Pourquoi l’UMP reste fragile face à Marine Le Pen

Excellente analyse sur la faillite intellectuelle et morale des dirigeants de l’UMP qui ont abandonné toutes leurs valeurs pour devenir un « PS bis ».

A tous les électeurs de l’UMP, maintenant que la rupture avec Jean-Marie le Pen est actée, c’est désormais le FN de Marine le Pen qui défend vos valeurs…


Photo François Bouchon/Le Figaro.

Frédéric Saint Clair est mathématicien et économiste de formation. Il a été chargé de Mission auprès du Premier ministre pour la communication politique (2005-2007). Il est aujourd’hui Consultant Free Lance.


Nous connaissions depuis longtemps l’existence de cette faille sismique qui serpente entre le fondateur du Front National,Jean-Marie Le Pen, et son actuelle présidente, Marine Le Pen. Si tout a toujours été mis en œuvre pour que ces deux plaques tectoniques bougent le moins possible, depuis l’interview à Rivarol, elles ont ripé violemment l’une contre l’autre, provoquant ce que l’on peut à juste titre qualifier de séisme politique. L’ampleur du bouleversement n’a pas encore été mesurée car il est trop tôt pour évaluer l’étendue des dégâts, mais il dépasse largement le cadre du clan «Le Pen». D’ailleurs, ni les observateurs politiques – qui vont jusqu’à utiliser le terme de «parricide politique» pour qualifier le dernier acte en train de se jouer au FN -, ni les Français – qui ont fait part de leur avis dans un article spécialement dédié du Figarovox – ne sont passés à côté de cet évènement majeur.

Tout le monde semble conscient de l’importance de ce moment politique… sauf l’UMP, semble-t-il, où Bruno Le Maire jugeait bon de déclarer qu’il n’y a finalement «aucune rupture au FN» et qu’il ne s’agit que d’une «querelle de famille», la «nature» du FN demeurant «la même». Absurde!

Pourquoi Bruno Le Maire communique-t-il volontairement si naïvement? Pourquoi nie-t-il l’évidence? On entend dans ses mots résonner la vieille ritournelle d’un FN monobloc entièrement acquis aux idées d’un chef pétainiste et antisémite. Perce également le désir de résumer la dédiabolisation entreprise par Marine Le Pen et Florian Philippot à un artifice communicationnel. Mais la réalité est toujours plus complexe que ce que l’on veut bien laisser entendre, et la composition sociologique et idéologique du militantisme FN, de ses dirigeants et sympathisants, n’échappe pas à la règle. Les Français le savent. Les analystes politiques le savent. Seuls les partis politiques refusent de le reconnaître.

Nous avons ici un exemple supplémentaire de la fracture qui existe désormais entre les dirigeants politiques et la société civile ; ainsi que de la difficulté qu’ils éprouvent à se positionner de façon pragmatique face au FN. Car les mots de Bruno Le Maire ne témoignent pas tant d’une erreur de communication que du malaise qui existe à droite face à ce mouvement d’extrême droite en pleine mutation, en progression constante dans les sondages, et dont les leaders de la droite républicaine peinent à prendre l’entière mesure. Cette incapacité à accepter les mutations du FN fait écho à une autre incapacité, celle de comprendre les courants qui structurent la société française. Fragilité donc du désormais unique parti de droite, l’UMP, face à la question nationaliste.

Hésitante à faire le deuil de l’histoire sulfureuse du nationalisme français, la droite confond devoir de mémoire et ancrage dans le passé, ce qui la conduit à mener un combat d’arrière-garde.

Son enfermement idéologique l’oblige également à renoncer à tracer son propre sillon de peur de croiser celui du Front national ; elle se contente d’établir une distance de sécurité avec le parti d’extrême-droite, qu’elle s’emploie à maintenir coûte que coûte. Dès lors, le FN est libre de faire l’actualité, de définir une ligne, de développer des thématiques, d’imposer une vision… et la droite se positionne en conséquence. Aveugle, elle n’aperçoit pas que cette distance «diabolisatrice» qu’elle s’évertue à maintenir confère de facto au FN une légitimité ainsi qu’une forme de supériorité. A force d’avoir les yeux perpétuellement fixés sur le FN, la droite est en passe de perdre son autonomie.

Et pourtant, les Français ont su montrer, notamment lors des dernières élections départementales, qu’ils étaient à même d’adhérer à une droite unie. Combien plus le feraient-il si elle était ambitieuse. Mais les dirigeants de l’UMP n’entendent ni ne voient. Ils se félicitent abondamment de leur succès électoraux mais ne décryptent pas le message populaire sous-jacent. Le marketing politique qui façonne des images de décideurs forts et sûrs d’eux-mêmes peine de plus en plus à masquer la fragilité inhérente à leur condition. L’«entre-soi», cette coupure irrémédiable avec la population! Ce message, scrutin après scrutin, est pourtant des plus clairs. Les Français le scandent haut et fort: «Nous ne sommes pas dupes de ce qu’est le FN. Ses propositions ne correspondent pas dans leur globalité à ce que nous souhaitons pour la France, même si certaines d’entre elles mériteraient d’être reprises, voire simplement repensées et adaptées. Notre intérêt apparent pour l’extrême-droite n’est qu’un voile qui cache notre intérêt pour la question nationale (et pas forcément nationaliste). Nous ne nous reconnaissons pas non plus dans vos éléments de langage formatés, dans les demi-mesures que vous proposez par manque de courage politique. Nous n’y voyons qu’une défaite du politique alors que, confrontés à des problématiques de plus en plus complexes, violentes et décisives, nous appelons au contraire à un sursaut du politique. Libérez donc la parole et l’action politiques! Nous avons prouvé à plusieurs reprises, notamment en 2007 où le taux de participation a été un des plus élevés de la Cinquième République, notre capacité de mobilisation et notre intérêt pour la chose publique.

Notre message aujourd’hui est clair: Oubliez le FN! Cessez de caler votre rythme sur le sien. Réintégrez dans votre discours les notions qui méritent de figurer dans un programme de droite, quand bien même elles croiseraient celle du FN et participeraient d’une forme de nationalisme – sachant que le Général De Gaulle a su utiliser ces thématiques avec modération et discernement ; faites-le sans vous soucier des «qu’en dira-t-on» mais en focalisant votre attention sur ce joyaux politique, le «bien commun», que vous avez sacrifié aux intérêts privés. En clair, montrez-nous ce que la droite française est réellement, car nous en avons perdu le souvenir.»

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/04/10/31001-20150410ARTFIG00117-pourquoi-l-ump-reste-fragile-face-a-marine-le-pen.php

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