Hommage de Charles Pasqua à Hollande (oui, dans ce sens là)

Charles Pasqua - Hollande

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Contre le conformisme généralisé

Analyse incroyable de Cornelius Castoriadis lorsque l’on sait qu’elle est la transcription d’une interview de… 1996 !

Stopper la montée de l’insignifiance

Cornelius CastoriadisIl manque la voix de Cornelius Castoriadis, ce dissident essentiel, en ces temps de « non-pensée ». Il n’a pas sombré dans le renoncement esthète, ni dans le cynisme ni dans cette apathie repue qui dit : « Tout se vaut, tout est vu, tout est vain. » Il dénonce une élite politique réduite à appliquer l’intégrisme néolibéral, mais souligne aussi la responsabilité du « citoyen » que la précarité désengage de l’activité civique. Silencieusement, s’est mise en place cette formidable régression : une non-pensée produisant cette non-société, ce racisme social. Jusqu’au bout Castoriadis a recherché une radicalité : « Je suis un révolutionnaire favorable à des changements radicaux, disait-il quelques semaines avant sa mort. Je ne pense pas que l’on puisse faire marcher d’une manière libre, égalitaire et juste le système français capitaliste tel qu’il est. »

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/3964


par Cornelius Castoriadis, août 1998

Ce qui caractérise le monde contemporain ce sont, bien sûr, les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, mais ce qui me frappe surtout, c’est l’insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Elle a perdu son sens. Les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes français ont fait une politique, puis M. Balladur a fait la même politique ; les socialistes sont revenus, ils ont fait, avec Pierre Bérégovoy, la même politique ; M. Balladur est revenu, il a fait la même politique ; M. Chirac a gagné l’élection de 1995 en disant :« Je vais faire autre chose » et il a fait la même politique.

Les responsables politiques sont impuissants. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est suivre le courant, c’est-à-dire appliquer la politique ultralibérale à la mode. Les socialistes n’ont pas fait autre chose, une fois revenus au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques, mais des politiciens au sens de micropoliticiens. Des gens qui chassent les suffrages par n’importe quel moyen. Ils n’ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout.

Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C’est cela l’esprit du temps. Tout conspire à étendre l’insignifiance.

La politique est un métier bizarre. Parce qu’elle présuppose deux capacités qui n’ont aucun rapport intrinsèque. La première, c’est d’accéder au pouvoir. Si on n’accède pas au pouvoir, on peut avoir les meilleures idées du monde, cela ne sert à rien ; ce qui implique donc un art de l’accession au pouvoir. La seconde capacité, c’est, une fois qu’on est au pouvoir, de savoir gouverner.

Rien ne garantit que quelqu’un qui sache gouverner sache pour autant accéder au pouvoir. Dans la monarchie absolue, pour accéder au pouvoir il fallait flatter le roi, être dans les bonnes grâces de Mme de Pompadour. Aujourd’hui dans notre « pseudo- démocratie », accéder au pouvoir signifie être télégénique, flairer l’opinion publique.

Je dis « pseudo-démocratie » parce que j’ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n’est pas une vraie démocratie. Jean-Jacques Rousseau le disait déjà : les Anglais croient qu’ils sont libres parce qu’ils élisent des représentants tous les cinq ans, mais ils sont libres un jour pendant cinq ans, le jour de l’élection, c’est tout. Non pas que l’élection soit pipée, non pas qu’on triche dans les urnes. Elle est pipée parce que les options sont définies d’avance. Personne n’a demandé au peuple sur quoi il veut voter. On lui dit : « Votez pour ou contre Maastricht ». Mais qui a fait Maastricht ? Ce n’est pas le peuple qui a élaboré ce traité.

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Hervé Juvin : «L’union européenne, une entreprise à décerveler les peuples»

Par Vincent Tremolet de Villers

Publié le 26/06/2015 à 18:48

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – D’après les révélations de Wikileaks, les trois derniers présidents auraient été mis sur écoute par la NSA. Hervé Juvin voit dans ce scandale le symbole de l’hégémonie américaine et de la naïveté des Européens.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/06/26/31002-20150626ARTFIG00300-herve-juvin-l-union-europeenne-une-entreprise-a-decerveler-les-peuples.php


Hervé Juvin est un écrivain et essayiste français. Il poursuit un travail de réflexion sur la transformation violente de notre condition humaine qui, selon lui, caractérise ce début de XXIè siècle. Il est par ailleurs associé d’Eurogroup Consulting. Il est l’auteur de Pour une écologie des civilisations (Gallimard) et vient de publier aux éditions Pierre-Guillaume de Roux Le Mur de l’ouest n’est pas tombé.


