Les gens des arbres, les gens de pirogues et Philippe de Villiers: commentaires de deux lectures récentes

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Je viens de finir le dernier livre de  Jean-Claude Guillebaud « Je n’ai plus peur »  et je ne saurais trop en recommander la lecture à mes amis de l’IDL. Guillebaud est ce qu’il est convenu d’appeler un Chrétien de gauche (Journaliste  à Témoignage Chrétien, au Monde diplomatique, correspondant de guerre au Monde), ce qui d’habitude n’est pas ma tasse de thé. Mais curieusement, il m’a toujours beaucoup intrigué  et j’ai du lire tous ses livres. La  cause de cet intérêt qui ne se démentît  jamais est simple : c’est un homme qui est intellectuellement honnête et qui cherche à comprendre.  Et il ne change pas sa grille de lecture en fonction de ce qu’il découvre sur le terrain. Il ne ment pas pour défendre son camp. C’est donc un honnête homme au sens du XVIIIème siècle Français, et entendre son point de vue, c’est s’enrichir intellectuellement.

Son dernier livre raconte son histoire personnelle et il s’agit donc d’une espèce d’autobiographie  et comme il a mon âge, les événements qu’il a traversés sont aussi ceux qui ont marqué ma vie, ce qui me touche car il parle avec beaucoup de délicatesse des souffrances que les uns et les autres ont enduré. Il écrit des choses bouleversantes sur les guerres dont il a été un témoin privilégié.

Fils d’un général Gaulliste, sa mère était une « pied noir » Algérienne, opposée à l’indépendance et donc sa famille fut traversée de part en part par les drames qui ont marqué la  rupture des deux communautés et ses parents se séparèrent.

J’y reviendrai.

Dans ce livre, il explique que les Polynésiens ont une conception très intéressante de la coupure qui existe dans toutes les sociétés entre les sédentaires et les aventuriers.  Dans chaque génération, il y a des gens des arbres et des gens des pirogues. Les gens des arbres veulent vivre là où ils sont nés, les gens des pirogues quand à eux veulent voir si l’herbe n’est pas plus verte dans l’ile au delà de l’horizon. Mais tous, ils savent que sans arbres, il n’y aurait pas de pirogues, et que sans les gens des pirogues, il n’y aurait pas sans doute assez d’arbres pour tout le monde…Et donc les deux espèces se comprennent et s’aiment bien puisque les deux savent que chacun est né homme des arbres ou homme des pirogues.

Ce qui m’amène à la deuxième de mes lectures, celle du dernier livre de Philippe de Villiers. Monsieur de Villiers est un homme des arbres. Il décrit merveilleusement l’éthique qui sous tendait toute la famille des Villiers, tous soldats (et non pas militaires), tous n’ayant qu’un but: «servir» la France, ce qui en ces temps là était la marque de l’élite, de gauche comme de droite. Il décrit avec un talent de plume qui ne se dément jamais sa stupéfaction quand, jeune élève de l’ENA, il rencontre tous ceux qui allaient déterminer l’histoire de la France. Et là, sa surprise fut totale.

Tout d’abord, les énarques dans leur majorité n’avaient absolument pas intégré la notion de « Service Public » qui était jusque là le ciment essentiel qui unissait toute la haute fonction publique en France. Tout le mode de sélection les préparait à faire des carrières individuelles les plus brillantes possibles, le seul but étant de ne pas fâcher les puissants du moment. Comme le disait le chancelier d’Aguesseau au XVIIIème siècle : « Avoir l’esprit vif et une plume facile passe pour de l’intelligence en France ». Nos énarques étaient choisis en fonction de ces deux critères et cela se voyait très clairement.

Ensuite, ayant été mis en contact de façon fortuite et tres tôt dans sa carrière aussi bien avec Chirac qu’avec Giscard, il fait des deux un portrait terrible. Pour Chirac, qui à l’évidence l’amusait, il explique que dans le fond c’était un grand ambitieux, bénéficiant d’une force vitale inouïe, mais sans aucune conviction ni aucun projet pour le pays.

Il est beaucoup plus sévère pour Giscard que Monnet aurait convaincu que l’histoire de France était terminée tant la France était trop petite pour peser sur le cours des choses et que donc elle devait disparaitre pour se fondre dans un Etat fédéral Européen, ce qui était d’ailleurs la thèse de la haute administration Française et des socialistes. Le but de Giscard était donc tout simplement la disparition de la Nation.

