L’Allemagne, cet hyper-porte-avion américain

Allemagne

La révélation, cette semaine, des pratiques d’espionnage de l’Allemagne au profit de la NSA a levé un nouveau voile sur la véritable nature de la politique prussienne en Europe: celle d’une soumission aux Etats-Unis et d’une mise en coupe réglée de l’Union Européenne.

3 mai 2015 Une semaine en Europe

http://www.eric-verhaeghe.fr/lallemagne-cet-hyper-porte-avion-americain/

L’Allemagne paie sa dette aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont-ils accepté une réunification allemande dans des temps record en échange d’un maintien sous contrôle de la Bundeswehr et de ses services de renseignement? La réponse est dans la question, mais, bien entendu, les europhiles béats et les adeptes zélés et aveugles du couple franco-allemand ne le reconnaîtront jamais.

Pourtant, les faits sont limpides: le renseignement allemand a espionné des milliers de responsables français et des entreprises susceptibles de concurrencer les Etats-Unis. Au premier rang de celles-ci, on trouve Airbus, qui est pourtant un consortium franco-allemand. De façon totalement lamentable, l’Allemagne n’a pas hésité à jouer contre son camp en communiquant aux Américains (et à Boeing) les secrets industriels du fabricant européen. Airbus a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une plainte.

Les services allemands se sont dépêchés d’effacer le maximum de traces de ces écoutes menées à partir d’une station bavaroise. Il est néanmoins invraisemblable que l’espionnage allemande n’ait pas obtenu une autorisation officielle au plus haut niveau pour transmettre aux alliés américains des informations aussi sensibles.

Ceux qui défendaient becs et ongles les bienfaits du couple franco-allemand en seront pour leur grade: l’Allemagne a des amis encore plus puissants et encore plus chéris que la France… Même si elle a lamentablement cherché à le cacher.

L’Allemagne et sa mauvaise conscience protestante

Comme un fait exprès, ces révélations interviennent quelques jours avant les célébrations du 70è anniversaire de l’armistice. Eh oui! il y a 70 ans, la CIA commençait à organiser le pont aérien qui a permis d’exfiltrer tant de dignitaires, d’officiers, d’espions nazis… Ce petit service valait bien une repentance éternelle qui explique largement pour quoi le renseignement allemand est devenu l’un des bras armés de la NSA en Europe.

Le président autant que la chancelière allemands se sont d’ailleurs livrés à leur couplet obligatoire sur la responsabilité collective de leur pays. Angela Merkel a rappelé que l’Allemagne était encore tributaire de son passé.

« Il n’est pas question de tirer un trait sur l’histoire », a déclaré Angela Merkel, dont l’intervention coïncidait avec l’anniversaire de la fin de la bataille de Berlin.

« On le voit avec le débat sur la Grèce et dans d’autres pays européens. Nous, Allemands, avons le devoir de rester en état d’alerte, sensibles et conscients de ce que nous avons fait sous le régime nazi et des dommages durables causés dans d’autres pays. J’ai une grande sympathie pour cela », a-t-elle ajouté.

Et une grande sympathie pour l’espionnage américain?

La Grèce, bénéficiaire collatérale de l’affaire NSA?

Si les liens privilégiés entre l’espionnage allemand et les Etats-Unis tiennent au souvenir de 1945, le petit accès de culpabilité que leur dévoilement suscite en Allemagne devrait profiter aux victimes du nazisme jusqu’ici mal reconnues. La Grèce figure désormais en tête de cette liste.

Le président allemand, l’inconnu Joachim Gauck, s’est d’ailleurs fendu d’une déclaration:

« Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd’hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

« Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d’envisager la possibilité qu’il puisse y avoir des réparations. »

Traduction: l’Allemagne se dit qu’elle ne peut pas être complètement égoïste face à ses voisins et que, compte tenu de la façon plutôt honorable dont elle s’est sortie de la guerre, elle peut bien faire ce qu’il faut pour garder la Grèce dans la zone euro.

Voilà qui sent la discussion sur la restructuration de la dette grecque en échange d’un effort de Tsipras pour réformer ses retraites.

L’Europe y met du sien pour sauver la Grèce… et l’euro

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé de son côté non seulement qu’elle relevait le plafond du financement d’urgence d’un petit 1,4 milliard €, mais même qu’elle autoriserait l’Etat à se financer par des bons du Trésor en attendant qu’un accord soit conclu sur un nouveau plan d’aide à la Grèce.

Ce petit geste rejoint les déclarations très volontaristes de Pierre Moscovici sur le sujet en début de semaine:

« Il ne peut pas ne pas y avoir d’accord. Nous allons tous faire ce qu’il faut pour qu’il y ait un accord », a déclaré M. Moscovici lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI.