Votre livre s’intitule Le mur de l’ouest n’est pas tombé. Comment analysez-vous l’affaire Franceleaks?

Ne nous faites pas rire! L’affaire des écoutes américaines des Présidents français, dont il est promis juré qu’elles se sont arrêtées en 2012, en dit plus sur l’état de la France que sur la réalité des écoutes. Partons du principe que tout le monde écoute tout le monde, suggérons avec le sourire que les Français ne sont pas les derniers à le faire, ajoutons que l’explosion de l’espionnage de données par les systèmes américains ne leur assure pas des triomphes stratégiques bien marquants, et regardons-nous!

Les Français veulent croire que nous vivons dans un monde de bisounours. L’Europe est une entreprise à décerveler les peuples européens, ceux du moins qui croiraient que les mots de puissance, de force, d’intérêt national, ont encore un sens. C’est l’étonnement général qui devrait nous étonner; oui, l’intérêt national américain n’est pas l’intérêt français! Oui, entre prétendus alliés, tous les coups sont permis, et les entreprises françaises le savent bien! Oui, les Américains ne manquent pas de complices européens qu’ils savent diviser pour mieux régner! Oui encore, l’exceptionnalisme américain leur permet d’utiliser tous les moyens pour dominer, pour diriger ou pour vaincre, et la question n’est pas de protester, c’est de combattre!

Édouard Snowden est en Russie et ces révélations servent objectivement les adversaires des États-Unis. N’est-ce pas tout simplement de la géopolitique?

Le premier fait marquant de l’histoire Snowden, c’est que des pays qui se disent attachés à la liberté d’expression et indépendants n’ont pas souhaité l’accueillir, voire se sont alignés sur l’ordre américain visant à le déférer à la justice américaine. Il n’y a pas de quoi être fiers, quand on est Français, et qu’on a été l’un des champions des non-alignés! Nous sommes rentrés dans le rang ; triste résultat de deux présidences d’intérim, avant de retrouver un Président capable de dire «non!».

Le second fait, c’est que Snowden a révélé un système de pouvoir réellement impérial, qui tend à assurer de fait un empire mondial américain. Nous sommes face au premier nationalisme global. Le point crucial est l’association manifeste d’une surpuissance militaire, d’une surpuissance d’entreprise, et d’un universalisme provincial – une province du monde se prend pour le monde et veut imposer partout son droit, ses normes, ses règles, ses principes, en recrutant partout des complices. Ajoutons que l’affaire des écoutes, celle de la livraison des frégates «Mistral», comme celle des sanctions contre la Russie, éclairent la subordination absolue de ceux que les États-Unis nomment alliés, alors qu’ils les traitent comme des pions ; est-ce la manifestation de la stratégie du «leading from behind» annoncée par Barack Obama dans un célèbre discours à West Point?

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GPA ? la chronique mensuelle de Michel Onfray 

N° 121 – Juin 2015

VENTRES AFFAMES –

Dans un monde idéal, je défendrais la gestation pour autrui : des amis, sans jamais parler d’argent, porteraient l’enfant de tiers dans une logique contractuelle, mais obligatoirement affective, je souscrirais. La déconstruction de la famille traditionnelle avec couple hétérosexuel géniteur de son enfant, se ferait alors au profit d’une famille dans laquelle le sentiment ferait la loi. Comment être contre ?

Mais dans la réalité, le projet de loi ignore l’affectivité, le sentiment, la construction de l’enfant à partir du noyau qui le voudrait et le constituerait affectivement en dehors de l’argent. La gestation pour autrui, dont Pierre Bergé est le « penseur », se trouve définie par lui comme une location d’utérus dans l’esprit même où la caissière d’un supermarché louerait sa force de travail moyennant salaire ! On ne peut mieux transformer en marchandise et  le corps de la femme et la vie d’un enfant – sans parler du sperme ou de l’ovule des parents assimilés aux boulons, aux vis, aux pistons, aux rouages, aux ressorts d’une machine sans être.

