La «superpuissance humanitaire» suédoise en peine

La Suède n’arrive plus à loger les réfugiés et doit revoir sa politique d’accueil jusqu’ici généreuse.

«Nous ne pouvons plus garantir de logement à tous les réfugiés. Si vous avez un toit au-dessus de votre tête en Allemagne, mieux vaut sans doute y rester», a expliqué Morgan Johansson, ministre suédois de l'immigration le 5 novembre 2015.

Débordée par l’arrivée de migrants, la Suède se heurte aux limites de sa politique d’ouverture. La «superpuissance humanitaire» se voit contrainte de réduire ses ambitions.

«La situation n’est plus tenable», constate le premier ministre Stefan Löfven. «La Suède ne peut plus accueillir les réfugiés comme elle l’a fait jusqu’ici», a ajouté celui qui excluait encore au printemps l’idée d’un «plafond» à l’immigration.

Le royaume scandinave, dont un habitant sur cinq est d’origine étrangère, s’attend à recevoir jusqu’à 360’000 nouveaux migrants en 2015 et 2016, l’équivalent de 3 millions d’entrées à l’échelle de l’Allemagne, 2,2 millions à celle de la France.

Envoyé au front pour muscler le discours gouvernemental adressé aux candidats à l’asile, le ministre de l’immigration, Morgan Johansson, a prévenu: «Nous ne pouvons plus garantir de logement à tous les réfugiés. Si vous avez un toit au-dessus de votre tête en Allemagne, mieux vaut sans doute y rester».

Comme pour appuyer ses propos, l’agence des migrations a annoncé avoir fait dormir jeudi soir 50 migrants dans les couloirs de sa direction générale.

Aide financière

Le ministère des finances, afin de parer à l’urgence sans laisser filer les dépenses publiques, suggère de puiser massivement dans l’aide au développement: jusqu’à 60% des crédits réservés dans le budget 2016.

Sans chiffrer ses prétentions, Stockholm veut également faire main basse sur le quota de 54’000 migrants alloué à la Hongrie dans le cadre de l’accord européen de relocalisation récusé par Budapest.

Les États de l’UE n’ayant accueilli qu’un petit nombre de migrants doivent récupérer ceux dont la Suède ne veut plus, plaide le chef de gouvernement suédois. Stockholm aspire enfin à une aide financière extraordinaire de la Commission européenne.

Saignée par l’exil de plus d’un million de paysans et d’ouvriers pauvres vers l’Amérique du Nord entre 1840 et 1930, la Suède s’est convertie à l’immigration dans les années 1950.

Officiellement indépendante de toute alliance militaire, généreuse, laissant ses frontières ouvertes, elle est depuis l’une des principales destinations des réfugiés en Europe.

Tour de vis prôné

En 2014, le chef du gouvernement, le conservateur Fredrik Reinfeldt, présentait le pays comme une «superpuissance humanitaire». Un an plus tard, son parti, revenu dans l’opposition, prône un tour de vis pour endiguer les flux.

En effet, les coupes réalisées depuis 25 ans dans l’État-providence, qui avait fait du «modèle suédois» un paradigme de croissance et de progrès social, pèsent sur les ressources. L’économie suédoise, 17e mondiale par habitant (Banque mondiale, 2014), n’a plus les moyens de ses ambitions.

Les derniers demandeurs d’asile arrivés dorment sur le béton de hangars désaffectés ou d’anciennes prisons. Hôpitaux, écoles et services sociaux saturent; les immigrés de longue date, en proie au chômage de masse, voient des quartiers en déshérence se peupler encore plus.

«C’est bien beau de jouer les bons samaritains, mais les banlieues où atterrissent les migrants sont déjà hors système», témoigne Alex Ngabo, militant associatif à Tensta, un quartier du nord de Stockholm dont 87% des habitants sont issus de l’immigration.

1700 demandes d’asile par jour

Le premier ministre a négocié le mois dernier avec la droite une restriction des conditions d’accueil qui ne devrait s’appliquer qu’à la fin de l’année prochaine. En apparence, ces mesures, qui prévoient notamment de durcir les conditions du regroupement familial, sont purement techniques.

Pour l’heure, elles n’ont pas eu l’effet escompté. Plus de 1700 demandes d’asile ont été déposées mercredi, autant jeudi, un niveau proche des records d’octobre.

Mais il pourrait s’agir aussi pour le gouvernement minoritaire de gauche de donner un peu d’air à l’opposition parlementaire classique face aux démocrates de Suède (extrême droite), dont les enquêtes d’opinion montrent qu’ils tirent les marrons du feu migratoire.

Les sociaux-démocrates n’oublient pas non plus que ce parti populiste courtise une fraction de leur électorat traditionnel, les catégories modestes les plus exposées à cet afflux inédit depuis l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990.(ats/nxp)

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