Quand un bobo gay découvre qu’il y a des noirs homophobes !!!

Quand on lit ce qui suit, on se dit qu’il y en a qui vivent vraiment sur une autre planète,  Un « collaborateur Parlementaire », tout un symbole…
Mais ce qui m’étonne par-dessus tout, c’est la nature des agresseurs. Trois jeunes noirs. Je précise leur couleur de peau parce cela m’interroge. Comment, quand on peut être soit même concerné par le racisme, peut-on s’en prendre ainsi à une autre minorité ? Qu’est ce qui a motivé ces jeunes ? La méconnaissance ? L’ignorance ? La stupidité ? Des prétextes religieux ?
Comment ne font-ils pas le lien entre leur homophobie et le racisme dont ils ont probablement malheureusement déjà fait l’expérience ? Comment ne pas se rendre compte que « sales PD » est exactement de même nature que « sales négros » ? Pas plus eux n’ont choisis d’être noirs, que nous d’être homos.

« Sales PD », pain, coquard : mon ami a été blessé. L’homophobie rampante me révulse

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1375410-sales-pd-pain-coquard-mon-ami-a-ete-blesse-l-homophobie-rampante-me-revulse.html

Publié le 27-05-2015

Par  – Collaborateur parlementaire

LE PLUS. Samedi 23 mai, alors qu’ils rentraient d’une soirée chez des amis, un des amis de David Rey a été agressé par trois hommes, multipliant les insultes homophobes. Encore sous le choc des propos qui ont été tenu, et fatigué de faire face à l’homophobie, il a décidé de raconter. Témoignage.

Un kiss-in contre l’homophobie à Paris, place Saint-Michel, le 14 février 2010 (HADJ/SIPA).

Samedi soir dernier, avec une dizaine d’amis, nous avons regardé l’Eurovision chez un couple de copains, comme c’est désormais notre habitude chaque année.

Nous avons passé un très bon moment tous ensemble et au moment de nous dire au revoir devant l’immeuble de nos amis, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, à 25 mètres du métro Simplon, certains sont allés prendre le métro, d’autres non.

Des phrases qu’on entend tous les jours

Au final, nous étions cinq à nous diriger vers le métro, par petits groupes, certains s’éternisant plus que d’autres au moment de dire au revoir. J’étais avec mon copain, en train de descendre les marches, deux amis devant nous et un derrière, quand j’ai commencé à entendre des phrases et des mots qui m’ont interpellé, dont un « sales PD. »

Ces phrases et ces mots que nous entendons encore trop souvent quand on est homo. J’ai fait comme si je n’avais rien entendu, et j’ai continué la discussion comme si de rien n’était.

Je pense que nous avons tous fait comme si de rien n’était, trop habitués que nous sommes à ce genre de propos et sachant tous très bien que le mieux, dans ces cas-là, est de continuer sa route et de fermer sa gueule. Entendre mais ne surtout rien dire, pour ne pas « envenimer » les choses.

Entendre, et se taire face à l’ignorance et la bêtise. Mais entendre quand même ces mots, ces phrases qui, à chaque fois, nous ramènent à notre différence et à nos histoires personnelles. Ces mots qui humilient et qui foutent la haine. Ces mots qui blessent et qui restent.

Le coup est parti

Oui mais voilà, samedi soir, faire les sourds n’a pas suffi. Les voix se sont rapprochées et quand je me suis retourné pour voir ce qui se passait, j’ai vu mon ami qui marchait quelques mètres derrière nous, aux prises avec trois jeunes qui tenaient des propos de moins en moins équivoques.

Au moment où il leur a demandé de le laisser tranquille en leur disant qu’il n’avait rien fait, j’ai fait demi-tour en leur demandant à mon tour de dégager. C’est à ce moment précis que le coup est parti. Mon pote a commencé à saigner et le temps que j’arrive à son niveau, ils étaient partis.

Mon ami a été blessé à la joue et aux yeux : une blessure et un coquard.

Au-delà des mots que nous, homos, nous avons tous entendu bien des fois, et de la violence physique, reste le constat amer et implacable de l’homophobie ordinaire et décomplexée.

Ce n’est pas un acte isolé

Que trois mecs s’en prennent avec une telle violence, verbale et physique, à un groupe de « présumés » homosexuels qu’ils ne connaissent pas, sans provocation d’aucune sorte, cela me dépasse. Comment, en 2015, en France, peut-on en être réduit à un tel degré d’intolérance, d’imbécillité et de haine de l’autre ?

Et encore, s’il s’agissait là d’un acte isolé, nous pourrions nous dire que ça peut arriver, qu’il y a des cons partout. Mais combien sommes-nous à subir ça tous les jours ? À voir les témoignages qui me sont parvenus après cette agression, et les passages à tabac subis par des personnes de mon entourage immédiat, il ne s’agit pas d’un acte isolé.

Homophobie et racisme, c’est la même chose

Cette agression est aussi le symbole, s’il en fallait un de plus, de la libération de la parole homophobe et des actes qui vont avec, depuis l’inconsistance coupable de ceux qui se sont sentis autorisés, dans la rue, à la radio, sur les télévisions, à tenir des propos outranciers, caricaturaux voire franchement homophobes, à l’occasion du débat sur le mariage pour tous.