Or, nous avons affaire à du vivant et le vivant n’est pas une marchandise, un produit monnayable. Car les pauvres, dont on ne veut même plus de la force de travail puisqu’elle est désormais assurée par des machines moins coûteuses, n’ont plus pour issue que de devenir eux-mêmes des machines en louant ou en vendant leurs corps ou leurs produits dérivés en pièces détachées. Dès lors : la prostitution devient location d’orifices ; les dons de sang, de sperme, d’organes, marché du sang, du sperme et des organes.  Que la droite libérale, qui veut que tout se vende, veuille aussi cela, n’est pas étonnant. Mais que ce qui se présente comme la « gauche » le veuille aussi est purement et simplement abject.

Le « droit à l’enfant » si souvent invoqué est susceptible d’être entendu, mais seulement s’il s’accompagne d’un « devoir à l’endroit de l’enfant ». Quelle idée se fait-on de l’enfant quand on croit qu’il pourra vivre une vie sereine, équilibrée, harmonieuse, mentalement satisfaisante pour lui, les autres, son entourage, sa descendance, quand il apprendra qu’il a été acheté, vendu, porté par une inconnue qui l’a abandonné après avoir reçu son chèque ? Il faut vouloir ignorer tous les problèmes existentiels, ontologiques et identitaires afférents à l’abandon après un accouchement sous X ou au fait d’avoir connu un simple divorce suivi d’une famille dite recomposée (il faut éviter de dire une famille décomposée même si la décomposition est certaine et la recomposition pas sûre…), pour imaginer qu’un enfant est une chose facile à faire, à produire, à construire, à édifier, à élever au sens spirituel du terme.

Le désir d’enfant procède bien souvent d’une envie d’adultes qui sont eux-mêmes restés des enfants et croient devenirs adultes, comme par magie, en devenant parents. L’infantilisation des adultes qui fait désormais la loi a généré des parents qui veulent des enfants comme on a des poupées. Devenues vivantes, ces poupées ont tout pour se transformer en monstres.

Michel Onfray

Taxis vs Uber : vous me direz si j’ai bien compris

Vinvin
Scénariste, Humeuriste, Curateur.
Publié le 26/06/2015 à 09h33
Cyrille de Lasteyrie, alias Vinvin, a tout compris : cet entrepreneur devenu auteur et comédien de one man shows (il revient sur scène le 12 octobre au Grand Point Virgule) a parfaitement résumé, avec son humour au quatorzième degré, la mutation que représente le conflit des taxis et des VTC et autres UberPop.

Alors je résume. Vous me direz si j’ai bien compris.

Les chauffeurs de taxi se font enfler depuis vingt ans par le système monopolistique discrètement mis sur pied par les taxis G7 Bleus qui parfois sont verts.

Si tu veux devenir chauffeur de taxi, tu fais la queue et ça te coûte un bras. Ce qui est mieux que l’inverse.

Une fois que t’es installé, et tandis qu’à la base tu étais quelqu’un de bien, tu deviens rapidement « un gros con de chauffeur de taxi ». Car il est évident que tous les chauffeurs de taxi sont des gros cons, comme il est évident que tous les Noirs savent danser et que tous les homos sont cultivés. Ce qui se passe, c’est que je MOI, PERSONNELLEMENT, JE me souviens du jour où le mec m’a enflé, du coup, c’est tout le métier qui prend. J’oublie les dizaines de fois où ça s’est très bien passé et où on a ri avec le chauffeur. Lui, c’était un gros con gentil. D’ailleurs, j’aime bien quand je suis dans le taxi et qu’il prend le couloir de bus pendant que tous les gros cons d’automobilistes sont bloqués dans le trafic.

Et puis soudain, d’autres chauffeurs arrivent. Notons que ces chauffeurs ne sont pas des vrais chauffeurs car ils n’ont pas de boîte avec écrit « taxi » sur le toit. Ça m’arrange bien parce que je n’ai jamais rien compris aux petites lumières jaunes et vertes ; c’est quand c’est allumé que c’est libre ou quand c’est éteint ?

Ces chauffeurs sont gentils et proposent des bonbons. Ils ouvrent la porte. Ils te sourient. Ils te cirent les pompes. Ils paraît même qu’il y en a qui font les devoirs des enfants et mettent la table. Une légende raconte que, la nuit, ils proposent un massage du périnée.

