Robert Redeker : « L’inhumain terrorisme compassionnel »

Valeurs d’avenir. Robert Redeker est philosophe. Victime d’une fatwa pour avoir publié un texte critique sur Mahomet, il vit sous protection policière. Pour lui, « l’image de l’enfant noyé foudroie, nécrose l’intelligence. Elle réussite à changer le citoyen en un perroquet humanitaire, en un anticitoyen ».

Il n’y a pas, dans l’espace public, d’image innocente. Il ne peut exister ni diffusion innocente ni contemplation anodine d’une image. Une image est diffusée pour provoquer des effets sur ceux qui la regardent. La photo d’un petit réfugié syrien mort noyé sur une plage turque a été relayée par les médias et reçue par les citoyens français avec une consternante naïveté. Peu de voix, si ce n’est celle, courageuse, de Michel Onfray, se sont élevées pour neutraliser les effets de cette photographie, pour énoncer malgré elle les questions politiques que la raison impose (en particulier : un peuple peut-il être contraint d’accueillir des centaines de milliers de réfugiés d’une culture fort différente de la sienne sans être averti des conséquences à long terme de cet apport de sang neuf, ni être consulté par référendum sur son accord pour pareille transplantation de population ? ).

Sauf à Saint-Germain-des-Prés et dans quelques beaux quartiers, au Flore et au Festival d’Avignon, la France vit une crise identitaire. Cette crise est démographique (les Français se posent, à tort ou à raison, la question de la composition ethnique de leur peuple) et culturelle (nos concitoyens attachés aux racines chrétiennes et athées de la culture nationale s’inquiètent des revendications de l’islam tout en s’interrogeant sur le sens de l’islamomanie galopante des élites).

La “classe discutante”, pour employer la formule de Donoso Cortès, que l’on peut appeler aussi la classe jacassante, composée de la plupart des journalistes, des politiciens, des intellectuels et du show-business, qui s’est arrogé le droit de parler à la place des Français, se ligue pour empêcher l’émergence de ces questions, pourtant naturellement liées à tout déplacement de populations. Le mot juste est lâché : cette classe ne considère pas la France comme une nation constituée par un peuple, mais comme une population, c’est-à-dire un agrégat d’individus hors sol. Le mot “population” est une machine de guerre contre les mots “peuple” et “nation”.

Cette image est médusante ; elle foudroie, nécrose l’intelligence. Elle condamne toute réflexion à l’indécence. Elle veut être le point final. Après elle, du point de vue de ceux qui la manipulent pour imposer sans débat leurs idées, ne peut subsister que l’action réflexe, l’action au garde-à-vous devant les diktats de la compassion. Bref, cette image est l’analogue visuel du mot d’ordre. Mieux : elle est un mot d’ordre déguisé en image. Elle impose un unanimisme aussi muet qu’acéphale ; elle contraint chacun au psittacisme, à la répétition en boucle de formules toutes faites et toutes creuses sur l’accueil, la générosité et les valeurs. L’image de l’enfant noyé a réussi son office, changer le citoyen en un perroquet humanitaire, en un anticitoyen. Cette image envoie un message : taisez-vous. Ne pensez pas, pleurez ! Ne pensez pas, culpabilisez-vous ! Ne pensez pas, obéissez à la voix unanime de ceux qui ont droit à la parole !

Il est exigé qu’un comportement suive immédiatement la vue de l’image, sans réflexion aucune. Image sidérante à laquelle il est impossible de répondre autrement qu’en se moulant dans le conformisme obligatoire. Au terrorisme intellectuel, sorte de chantage intellectuel qui empêchait de s’écarter de l’idéologie dominante, s’adjoint désormais le terrorisme compassionnel, chantage affectif qui rejette dans le clan inconfortable du Mal, du Grand Satan, toute lueur d’intelligence critique.

Toute image appelle la réflexion. Or, celle du petit réfugié noyé est exhibée pour interdire la réflexion. Elle est un étouffe-pensée. Ainsi manipulée, cette photographie devient liberticide. Ce sont bien les libertés politiques qui sont paralysées par l’usage compassionnel de la photographie. Au-delà de la liberté, si l’homme est à la fois l’animal doué de raison et l’animal politique, la substitution de la compassion à la raison et du réflexe pavlovien à la politique a des effets déshumanisants. Humanitaire en apparence, le terrorisme compassionnel est destructeur d’humanité, il est inhumain.

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