Mais ce qui m’étonne par-dessus tout, c’est la nature des agresseurs. Trois jeunes noirs. Je précise leur couleur de peau parce cela m’interroge. Comment, quand on peut être soit même concerné par le racisme, peut-on s’en prendre ainsi à une autre minorité ? Qu’est ce qui a motivé ces jeunes ? La méconnaissance ? L’ignorance ? La stupidité ? Des prétextes religieux ?

Comment ne font-ils pas le lien entre leur homophobie et le racisme dont ils ont probablement malheureusement déjà fait l’expérience ? Comment ne pas se rendre compte que « sales PD » est exactement de même nature que « sales négros » ? Pas plus eux n’ont choisis d’être noirs, que nous d’être homos.

Donner du sens à ce qui n’en a pas

Alors je me dis que leur acte doit avoir un sens, une motivation profonde qui m’échappe. La haine des autres arrive rarement sans raison. Mais peut-être sont-ce là de fausses questions, et qu’ils font tout simplement partie de ce groupe connu de tous, à savoir les connards.

Que des Versaillais à mocassins à gland, jupes plissées et serres-tête descendent dans les rues pour « sauver la France contre la fin de la civilisation » à l’occasion du mariage pour tous, cela ne m’étonne pas. Ce sont les mêmes qui défilaient contre l’IVG ou le Pacs. La France catho, réactionnaire et conservatrice se mobilisait alors, et cela n’avait rien d’étonnant.

Mais on passe trop souvent sous silence l’homophobie et le sexisme qui existent dans bien des quartiers et des banlieues, au profit d’un misérabilisme coupable. Il y a là en particulier bien des combats à mener, car se découvrir homo dans de telles circonstances doit être infernal.

J’ai voulu écrire pour essayer de donner du sens à un acte qui en apparence n’en a pas. Avec les contradictions qui peuvent être les nôtres dans ces moments-là. Ne pas vouloir en être réduit à son homosexualité. Pas qu’on en ait honte, non bien sûr. Mais ne pas vouloir n’être rien d’autre que ça aux yeux des gens. Ne pas se victimiser.

Marre de baisser la tête 

Alors quoi ? Pourquoi écrire sur ce qu’on veut très vite oublier, minimiser, éliminer ? Parce qu’au fond, c’est cela l’explication. Toutes ces fois où on fait semblant de ne pas entendre les insultes, comme si elles glissaient sur nous, c’est par volonté de faire comme si rien ne s’était passé, parce qu’être ramené en permanence à son statut d’homo, c’est pénible, ça fait mal, et les insultes ravivent les moments difficiles que nous avons tous connu à un moment ou à un autre.

Ces moments de doutes, d’interrogation, à se demander si on est normal. Ces moments où on se découvre différent. Ces moments d’intense douleur personnelle chez beaucoup d’entre nous. Ces moments où l’on se rend compte qu’il va falloir faire avec, parce qu’on n’a pas le choix, et qu’il faut s’accepter ainsi.

Ne plus rien laisser passer

Alors oui, mon premier réflexe a été de vouloir dédramatiser, de continuer comme si de rien n’était. Mais je crois qu’il existe un moment où il y en a ras-le-bol de baisser la tête. De faire ceux qui n’ont rien entendu, ne surtout pas répondre, ne surtout rien dire, rien faire, comme si inconsciemment on avait intégré le fait qu’il y a malgré tout quelque chose d’un peu pas normal, voire de honteux.

Nous ne devrions rien laisser passer, rien. Pas plus les « sales juifs » ou « sales négros » que les « sales PD ». Et nous devrions arrêter de trouver des excuses à l’intolérance. Nous n’avons pas à être tolérants avec l’intolérance. Nous ne devons pas céder face à la connerie, pas plus que face aux intégrismes, aux communautarismes ou à l’ignorance qui peuvent conduire à ces situations.

Culpabilité, honte, humiliation

L’écriture et l’outrage semblent bien peu de choses. J’aurais, nous aurions tous voulu faire plus samedi soir. Faire bloc, ne pas céder face à la bêtise, ne pas avoir fait semblant de ne pas entendre, ne pas avoir baissé la tête. Et surtout, rendre les coups, leur rendre leur haine, se laisser aller à la colère, retrouver un peu de dignité.

Et puis quoi ? Risquer de se prendre un coup de couteau ? Parce que dans ces cas-là, on ne sait jamais jusqu’où la situation peut dégénérer. Tout semblait déjà si absurde. Et pourtant, on y repense après coup, la nuit, le jour. On n’en reparle pas forcément, mais ça reste présent. La culpabilité de ne pas avoir fait plus, la honte, l’humiliation, on les garde en nous.

Alors ne nous taisons plus. Relevons la tête. Ne nous résignons pas. Ne cédons pas face à la peur. Ne transigeons jamais. Continuons à lutter, contre l’homophobie certes, mais aussi contre toutes les formes de discriminations. Éclairons les esprits obscurs.

Luttons pour que la République laïque, héritière des Lumières, soit partout chez elle. Liberté, égalité, fraternité, laïcité. Ne laissons pas les communautarismes, les intégrismes, l’intolérance et l’ignorance progresser et s’installer. Le vivre ensemble est en péril, il revient à chacun de se mobiliser, de ne pas se refermer sur soi, de dénoncer toutes les atteintes à la dignité humaine.

Peut-être est-ce là le sens de ce triste évènement. Nous rappeler que rien n’est jamais acquis, et que l’engagement et le militantisme sont plus que jamais nécessaires. Parce qu’au fond, ce sont nos seules armes, et surement nos meilleurs arguments face à la violence.

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