieu de ce rappel à la loi de la République, c’est le sacrifice individuel qui nous est demandé: soyez bons et généreux, messieurs et mesdames. Sacrifiez vos enfants! envoyez-les dans ces collèges sans avenir où les enseignants eux-mêmes convoquent les parents pour les inviter à changer leurs enfants d’établissement.

Car la ministre ne le dit pas clairement, mais les parents qui n’ont pas trouvé de « filière » pour éviter les collèges difficiles sont d’ordinaire convoqués par les enseignants soucieux de la réussite des meilleurs. Et le discours officiel est alors: changez vite d’établissement!

Mixité sociale et logique aristocratique

Ce que ne dira jamais Najat Vallaud-Belkacem, bien entendu, c’est que la mixité sociale doit s’arrêter là où l’aristocratie parisienne commence. Personne n’a idée de demander au collège Henri-IV de faire de la mixité sociale avec les pires collèges parisiens. Comme d’habitude, les prêchi-prêcha égalitaires et culpabilisants seront limités aux quartiers défavorises, mais la ministre se garde bien, curieusement, de donner l’exemple en inscrivant ses enfants dans une école de la Goutte d’Or.

Et c’est bien ce qui est agaçant dans ce discours de la mixité sociale: il est porté par ceux qui ne le mettront jamais en pratique, et il ne stigmatise que ceux qui y sont contraints. Et comme d’habitude, la mixité sociale n’est vantée que par ceux qui y échappent.

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