Et donc, il découvrit avec stupeur que tout le personnel politique influent et que tous les media étaient non pas  des « hommes des pirogues » ou des « hommes des arbres », ce qui aurait été compréhensible, mais des hommes qui méprisaient ce que la France avait pu représenter dans son Histoire. En fait, ils n’aimaient pas la France et constituaient ce que de Gaulle avait appelé «le parti de l’étranger».

Mais il y a pire.Non contents de constituer le parti de l’étranger, ils en étaient venus à mépriser profondément  les « gens des arbres» Français, c’est-à-dire ceux qui comme Philipe de Villiers ne vivaient que par les racines qu’ils avaient profondément enfouies dans le sol de France. Et ce mépris était le fait de toute la classe politique de gouvernement, de droite comme de gauche. Eussent-ils été des gens des pirogues de qualité, ils auraient pu lancer la France vers des horizons nouveaux et prometteurs vers lesquels les Français auraient pu se projeter. Il n’en fut rien, leur seul but étant de se constituer des rentes en utilisant la connaissance qu’ils avaient des mécanismes administratifs Français ou Européens pour faire croitre un pouvoir totalement stérile. Et cela, ils le firent en abandonnant les gens des arbres  locaux à leur triste sort. Ils ouvrirent de fait la France à ces gens de l’étranger,  tout en se protégeant eux-mêmes autant qu’ils le pouvaient,  et en laissant les Français de base complètement dépourvus du soutien auxquels ils auraient eu droit pour s’adapter a ce monde qui s’ouvrait.

Et l’on s’étonne que le Front National fasse des plus hauts dans les sondages.

Depuis Pétain, personne n’a plus trahi la France que ces gens là mais au moins Pétain avait l’excuse de prendre le pouvoir, ou plutôt de le ramasser tant il était tombé bas, après la plus grande défaite militaire de notre histoire.

Revenons à mes deux auteurs.

Chacun aura compris que je pense que Jean-Claude Guillebaud est un homme des pirogues, mais de  grande qualité. Et quelque chose dans sa biographie m’a beaucoup touché. Pour rester sain d’esprit, il a consacré tout son temps libre et une grande partie de ses revenus à restaurer dans le centre de la France la gentilhommière que son père occupait après la séparation d’avec sa femme.

Et il explique ces sacrifices en disant que pour lui c’était une question vitale.Quelque part, sous l’homme des pirogues on retrouve l’homme des arbres. Et tous ses amis dans la région étaient de robustes chênes. En lisant son livre, on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne semble pas avoir une grande considération pour la gens politico médiatique qu’il croisait lors de ses retours à  Paris. Homme des pirogues, il l’a été plus que quiconque, mais cela ne voulait dire en rien qu’il méprisait les gens des arbres avec qui il avait passé son enfance. Et cela me fait penser au poème de du Bellay (je cite de mémoire ce poème que j’avais appris tout seul pendant ma quinzième année)

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

Ou comme cestui la qui conquit la toison

Et s’en vint, plein de sagesse et de raison

Passer au pays le reste de son âge

On peut être homme des pirogues toute sa vie et vouloir mourir au pays. Et pour cela, il faut tout faire pour que le pays ne meure pas. Ce qu’il a fait.

Quant à Philippe de Villiers,  homme des arbres s’il en fut, puisqu’on voulait lui couper ses racines ainsi qu’à tout le reste des Français, il se lança dans une entreprise complètement folle : Créer au milieu de la Vendée un « lieu » ou les Français pourraient se retrouver tous ensemble pour littéralement communier dans leur histoire commune.

Il a donc créé, au Puy du Fou (peut-on imaginer un nom plus Français ?) un parc d’attraction dont la vedette unique est la France, une espèce d’anti Disney World. Et c’est un succès immense, non seulement Français, mais mondial, ce qui montre bien que la France encore quelque chose à dire au monde.

En conclusion, je fais un rêve un peu fou.J’aimerais qu’aux prochaines élections Présidentielles, le pays ait le choix entre deux hommes de qualité. L’un représentant les arbres et ma tentation serait de proposer Philippe de Villiers lui-même, l’autre représentant les pirogues, mais là je n’ai pas de nom qui me vienne à l’esprit.

Mais bien sûr, cela impliquerait que nous nous soyons d’abord débarrassés des représentants minables du parti de l’étranger qui occupent le terrain depuis la mort de Pompidou, qu’ils soient de gauche ou de droite. Or, ils ne vont pas se laisser chasser sans combattre tant le sort du pays leur importe peu.

J’ai donc des doutes.

Mais j’ai bien dit que c’était un rêve.

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