Pour eux, la lumière est venue des States

Alors ces chauffeurs-là, ils sont soit dans la légalité, quand ils sont « X », soit dans l’illégalité, quand ils sont « Pop », ou l’inverse, j’ai pas réussi à fixer l’info. Je crois que ça dépend s’ils s’arrêtent pour attendre ou s’ils chopent le client à la volée, en ouvrant la portière et en gueulant de courir sur 10 m pour entrer dans la voiture.

Ces chauffeurs-là sont des gens qui n’ont pas trouvé d’autre moyens pour survivre parce qu’il faut dire que la situation générale n’est pas folichonne, notamment en termes d’argent. On pourrait dire sans se tromper, mais je ne garantis rien, que ce sont des gens aux situations précaires, qui ont investi dans un smoking made in Bengladesh et un abonnement chez Budget pour tenter de joindre les deux bouts en dehors de leurs heures de chômage.

Pour eux, la lumière est venue des States, grâce à la « sharing economy », l’économie du partage, qui permet d’autoentreprendre (un autoentrepreneur, c’est un entrepreneur qui fait travailler son auto) grâce à une appli et sans payer les taxes ringardes dont on n’a plus besoin parce que ça passe directement par une appli. La sharing economy, c’est l’art de partager sa misère sans passer par des méchantes entreprises ou administrations qui prennent leur commission au passage. Pour y parvenir, il suffit d’utiliser des applis créées par des gentilles entreprises qui prennent leur commission au passage, mais c’est pas pareil, elles sont gentilles parce qu’elles nous permettent de partager et de pas payer de commission au… hein ? Je sais plus.

Ça me rappelle moi avec « Candy Crush »

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Encore un coup d’état US cette fois-ci au Kirghizistan ?

Déstabilisation et coups d’États en Ukraine, Macédoine, Arménie et même au Kirghizistan …

L’ambassadeur américain au Kirghizistan piégé par une caméra vidéo

L’ambassadeur américain au Kirghizistan piégé par une caméra vidéo
http://reseauinternational.net/lambassadeur-americain-au-kirghizistan-piege-par-une-camera-video/

Au Kirghizistan, un scandale a éclaté après la publication d’une vidéo montrant l’ambassadeur américain Richard Miles rendant visite au militant des droits de l’homme Nourbek Toktakunov. La visite du diplomate a eu lieu immédiatement après que Toktakunov ait tenu un rassemblement de l’opposition près des murs du parlement à Bichkek.

Sous le prétexte de lutter contre la modification de la constitution (prétexte désormais classique), les manifestants étaient sortis avec des slogans « Ne pas violer la Constitution », « Non à la tyrannie », etc. à destination des dirigeants du pays. Rien que du déjà-vu.

Mais, peu de temps après la manifestation, une vidéo s’est mise à circuler dans les réseaux sociaux, montrant l’Ambassadeur des Etats-Unis en Kirghizie, Richard Miles, en visite au bureau de l’organisateur de la manifestation. Visite de courtoisie sans doute ?

On se souvient qu’à la mi-avril, un avion-cargo avec plus de 150 tonnes de fret inconnu marqué « courrier diplomatique », s’était posé à Bichkek. Des rumeurs avaient alors circulé sur la nature du fret, et certains avaient fait le rapprochement avec un autre cargo bourré de dollars en petites coupures qui avait atterri en Ukraine en 2013, au tout début des évènements de Maïdan.

1015678075Etant donné le pédigrée de l’ambassadeur américain, l’arrivée du cargo à Bichkek pouvait laisser craindre la préparation de quelque coup tordu. En effet, avant d’arriver au Kirghizistan, Richard Miles était ambassadeur en Azerbaïdjan et en Bulgarie. Il a également dirigé la mission diplomatique des États-Unis en Serbie lors de l’agression de l’OTAN et a été ambassadeur en Géorgie pendant le coup d’Etat qui a amené Mikhaïl Saakachvili au pouvoir.

C’est donc un vétéran aguerri, qui ne se repose jamais. Mais cette fois, il a trébuché sur une simple caméra vidéo.

Grèce: Les lignes rouges de la Troïka ? pas touche aux intérêts des entreprises…

A la manière du maître qui corrige son élève, les mercenaire de la finance mondiale (les technocrates de la « Troïka ») corrigent au stylo rouge les proposition du gouvernement grec.

