Peut-on vraiment parler de «miracle» économique en Espagne ?

Par Marine Rabreau – Publié le 23/05/2015 à 18:03

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2015/05/23/29006-20150523ARTFIG00116-peut-on-vraiment-parler-de-miracle-economique-en-espagne.php

Des mineurs protestaient ce 21 mai à Leon, au nord de l'Espagne, contre le plan du gouvernement.
Les Espagnols votent ce week-end pour les régionales et les départementales. Le pays vient de traverser sept ans de difficultés et si le PIB remonte, le taux de chômage s’affiche encore à 23,8%! Comptes publics, salaires, commerce… L’Espagne n’est pas encore sortie d’affaire.

Les Espagnols se rendent aux urnes ce dimanche pour les élections régionales et municipales. Un scrutin important alors que l’Espagne vient de traverser plusieurs années extrêmement difficiles, avec une crise immobilière (début 2008), une crise financière (automne 2008) et une grave crise bancaire (jusqu’en 2012), qui ont été suivies d’un énorme plan d’aide européen et d’une sévère cure d’austérité (en 2012). Si le gouvernement actuel de Mariano Rajoy, conservateur, s’accroche à des signes positifs de reprise en Espagne, le pays n’est pas encore sorti d’affaire. Le point sur l’état de santé économique de notre voisin européen.

• La croissance est enfin repartie

Le PIB est le premier indicateur utilisé pour prendre le pouls d’une économie: faisons un point sur l’évolution de la croissance en Espagne. La Commission européenne prévoit une croissance de 2,8% pour 2015, après une année 2014 en hausse de 1,4%, et quatre années de grosses difficultés.

Début 2008, la bulle immobilière qui avait commencé en 1999, a explosé en fragilisant les secteurs bancaire et financier. Dès le 3e trimestre, le pays a plongé dans la récession et dans la spirale infernale des dépenses publiques pour sauver les banques.

Mais, pour l’Espagne comme pour la France, les bons chiffres anticipés par la Commission européenne ont notamment été dopés par des éléments extérieurs: la baisse de l’euro qui favorise les exportations, la baisse du pétrole qui adoucit la facture énergétique globale (ménages et entreprises), et des taux d’emprunts bas pour l’État (entre 0 et 1,2% selon les échéances des obligations d’État).

Malgré tout, le ministre de l’Économie, Luis de Guindos, se veut confiant pour les cinq années à venir et s’attend à des taux de croissance compris entre 2,5 et 3%.

• Mais l’Espagne n’a toujours pas retrouvé ses niveaux d’avant la crise

Derrière la croissance du PIB, il faut aussi regarder les chiffres en valeur. En milliards d’euros, la richesse créée en Espagne en 2014 n’a pas retrouvé ses niveaux d’avant la crise: en 2014, le PIB espagnol a atteint 1058 milliards d’euros, contre plus de 1100 milliards en 2008. Le pays ne retrouvera ce niveau qu’en 2017, si les prévisions tiennent jusque-là.

La dette a dépassé la barre de 1000 milliards d’euros en 2014

La dette publique espagnole s’est élevée à 1033 milliards d’euros en 2014, ce qui représente 97,7 % du PIB du pays, selon les dernières données publiées par la Banque d’Espagne. Le gouvernement actuel, conservateur, s’attend à ce que la barre symbolique des 100% du PIB soit atteinte en 2015. La dette devrait continuer à grimper en 2016, avant de refluer en 2017.

La dette publique espagnole, qui n’était que de 36,3% en 2007, a explosé avec la crise, alourdie brutalement par le sauvetage de ses banques en 2012.

Par comparaison, en France, la dette publique a dépassé les 2000 milliards d’euros fin 2014, à 95,2% du PIB.

• Le déficit public s’est encore creusé en 2014

L’Espagne a enregistré un déficit public de 5,7% du PIB en 2014, contre 5,5% prévu par le gouvernement. Cela reste cependant mieux que les 5,8% que Madrid s’était devant l’Europe à ne pas dépasser. S’il est en nette baisse, le déficit excède encore largement les fameux 3% «autorisés» en temps normal par l’Union européenne. Notons que deux ans plus tôt, les dépenses publiques atteignaient plus de 10% du PIB. La cure d’austérité, qui a notamment taillé dans les effectifs et les salaires des fonctionnaires et repoussé l’âge de départ à la retraite (de 65 à 67 ans), fonctionne du point de vue des dépenses publiques.

• Un taux de chômage en baisse, mais qui atteint encore… 23,8% de la population active!

L’évolution du taux de chômage est un témoin de la crise que traverse l’Espagne: fin 2007, le taux de chômage atteignait 7,9% de la population active (ce qui est déjà un taux assez important pour une période de pleine croissance). Dès 2009, quelques mois après le début de la crise, il avait grimpé à 18,9%, pour ne plus arrêter de monter jusqu’en 2013, où il a atteint près de 27%! Depuis, le chômage recule, certes, mais après un niveau aussi élevé il reste de 23,8%.

En recentrant notre attention sur les jeunes, les chiffres sont effrayants. Plus de la moitié (55%) des jeunes actifs de moins de 25 ans sont au chômage! Quant au chômage de longue durée (sans emploi depuis plus d’un an, le taux atteint 60% ). «Les services publics d’aide n’ont pas assez de moyens pour l’aide à la recherche d’emploi, le suivi personnalisé, l’orientation», notait déjà l’OITl’année dernière.

• Un commerce extérieur revigoré…

En échange du plan d’aide européen de 100 milliards d’euros en 2012, l’Espagne a dû se soumettre à une sévère cure d’austérité. Objectif: baisser le coût du travail pour restaurer la santé des entreprises et relancer la croissance, et donc l’emploi. Dès 2012, avec la première réforme du travail, les licenciements sont devenus moins chers, le chômage partiel est devenu possible, les salaires ont été baissés, les congés réduits etc. Résultat, l’Espagne exporte plus et est parvenue à réduire son déficit commercial (différence entre les exportations et les importations). Symbole du renouveau espagnol, son industrie automobile dopée par les étrangers venus profiter de coûts de production bas.

Les syndicats de salariés espagnols, décidés à tirer parti de la reprise, souhaitent désormais obtenir une augmentation de 1,5 % des salaires en 2015. Pour rappel, le Smic est en Espagne de 756,70 euros par mois.

• … au prix de la précarisation et de la polarisation

Un chiffre suffit pour comprendre: 90 % des contrats signés en mars sont à durée déterminée, pour moitié inférieurs à 3 mois. Avec un marché du travail de plus en plus low cost, l’Espagne doit aussi gérer une population active où se côtoient beaucoup de personnes peu qualifiées (plus que la moyenne européenne) mais également une part importante de personnes qualifiées (voire très qualifiées). En Espagne beaucoup de jeunes qui ont fait de longues études doivent accepter des emplois largement en dessous de leurs qualifications.

• Un indicateur de bien-être plus faible que la moyenne des pays de l’OCDE

En général, les Espagnols sont moins satisfaits de leur vie que la plupart des citoyens des pays développés. Un constat relevé par l’OCDE, dans son indicateur de bien-être: «l’Espagne se positionne en dessous de la moyenne dans les thèmes de la qualité de l’environnement, de l’emploi et les salaires et de l’éducation et des compétences».

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