Petit-Clamart : qui savait ?

 Tout commence à Clamart, sur une avenue bruyante. L’homme me désigne un bout de trottoir : « C’est ici que je me trouvais. Nous étions une douzaine, répartis dans trois véhicules. C’était la dix-septième embuscade en cinq mois. » Lajos Marton a 84 ans. Il est l’un des derniers survivants du commando qui tenta d’assassiner le général de Gaulle, le 22 août 1962, à 20 h 10, près du rondpoint du Petit-Clamart. Sûr de lui, Marton désigne un carrefour un peu plus haut : « Bastien-Thiry était posté là-bas. Quand la DS de De Gaulle est arrivée, il a levé son journal. C’est le signal que nous attendions. Mais le convoi roulait à plus de 120 kilomètres-heure, sans doute pour déjouer les tentatives d’attentat. J’ai levé ma Thompson et j’ai tiré onze balles. Mais j’ai raté de Gaulle… Je ne me le pardonnerai jamais. »

Lajos Marton est un ancien officier hongrois passé à l’Ouest en 1956. Condamné à mort par la justice française, il effectuera finalement moins de cinq ans de prison. Après plus d’une heure d’entretien, je lui demande : « Qui renseignait l’OAS sur les itinéraires de De Gaulle ? » Marton me répond sans ciller : « Deux personnes infiltrées au plus haut sommet de l’État : Michel Poniatowski et le ministre des Finances de De Gaulle, alors âgé de 36 ans, Valéry Giscard d’Estaing. »

VGE renseignant les hommes de l’OAS ! Giscard complice d’une tentative d’assassinat contre le général de Gaulle ! Je décide de retirer ce passage de mon documentaire. Mais le lendemain, j’interroge un historien spécialiste des guerres coloniales : Alain Ruscio. Le chercheur m’a apporté Nostalgérie, son dernier livre consacré à l’histoire de l’OAS. Coïncidence, Ruscio y cite largement les propos du chef du commando, lors de son procès, le colonel Jean Bastien-Thiry, officier catholique, polytechnicien, condamné à mort, puis exécuté. Je lis cette phrase : « M. Giscard d’Estaing, dès cette époque, était inscrit à l’OAS, dans l’un de ces réseaux […], sous le n° 12 B. »

Selon Alain Ruscio, en cette année 1962, Giscard participait au Conseil des ministres et n’ignorait rien des déplacements de De Gaulle. Il comptait dans son cabinet un certain André Regard, haut cadre issu de l’Inspection des finances et… responsable de l’OAS en métropole sous le pseudonyme de “Raphaël” !

En 1974, de nombreux anciens de l’OAS animeront la campagne présidentielle de Giscard, comme Hubert Bassot ou Claude Dupont. Certes, tout cela ne fait pas de VGE un suspect. Mais l’ancien président, informé de mon documentaire et invité à réagir, “n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet”. Dommage.

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