Jean Peyrelevade, grand prêtre de l’Euro, ou mentir pour la bien-pensance

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/jean-peyrelevade-grand-pretre-de-l-167777

Comme l’ensemble des élites dirigeantes françaises, Jean Peyrelevade a peur des samizdats souverainistes sur internet. Pourtant, dans son catastrophisme, il oublie l’essentiel : le réveil des volcans d’Auvergne, si les souverainistes l’emportent.

JPEG Dans son article « L’Euro est indissoluble », publié dans Les Echos ce 20 mai 2015, il prédit d’abord une importante perte d’achat de la population, frappée de plein fouet par le coût accru des importations.

Jean Peyrelevade évoque l’hypothèse d’une dévaluation de 30% du nouveau franc. Là-dessus il a raison, en effet la £ britannique se dévalua de -32,5% au cours de l’année 2009, et dans les années 1990, les réformes de structure canadienne, suédoise et finlandaise avaient accompagné des dévaluations de 20% (Canada) et 30 à 33% (Suède et Finlande).

En réalité, la part du prix des produits importés dans le prix de vente de ces produits varie de 10 à 20%, et les hausses ne sont pas répercutées dans les marges et services des importateurs et distributeurs.

C’est ainsi, qu’au sortir de la dévaluation de 32,5% de la £ en 2009, le taux d’inflation en Grande Bretagne s’est élevé au rythme annuel de 3,5% pour 2010 et moins de 3% par la suite (Les Echos, 20 Mai 2013, source Bloomberg).

Evoquer une forte perte d’achat de la population en cas d’une dévaluation de 30% revient à prendre ses désirs pour des réalités… L’Euro n’est pas une monnaie, c’est une religion…et Peyrelevade est son Archevêque !

De plus, pour Jean Peyrelevade, une dévaluation de 30% va renchérir les dettes extérieures de 30%.

Cela dépend en réalité de la nature des dettes. Celles des entreprises, très ouvertes à l’extérieur et bien sûr les multinationales, auront intérêt à maintenir leurs dettes en euros, car tout simplement, leurs créances sont en devises étrangères.

Par contre, les dettes publiques passeront de l’Euro à l’Eurofranc, et il n’y a pas de raison d’inventer comme l’affirme Jean Peyrelevade, un concept juridique nouveau baptisé « lex monetae ». En effet, lors de la dévaluation de la £ en 2009, lors des dévaluations des années 1990 au Canada, en Suède, et en Finlande, les dettes publiques extérieures n’ont pas été réévaluées, elles ont suivi le cours de la monnaie…et les taux n’ont pas beaucoup monté.

En 2009, la Grande Bretagne a pu continuer à émettre ses « Gilts » (Bons du Trésor) sans hausses de taux autres que marginales. Il est peu vraisemblable que malgré la dévaluation, la dette publique française soit portée à des taux plus importants que ceux des dettes publiques africaines (moins de 6% en 5 ans).

Le taux le plus élevé serait sans doute le taux australien, dont la monnaie, le « $A » est réputée pour sa volatilité, son instabilité et son caractère spéculatif.

Enfin, Jean Peyrelevade évoque la déstabilisation des finances internationales à la suite d’une dévaluation de la dette publique française.

Pourtant, 30% de dévaluation de l’euro au nouveau franc ne sont pas plus élevés que les 32,5% de la dévaluation de la £ britannique, la dette publique britannique est comparable à la dette publique française, et cela n’a pas déstabilisé les marchés en 2009, année qui fut pourtant celle de tous les dangers.
En fait, l’évocation d’une déstabilisation de la finance internationale par une dévaluation de la dette française constitue l’aveu implicite de l’état des marchés financiers en été 2015.
Jean Peyrelevade ignore les avertissements de Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, il ignore les déclarations de Janet Yellen, présidente de la Federal Reserve américaine, il ignore les déclarations de Mario Draghi, président du directoire de la BCE…mais il admet implicitement l’état de déstabilisation des marchés financiers, noyés par les émissions monétaires de la Federal Reserve, puis de la BCE, au point que les investisseurs qui ne savent plus où placer les liquidités monétaires déversées par les banques centrales, achètent des obligations pourries avec des taux d’intérêts cassés.

C’est pourquoi d’ailleurs, à l’issue de sa dévaluation de 30%, la France trouverait les liquidités nécessaires à des taux très modérés. Les investisseurs seront d’ailleurs guidés plus par l’analyse du retour de la compétitivité française à la suite de la dévaluation que par le ressentiment face à la dévaluation.

Quant à l’Euro, il n’est pas indissoluble, il est soluble dans la crise financière qui arrive.

D’ailleurs, « l’homo speculator » qui domine les marchés aujourd’hui, n’a qu’un sentiment : la cupidité. Mais l’on ne peut pas empêcher Jean Peyrelevade de prendre ses désirs pour des réalités. Ne lui en déplaise, la sortie de l’euro n’emmènera pas la France vers la ruine, mais vers la prospérité.

Il est des mensonges qui sont des aveux…et comme l’affirme l’adage du vieux comptable : « Combien font deux et deux. Cela dépend de ce que veut le client ».

Et pour Peyrelevade, comme Caligula, la devise est « Oderint dum metuant » (« Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent »).

Morad EL HATTAB & Philippe JUMEL

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