Franck Allisio (LR) : « Pourquoi je rejoins le Front national »

Publié le 13/09/2015 à 11:27

Photo Twitter.

INTERVIEW – Le président des Jeunes actifs, le mouvement des trentenaires chez Les Républicains, a décidé de rallier le FN et Marion Maréchal Le Pen en Paca. A 35 ans, cet ancien collaborateur de Roger Karoutchi et Pierre Lellouche explique au Figaro qu’il ne veut « pas être une nouvelle fois complice de la trahison des électeurs ».

LE FIGARO.- Vous quittez les Républicains pour rejoindre le Front national et Marion Maréchal-Le Pen. Pourquoi?

Franck ALLISIO.- Je prends cette décision aujourd’hui car j’ai compris que l’on ne pourra pas changer mon parti de l’intérieur. La déconnexion, le fossé, entre ce que pensent les électeurs et nos dirigeants ne cesse de s’agrandir. Il n’est plus possible d’expliquer que l’on soit si fort en gueule lorsqu’on se trouve dans l’opposition et si faible en actes quand on est au pouvoir. C’est pourtant cela qui nous est sans cesse reproché sur le terrain.

Ce choix est-il difficile? 

Le deuil est compliqué, surtout lorsque vous militez depuis douze ans avec des responsabilités et une place au sein de l’équipe dirigeante depuis cinq ans, en tant que président des Jeunes actifs des Républicains. Je prends donc un risque. Mais si j’ai eu la chance d’être dans le cockpit de cette famille, je m’interroge sur le sens de son éventuel retour au pouvoir en 2017. Pour quoi faire? Il suffit de regarder comment Les Républicains fonctionnent pour comprendre qu’un tel retour se ferait avec les mêmes hommes, les mêmes ministres et donc les mêmes idées. Tout cela donnera les mêmes hésitations au pouvoir et, en fin de compte, les mêmes renoncements et les mêmes déceptions. Je ne veux pas être une nouvelle fois complice de la trahison de nos électeurs et de nos militants. Force est de constater qu’il n’y a plus de ferveur militante chez les Républicains.

Pourquoi?

Parce qu’il n’y a plus d’idées claires. La France est dans une situation particulièrement grave. Nous ne sommes plus dans l’urgence des réformes mais dans celles de la rupture avec quarante ans de socialisme larvé et de laxisme généralisé. La seule ligne claire se trouve au FN.

Vous exposez vos craintes mais il y a aussi ce choix d’un nouveau parti politique. Pourquoi êtes-vous séduit par le Front national?

J’ai toujours cherché à construire, avec d’autres, un grand rassemblement populaire de droite, patriote, fondé sur des valeurs. J’ai cru qu’il était possible de le faire chez les Républicains, je me suis trompé. Je remarque en revanche qu’il se construit aujourd’hui au Front national. Il serait profondément malhonnête de nier que le FN a changé. Marine Le Pen a profondément rénové son parti. Tous risques de relents racistes ou antisémites m’auraient bloqué mais cela n’est plus le cas depuis longtemps. Il y a eu des déclarations très claires sur ces sujets. La crise que ce parti vient de traverser a au moins le mérite de valider cette évolution. Je ne suis pas de ceux qui diabolisent Jean-Marie Le Pen mais je me sens particulièrement à l’aise dans une liste de renouveau dirigée par Marion Maréchal-Le Pen. Elle incarne une droite patriote fidèle à mes convictions. La dynamique politique est du côté du FN, ce qui signifie aussi que l’espérance a changé de camp.

La droite estime que le FN s’est gauchisé. Qu’en pensez-vous?

Pour être honnête cela m’a retenu pendant longtemps et on me l’a souvent répété au prétexte qu’il tiendrait un discours économique de gauche, à la Mélenchon. Mais cette idée ne résiste pas à l’épreuve des faits. L’UMP avait promis, pendant les municipales, de baisser les impôts, de mettre le paquet sur la sécurité et de faire une chasse claire et déterminée aux gaspillages. Plus d’un an après, qui a appliqué ce programme? Les mairies détenues par le Front national! Elles ont eu le courage de prendre des décisions que nous n’avons jamais osé prendre. Le parti qui baisse les impôts locaux, c’est le FN!

Comment Marion Maréchal-Le Pen a-t-elle accueilli votre décision de la rejoindre?

Elle m’a tout simplement dit que j’étais le bienvenu.

Qu’allez-vous faire au FN?