Tsipras reprend la situation en main

Il faut dire que les Européens ont reçu de Grèce quelques signaux qui les ont poussés à faire bouger les lignes. Après le calamiteux sommet de Riga, du vendredi précédent, où le ministre grec Varoufakis a exaspéré ses partenaires, Tsipras a décidé de remanier son équipe de négociation.

Selon le chef du gouvernement hellénique, son turbulent ministre des Finances a braqué ses interlocuteurs parce qu’il maîtrise leur langue – l’économie – bien mieux qu’eux. Or, la Grèce est au bord du défaut de paiements. Un accord doit être trouvé. Et vite!

Cette pirouette a permis à Varoufakis de rester en poste tout en passant la main à des seconds couteaux, notamment Euclide Tsakalatos, ministre des affaires économiques internationales. Cette équipe plus consensuelle s’est immédiatement mise au travail.

L’Europe brandit la menace d’une mise sous tutelle

Les Européens ont su trouver les mots pour convaincre les Grecs de se bouger. Après le sommet de Riga, Jeroen Dijsselbloem, le Néerlandais président de l’Eurogroupe (en campagne pour sa réélection), a sorti la grosse artillerie en annonçant qu’il préparait un plan B :

Prié précisément de dire s’il existait un « plan B » au cas où la Grèce serait contrainte de quitter la zone euro ou de faire défaut sur sa dette, Jeroen Dijsselbloem, président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, a répondu devant les parlementaires néerlandais: « La zone euro est(-elle) prête pour diverses éventualités? La réponse est oui. »

Si ce plan avait consisté en un simple « Grexit », il est probable qu’il aurait peu ému Tsipras. Les Européens ont trouvé une autre parade: ils semblent avoir préparé une destitution de facto du Premier Ministre grec:

Une des hypothèses de travail est un défaut grec sans sortie de l’euro, avec introduction d’une sorte de mini-monnaie à usage intérieur, combinée à un « plan humanitaire », un programme d’urgence de l’Union, qui éviterait un probable effondrement bancaire et garantirait une aide à la population. Mais cela supposerait un changement de gouvernement ou encore un exécutif technocratique.

(Una delle ipotesi cui si sta lavorando è un default senza uscita dall’euro, con l’introduzione di una sorta di mini assegni ad uso interno, combinato con «piano umanitario», un programma di emergenza della Ue, che scongiurerebbe un prevedibile collasso delle banche e garantirebbe aiuti per la popolazione. Ma che presupporrebbe un cambio di governo o, addirittura, un esecutivo tecnocratico.)

Tsipras présente une liste de mesures

La menace semble avoir porté auprès de Tsipras, qui a rapidement sorti une liste de réformes possibles, faisant taire les commentateurs français qui soutenaient qu’il ne lâchait rien sur le fond après avoir écarté Varoufakis.

Parmi les réformes que le gouvernement compte finaliser pour augmenter les recettes publiques, figurent une taxe de nuitée entre un et cinq euros dans les hôtels des îles touristiques, une taxe de 3% sur les restaurants et bars de luxe des îles pendant la saison touristique du 1er avril au 31 octobre, a révélé jeudi le quotidien Ta Nea. Ces mesures pourraient rapporter 1,3 milliard d’euros, a indiqué mercredi le quotidien libéral Kathimerini.

L’essentiel des discussions continue de porter, comme je l’écrivais les semaines précédentes, sur laréforme des retraites, dont le gouvernement grec ne veut pas entendre parler, mais qui paraît à peu près incontournable.

Tsipras en difficulté en Grèce

Pour Tsipras, ce virage à 180° a aussi des explications « intérieures ». Après plus de cent jours au pouvoir, le nouveau gouvernement n’a fait adopter qu’une seule loi, dont les décrets d’application ne sont pas encore sortis. Certains commencent à pointer du doigter l’amateurisme de l’équipe élu en janvier.

Le ministre Varoufakis constitue désormais l’une des principales cibles de ce mécontentement qui monte. Il faut dire que l’opinion publique grecque, très majoritairement dans l’attente d’un accord avec les Européens, peut assez légitimement lui reprocher le retard pris dans la conduite des opérations.

Dans le même temps, la situation grecque générale se détériore à vue d’oeil.

D’autres mauvais jours en perspective pour l’Union

Pour le reste, la situation européenne n’est pas de nature à réconcilier les Européens avec leur construction communautaire. Le chômage demeure à des niveaux trop élevés, l’immigration illégale met l’Europe en difficulté, et la réforme de la politique agricole commune devrait causer des dégâts dans les agricultures allemande et française.

A coup de milliards (encore 12 milliards sur les marchés la semaine dernière), la BCE parvient péniblement à extraire la zone euro de la déflation.

En réalité, le coeur n’y est plus. La Commission donne des avis que plus personne ne suit, et peine de son côté à imaginer une nouvelle ambition politique pour faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée.

L’Europe apparaît bel et bien à la dérive.

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