Le document officiel est ici:

http://fr.scribd.com/doc/269571089/IMF-Counterproposal-Redline-Comparison

On nous affirme que le gouvernement grec ne veut pas de réformes, c’est tout à fait inexact, le gouvernement grec propose de nombreuses réformes pour redresser les comptes, par exemple une taxation des machines à sous et des jeux d’argent.

Mais c’est à ce moment que la Troîka intervient, pas question de toucher aux entreprises ni à leur bénéfices, les taxes doivent être entièrement supportées par les salariés et retraités.

Le titre de l’article suivant fleure bon le communisme de Grand-Papa, mais l’analyse proposée est rigoureuse et exacte…


 Les créanciers disent à Tsipras : pas touche aux riches !

THOMAS LEMAHIEU – VENDREDI, 26 JUIN, 2015
L’HUMANITÉ
Édifiant : la Commission européenne, le FMI et la BCE corrigent les propositions du gouvernement Tsipras. Les Grecs proposent d’aller prendre l’argent là où il est. Insupportable pour des institutions qui préparent une forme de coup d’État rampant.

Puisque le peuple grec vote contre l’austérité, il faut dissoudre le peuple grec. Les institutions européennes n’ont rien compris à l’ironie de Brecht, évidemment, elles ont décidé de le prendre au pied de la lettre. Et de cadenasser toutes les issues hors de la logique des saignées budgétaires, des baisses des droits sociaux, des salaires et des retraites, telles que les Grecs les connaissent depuis l’instauration du régime de terreur des mémorandums à partir de 2010. Nouvelle illustration, hier, à Bruxelles à l’occasion d’un énième Eurogroupe, rassemblant les ministres des Finances de la zone euro, et d’un Conseil européen avec tous les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne. Alors que, sous la conduite d’Alexis Tsipras, le gouvernement grec avait tracé, non sans douleur, une perspective de sortie de crise en dressant un plan permettant d’atteindre la « trajectoire budgétaire » exigée par les créanciers, la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne manifeste de Berlin, décidé de repasser à l’attaque en exigeant d’un côté de nouveaux sacrifi ces pour les couches moyennes et populaires en Grèce et, dans le même geste, des cadeaux pour les plus riches ! Incroyable précipité de cette Europe telle qu’elle ne tourne vraiment plus rond…

Des traits qui raturent. Du rouge qui corrige. Dans le document envoyé par la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE), en réponse aux propositions de réformes présentées par l’exécutif grec en début de semaine, il y a, avant même les mots, la forme et la couleur. Tout un programme qui dit la consigne impérieuse, la politique à sens unique, l’autorité du maître. Soucieux, derrière les couleuvres qu’on tente de lui faire avaler, d’afficher une perspective de justice sociale par un transfert du fardeau de l’austérité des classes populaires vers les plus riches, le gouvernement Tsipras entend mettre en place une taxe exceptionnelle de 12 % 
sur les bénéfices au-delà 
de 500 000 euros des entreprises ?

C’est non. Il veut porter de 26 à 29 % le taux de l’impôt sur les sociétés ? Biffé en rouge : la troïka n’accepte pas plus de 28 %.

À côté des augmentations de cotisations pour la protection sociale – ça, c’est oui, puisque ce sont les salariés qui paieront –, Athènes veut simplement restaurer les cotisations des employeurs sur les retraites complémentaires à leurs niveaux de 2014 ? Niet ! Une taxation des machines à sous et des jeux d’argent ? Jamais de la vie ! Tsipras propose des déductions fiscales pour les Grecs résidents permanents dans les îles avec de faibles revenus ? Qu’ils aillent se faire voir dans les Cyclades, c’est hors de question, là encore ! Les ministres entendent consulter les organisations syndicales avant de revoir certains régimes spéciaux de retraite ? Totalement exclu pour les saigneurs de la Grèce. L’exécutif veut limiter à 13 % la TVA sur les produits d’alimentation de base ? Le FMI, la BCE et la Commission n’accepteront de dérogations que sur les produits alimentaires « non transformés », donc, pour le lait, l’huile ou les fromages, par exemple, ça sera 23 % de TVA ! Et ainsi de suite : du côté grec, des propositions qui, même dans le cadre très étroit de la crise budgétaire, tendent à exercer encore la souveraineté populaire sur les grandes orientations politiques ; de l’autre côté, chez les partisans de l’ordre néolibéral, une seule réponse : non, non et non !

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