Rien n’a été négocié. Évidemment, étant Marseillais d’origine et ayant de profondes attaches en Provence, j’aime ma région et c’est là que je m’investirai. Récemment durant l’université catholique à laquelle j’ai d’ailleurs participé à la Sainte-Baume, j’ai été témoin d’une droite hors sol incarnée par le représentant des Républicains et d’une autre droite sûre de ses valeurs incarnée par Marion.

Comment aborderez-vous l’affrontement avec Christian Estrosi en Paca aux régionales?

Sereinement. Je reste fidèle à mes valeurs: ce sont les dirigeants de l’ex-UMP, dont Christian Estrosi fait partie, qui ont abandonné leurs convictions et leurs idées. Je ne peux pas suivre des gens qui se renient eux-mêmes alors que la situation de notre pays exige au contraire du courage et de la détermination. Marion Maréchal-Le Pen est une chance pour notre région parce que nous arrivons à la fin d’un cycle politique, que l’on ressent encore plus violemment en Paca. A force de guerres fratricides consistant à éliminer les «dauphins», UMP comme PS se retrouvent avec des figures installées au pouvoir depuis trente ans. Les gens n’en veulent plus. Marion est la bonne personne au bon moment. Elle s’entoure de gens capables d’incarner ce renouveau.

Croyez-vous que votre ralliement en annoncera d’autres?

Il faut toujours un premier de cordée… Je crois être le premier à faire ce choix en étant toujours en fonction. Il n’y aurait rien de plus confortable pour moi que de rester à ma place mais aussi rien de moins sincère et courageux. J’invite tous mes camarades à oser, à écouter leur cœur et leurs convictions.

 


DOCUMENT – FN, les coulisses du ralliement de Franck Allisio

http://www.valeursactuelles.com/fn-les-coulisses-dun-ralliement-choc-55581

Marion Maréchal-Le Pen et Franck Allisio, le 13 septembre, lors de l’annonce du ralliement au Front national de l’ex-cadre des Républicains. Photo © AFP

Transfuge. Valeurs actuelles” s’est procuré la lettre de démission de Franck Allisio, l’ex-président des Jeunes Actifs des Républicains, à Sarkozy.

Son ralliement au FN a fait l’effet d’une bombe chez Les Républicains. S’il est peu connu du grand public, Franck Allisio, 35 ans, y était en effet particulièrement influent en interne. Président depuis cinq ans des Jeunes Actifs de l’UMP puis des Républicains (rassemblant les 20 000 trentenaires du parti), celui-ci était membre de la commission exécutive se réunissant tous les mercredis autour de Sarkozy.

Quelques heures avant l’annonce officielle de son ralliement, le 13 septembre, lors d’une conférence de presse avec Marion Maréchal-Le Pen (il sera l’un de ses porte-parole pour la campagne des régionales en Paca et numéro trois de sa liste dans les Bouches-du-Rhône), cet ancien collaborateur de Roger Karoutchi et Pierre Lellouche, entre autres, a adressé par e-mail une lettre de deux pages à Sarkozy, que Valeurs actuelles a pu se procurer.

Rappelant qu’il avait « franchi le pas » de son adhésion à l’UMP en 2004 « afin de voter pour [lui]lors de [sa]première élection à la présidence » du mouvement, Allisio justifie notamment sa démission par sa volonté de « ne pas trahir une fois encore les militants et les électeurs » de son ex-parti. Dénonçant l’absence d’« électrochoc »du retour de Sarkozy et sa « course après l’UDI et le MoDem », il poursuit : « Je sais malheureusement […] que nous n’appliquerons jamais le projet de rupture avec quarante ans de socialisme et de laxisme que nos électeurs attendent. » C’est selon lui au FN que se trouve désormais « cette dynamique […]dont le peuple de droite est orphelin ». Et de prédire, en conclusion, que « d’autres élus [et]cadres » des Républicains l’y rejoindront prochainement.

C’est le 7 juillet, à l’occasion d’un déjeuner à Paris autour d’une… choucroute avec le vice-président du FN Louis Aliot, qu’Allisio a pour la première fois pris contact avec le parti de Marine Le Pen. Avant, début septembre, de rencontrer longuement Marion Maréchal-Le Pen, puis la présidente du FN, au domicile de Marion. À la suite de son ralliement, il aurait, selon ses confidences à des proches, reçu plus de… 200 coups de fil et SMS. Un « petit tiers » pour le critiquer, parfois vertement (« Salopard », « Honte à toi ! », lui ont écrit deux élus républicains), « deux gros tiers » le « comprenant », voire le « félicitant ». « Bravo ! Quand est-ce que tu me présentes Marine ? », lui a notamment envoyé par texto un député sarkozyste.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s