Les USA prêts à jouer la carte des Frères musulmans ?

La politique étrangère américaine est en train d’effectuer un virage à 180°.

 Comme l’écrivait  Dominique Jamet, la politique étrangère américaine est en train d’effectuer un virage à 180°. Après le rapprochement avec Téhéran, depuis longtemps évoqué en ces colonnes, Washington fait de même avec Damas. Certes, le président Bachar el-Assad fait partie du problème, mais aussi de la solution d’un problème autrement plus grave : l’État islamique.
D’où le changement global de la diplomatie de Barack Obama : s’il renoue avec l’Iran, il est donc logique qu’il fasse de même avec la Syrie, ces deux pays chiites étant alliés de longue date. Et tout aussi logiquement, il fallait, dans cette quête de nouveaux alliés, que la Maison-Blanche tende la main aux Frères musulmans. C’est désormais chose faite, nous révèle L’Orient-Le Jour, le quotidien libanais francophone de référence, daté du 12 mars dernier : « Le département d’État a récemment reçu la visite d’une délégation de leaders des Frères musulmans et rappelé qu’aux yeux des États-Unis, “les Frères ne sont ni des terroristes ni des adeptes de la violence”. Le président américain Barack Obama a également reçu tout récemment l’émir du Qatar, très proche de la confrérie. D’évidence, cette mutation dans les diplomaties saoudienne et américaine vise notamment à mobiliser les Frères musulmans dans le combat contre l’État islamique et Al-Qaïda en Irak, en Syrie, en Libye, en Tunisie, en Égypte et au Yémen. »

Cette révolution copernicienne signifie encore que les USA devront à terme reconsidérer leurs rapports avec le Hamas, branche palestinienne de la confrérie, qui règne sur la bande de Gaza depuis les élections législatives de 2007, et de longue date soutenue financièrement par Téhéran.

Si tel revirement historique – pour une fois, le mot n’est pas galvaudé – a été possible, c’est en partie grâce au changement de pouvoir en Arabie saoudite, ajoute L’Orient-Le Jour : « L’avènement en Arabie saoudite du roi Salmane a entraîné une véritable révolution de palais, notamment avec le départ du prince Bandar ben Sultan (65 ans), le puissant chef des services de renseignement du royaume wahhabite, et son groupe, qui ont contribué à façonner la politique étrangère et sécuritaire du royaume pendant des décennies, et la décision saoudienne de renouer avec les Frères musulmans. »

Il est un fait que Riyad est un régime des plus fragiles. Il en est un autre qu’il a longtemps appuyé et financé – l’État islamique – et aujourd’hui, il en a peur. La créature a échappé à son créateur et, pour ces fous furieux, la monarchie saoudienne, passablement corrompue et inféodée à Washington, fait figure d’ennemi numéro un. Pis : l’État islamique, non content de mettre la région à feu et à sang, menace désormais Israël, pays qui, jusque-là, n’hésitait pas à lui donner de discrets coups de main.

Et L’Orient-Le Jour de conclure : « Ainsi, aux yeux du président Obama, aujourd’hui, seuls les Frères musulmans – présents dans tous les pays arabes, bien organisés, présumés “modérés” et disposés à collaborer avec Washington – sont capables dans le camp sunnite de relever le défi Daech, à l’heure où, dans le monde arabe, des millions de sunnites seraient sensibles aux appels apparemment radicaux du wahhabisme. »

Inutile de préciser que, dans ce grand jeu stratégique et diplomatique, la France est aux abonnés absents. Mais la priorité n’est-elle pas, à croire le gouvernement, de lutter contre le Front national ?

Nicolas Gauthier
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